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  • : Les cahiers des diables bleus
  • : 19/09/2005
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Jeudi 14 mai 2009 4 14 /05 /Mai /2009 23:21

Malika Mokeddem Un lit comme un livre debout Fin


      “ Quel que soit l’état de la paillasse, je m’assieds au bord, découvre le corps, l’examine, le palpe, tiens la main du patient pour lui parler, le rassurer. Lorsque je m’en vais et malgré le poignant de la situation, j’éprouve une grande sérénité. Au fur et à mesure, je suis parvenue à cette singulière déduction : ce sont eux qui me soignent tous les jours. ”

      Grâce à ces femmes, à ces hommes en errance “ génération zéro, ils rasent les murs comme des fantômes… ”, voir son propre exil comme un don de la lucidité qui est la lampe à huile de tout créateur. Petite flamme veilleuse du “ je ” à conquérir chaque jour dans l’altérité avec soi‑même.
      Comme les deux lèvres d’une blessure ancienne les deux rives de l’être se referment et s’ouvrent à nouveau. L’unité demeure multiple et l’autre l’affirme et le rappelle au sien de ce duo qui n’a de sens que par le fil de nos regards qui nous relie. L’écriture est le funambule qui se balade sur ce fil. Elle va et vient de moi à moi, de moi à toi, de toi à moi et pour finir me revient à l’instant où j’achève la lecture du livre. Alors commence l’attente d’une autre rencontre, c’est un amour, une passion irraisonnée qui emporte avec elle tous mes sens dans un tourbillon de joie inassouvie. Dans la création “ je ” est double, au moins. 
       “ Maintenant, de quelque côté que je sois, je nomme immédiatement l’autre. Maintenant j’ai deux bords. Il n’y a pas que ma langue et mon écriture qui soient traversières. Je le suis tout entière. Je suis entière par ce duo en moi. ” J’imagine que ces mots Rimbaud a pu les prononcer à Harar ou à Aden et c’est pour ce voyage-là qu’il avait un jour adolescent pris le chemin qui l’éloignait de la mère.
      Pour Malika Mokeddem le retour vers l’origine a été possible “ Ça c’est mon désert. C’est moi. ”. Le voyage à Kenadsa pour revoir son père au seuil de la mort lui offre un soi réuni avec le passé et avec l’héritage où la grand-mère comme un phare du désert, la diseuse d’histoires et la porteuse d’eaux douces alimentant et apaisant la soif d’écriture demeure l’initiatrice et la messagère.
      Contrairement à Rimbaud pour qui l’ultime retour à Roche n’a précédé aucune renaissance ni reconnaissance de la part de la Mother, la demande du père “ Apporte-moi un manteau léger… ”  porte en elle la poésie et la promesse d’autres paroles tracées au creux du lit désormais défait des angoisses, des hontes et des terribles renoncements.

      Un lit comme un livre ouvert sur un soleil renaissant. Car tout être qui écrit a entendu ce qui n’a pas été prononcé dans la phrase du père : “ Apporte-moi un manteau de mots légers ”.

 

      “ Je finis par éteindre, me laisse aller contre les oreillers, m’y cale d’abord captivée par la vision du jardin sous la pleine lune. Je n’ai pas fermé les persiennes pour en savourer le spectacle. Les lueurs lactées éclairent la chambre, le lit. Un amandier en fleur juste en face de la baie vitrée semble avoir pillé et cristallisé des gerbes de lumière jetant dans l’ombre le palmier voisin. Son panache forme une nébuleuse éclatante, fourmillant d’incrustations opalines et lilas sur des branches cobalt. Les palmes d’à côté ont l’air de grandes mains suppliciées qui se tendent vers cette splendeur auréolée. ”


La Transe des insoumis
 
 
        

 

Publié dans : Ecritures d'Algérie
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