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Le 8 mai 1945 dans le Nord-Constantinois : retour sur un massacre
A mes amis algériens
Aujourd’hui comme tout le monde ne le sait pas c’était l’anniversaire si on ose dire ça des massacres organisés par les coloniaux aidés et soutenus par l’armée française en Algérie le 8 mai 1945 à Sétif à Guelma et à Kherrata entre autre et dans de nombreuses villes et villages de l’Ouest algérien où ceux qui avaient aidé à libérer les alliés du nazisme étaient en retour sacrément remerciés…
De ça aujourd’hui y a personne qui cause et pour cause que tout le joli monde du politique et du militaire et des gros colons était associé pour anéantir dans l’œuf les premiers mouvements qui animaient les Algériens refusant de continuer à être des colonisés après avoir combattu pour la liberté… Le PPA Parti Populaire Algérien avait donné le mot d’ordre que ce jour soit aussi celui de la manifestation du désir d’Indépendance du peuple algérien… le retour ne s’est pas fait attendre et la barbarie abjecte… les meurtres… les viols… la destruction des villages… l’humiliation générale ont été approuvés et considérés comme une juste répression par toutes les voix des donneurs de leçon d’alors…
Je ne vous livre là qu’un extrait de cet article que vous pourrez consulter sur le site www.info-palestine.net car en le lisant ce matin j’en ai été complètement bouleversée et la violence qu’il relate est si terrible que je n’ai pas pu me décider à le publier en entier…
Que tous ces messieurs qui ont alors approuvé le massacre des populations d’Algérie et qui accusaient et accusent encore aujourd’hui L.F.Céline d’indignité nationale et de racisme nettoient leur sale cambuse et la ferment ! Honte sur eux et que nos amis d’Algérie sachent que jamais jamais nous ne fêterons ce 8 mai… jour où comme le 17 octobre 1961 la mort avait choisi son camp…
Le 8 mai 1945 dans le Nord-Constantinois : retour sur un massacre
Youssef Girard - Oumma.com
“ Malgré la violente répression des manifestations du 1ier mai, les nationalistes révolutionnaires du PPA voulaient absolument participer aux manifestations célébrant la victoire contre le nazisme. A ce propos, Chawki Mostefaï expliquait : ‘ Il fallait frapper un grand coup et démontrer, au moment de la célébration prochaine de la victoire définitive du camp de la Démocratie sur l’Hitlérisme, que le peuple algérien, partisan de la Démocratie et de la Liberté des peuples, entendait célébrer dans la joie et l’enthousiasme la fin du cauchemar né de l’Hitlérisme et son équivalent le Colonialisme, contre lesquels le peuple Algérien a consenti les plus grands sacrifices sur tous les fronts de la guerre ’. ( … )
A Sétif, il y avait environ 10 000 personnes présentes, dont environ 200 membres des Scouts Musulmans Algériens [SMA] qui ouvraient la marche. Les manifestants déployèrent des pancartes, proclamant notamment “ Vive l’Algérie libre et indépendante ” ou “ A bas le fascisme et le colonialisme ”. Au cours de la manifestation un drapeau aux couleurs algériennes fut déployé. Voyant ce drapeau et ces banderoles, la police chercha à s’en saisir. Les manifestants refusèrent. En réponse, des rafales de mitraillette furent tirées par un policier français. La manifestation tourna à l’émeute. A 13 heures le couvre feu était instauré et à 20 heures l’état de siège était décrété. L’armée, la police et la gendarmerie sillonnèrent les quartiers arabes et les douars de la région.
Des armes étaient distribuées aux colons européens qui se constituèrent en milices. Selon Mahfoud Kaddache, ‘ tous les Européens, qu’elle que soit leur tendance politique se regroupaient face au danger arabe [...] elle [la milice] se livra à des représailles contre la population musulmane et à des exécutions sommaires de suspects, de militants des AML, du PPA, des Oulémas et des scouts musulmans algériens ’.
La violence de l’armée française et des milices Européennes fut impitoyable. Exécutions sommaires, massacres de civils, prises d’otages au sein de la population algérienne, viols, bombardements de villages,... A Sétif où la loi martiale fut proclamée, tout Algérien ne portant pas le brassard réglementaire était abattu. ( … )
L’aviation bombarda et rasa plus ou moins complètement plusieurs agglomérations. Une cinquantaine de “ mechtas ” furent incendiées. Les automitrailleuses firent leur apparition dans les villages. Les soldats tirèrent à distance sur la population. Les blindés furent relayés par les militaires arrivés en convoi sur les lieux. A l’approche des troupes, les villages étaient désertés par une population qui se réfugiait sur les crêtes ou dans les ravins.
Pour sauver leur vie, des hommes, des femmes et des enfants furent obligés de s’agenouiller devant les militaires français. L’armée célébrait sa victoire. Le 25 mai 1945, 5 000 fellahs des Babors furent contraints de se mettre à genoux, de demander pardon et de crier “ Vive la France ”. Puis, le colonel de légion les obligea à se prosterner le front à terre devant le drapeau français et à dire : “ nous sommes des chiens et Ferhat Abbas est un chien ”. Parmi eux, 400 furent identifiés comme troubles faits et furent conduits vers une destination inconnue dont ils ne revinrent jamais. ( … )
Le nombre des victimes ne fut jamais clairement établit ; les chiffres oscillent les 1 500 morts selon le gouvernement français et 45 000 selon les nationalistes Algériens qui reprirent les chiffres du consul général des Etats-Unis à Alger. ( … )
Ces terribles massacres ne furent pas l’œuvre du gouvernement de Vichy mais celui du gouvernement de la France Libre qui s’était opposé au nazisme. Tous les grands mouvements politiques issus de la résistance y étaient présents, des gaullistes aux communistes en passant par les socialistes et les démocrates chrétiens. Tous furent agents actifs et complices des massacres du Nord-Constantinois. Le ministre de l’air qui fit bombarder le Nord‑Constantinois, était le communiste Charles Tillon qui avait dirigé les Francs-Tireurs et Partisans [FTP].
Dans les colonnes de Fraternité du 17 mai 1945, les socialistes blâmèrent ceux qui “ avaient sali la grande heure de la Victoire des démocraties ” et estimèrent que “ la grande masse des populations musulmanes n’avait pas encore atteint le degré d’évolution minimum nécessaire pour justifier les revendications du Manifeste ; le fait que les élites dirigeantes aient organisé et déclenché ce mouvement n’indique pas non plus que celles-ci ont une maturité politique ”. Le PCF dénonçait l’action “ d’agents secrets hitlériens et d’autres agents camouflés dans des organisations qui se prétendent démocratiques au service de l’impérialisme fasciste ”. Dans son édition du 12 mai, L’Humanité appela à “ châtier impitoyablement et rapidement les organisateurs de la révolte et les hommes de mains qui ont dirigé l’émeute ”. Le 31 mai, le journal communiste recommandait de “ punir comme ils le mérite les tueurs hitlériens ayant participé aux évènements de mai 1945, et les chefs pseudo‑nationalistes ”. Le PCF pour qui l’aspiration à l’indépendance était étrangère à la population algérienne, se félicita des sanctions prises contre Messali Hadj, Ferhat Abbas et le Cheikh Bachir El Ibrahimi, ainsi que de la dissolution des AML. ( … )
Ces massacres marquèrent profondément toute une génération de jeunes militants nationalistes révolutionnaires Algériens qui furent à l’origine de l’insurrection du 1ier novembre 1954. Cela fit dire à certains historiens, tels que Mohammed Harbi, que la révolution algérienne avait véritablement commencé le 8 mai 1945 à Sétif. ”
7 mai 2009 - Oumma.com - Cet article est repris d’ici :
http://oumma.com/Le-8-mai-1945-
Je dédie ce texte qui est la suite du récit publié le 27 mars aux Algériennes et aux Algériens de Sétif de
Guelma de Kherrata et de tout le Constantinois… nous n’avons pas oublié…
“ Not for sale… ”
Tout en même temps il avait défait son manteau velours grosses côte beaucoup trop grand et qui pendait à chaque main et il était en train de retirer avec des gestes lents comme quand il assemblait les morceaux des vêtements à l’intérieur de la boutique d’ombre en bas au quartier des tailleurs sa chemise de lin bleu lavande que le vieux Chomo lui avait laissée en partant…
C’était une chemise qui avait les manches bouffantes à la Russe et aussi serrée à la taille par une ceinture en broderie que le vieux Chomo avait taillée dans une pièce de ce tissu qu’existait pas sauf qu’un des vieux camarades du grand‑père de Chomo qu’avait fait le chemin avec lui mais c’était loin en gardait exprès pour les occasions… C’était une pièce de tissu qu’avait traversé l’histoire et les tribulations à bord des wagons des trains comme eux et les machines à coudre démontées toutes les pièces bien graissées dans les chiffons au fond des caisses aux planches rugueuses clouées vite fait et rien n’s’était perdu ils avaient pris soin…
Le grand‑père lui racontait souvent quand il était p’tit la longueur du voyage et qu’ils avaient juste emporté leurs outils de tailleurs les tissus et voilà… De quoi s’installer n’importe où quand on arrive on a pas les valises les paquets bourrés attachés de ficelles les sacs pleins de mémoire et des souvenirs de la famille comme les autres immigrés… Ouh là là ! Ils savaient partir avec leur histoire au creux d’un balluchon sur l’épaule ça tenait dans le grand foulard rouge que le père gardait plié en quatre au fond de l’armoire c’était ça qui les avait rendus aussi légers et vifs que les marcheurs du vent depuis le début de leur errance tous les hommes comme eux… les nomades venus du Sud de l’autre côté du monde y a des temps…
La chemise le vieux Chomo l’avait coupée dans la pièce de lin bleu lavande un soir où c’était le gros de l’été au bord des ruelles de la ville mais le soleil y entrait pas… Un dédale de rues qu’on ne se retrouve qu’avec l’habitude et l’humide des murs et l’odeur huileuse des felafel du choux rouge et de la saumure des olives qui imprègne tout et celle du thé vert à la menthe pour finir… Chomo il avait pris l’habitude des relents de cuisine ça le gênait pas… ils se mêlaient avec les senteurs du cuir et des peaux c’était chez eux… Quand le vieux lui a donné la chemise Chomo a pressenti que c’était un signe et il a eu dans la gorge une boule de piquants hérissée qui ne l’a plus quitté…
‑ Tiens… il lui a dit le vieux Chomo qui ne causait pas sauf aux occasions… tu la gardes c’est la mémoire de c’que je t’ai raconté… C’est la chemise pour les fêtes mais comme on est pauvre dans la famille alors souvent on en avait qu’une et on la mettait tous les jours… Faudra que t’en tailles une pour Gilad y a encore du tissu…
‑ Et la tienne il a demandé Chomo… tu l’as plus ?… tu n’la mets jamais…
‑ C’est un ami qui la garde… un ami qui vit là‑bas… quand je suis avec eux je la mets…
Depuis que le vieux Chomo est parti lui il la met tous les jours pareil sauf quand il travaille et quand il va voir Wael au jardin de la petite maison le tissu il prend l’odeur de la menthe et Gilad sait d’où il vient…
Heureusement qu’Abu Mazen et M’mâ Waffa ont pu faire le voyage pour le retour par l’intermédiaire d’un cousin qui habite un pays par là enfin c’est loin… Chomo n’y est jamais allé… et Wael non plus mais ça faisait un moment que les deux vieux ne supportaient plus l’enfermement à l’intérieur du ghetto ils voulaient pas mourir là… c’était pas chez eux et les autres leurs manquaient ceux du village les voisins qui entrent qui sortent… Et la terre autour c’est grand jusqu’au ciel… les collines avec les oliviers les citronniers les amandiers… jusqu’au ciel… jusqu’au ciel mon fils… il disait Abu Mazen à Wael en regardant du côté du fleuve…
Wael avait bien compris alors et le cousin qui faisait du commerce c’qui lui donnait tous les moyens d’avoir les contacts pour les papiers et de connaître les réseaux pour sortir et pour rentrer sur les territoires… le métier c’est le même que celui des nomades du désert y a la piste que tu n’dois pas perdre et si tu n’sais pas reconnaître l’emplacement des puits tu crèves… l’emplacement pour les exilés c’est l’endroit où tu peux poser tes affaires pas qu’on te chasse demain… le cousin il avait dit que c’était d’accord…
Là‑bas c’est un endroit qui fait la vie trop rude alors on n’te laisse pas tomber si t’es dans la peine mais il faut que t’appartiennes et ça c’est pas l’affaire de tout le monde… Mais les vieux de Wael ils avaient pas de problème vu que c’était leur façon d’avant et ici justement ils se trouvaient à l’abandon… ils appartenaient plus à rien ni à personne…
Et puis ici à part Wael qui irait bien un jour les voir ils laissaient que des choses qu’ils ne pouvaient pas emporter… la machine à laver surtout que M’mâ Waffa avait pas terminé de la plaindre…
‑ Oualah c’est malheureux… c’est malheureux une machine si bonne… que les bassines sur le réchaud c’est trop lourd… !
Et puis c’est surtout que le pauvre bourricot Mech‑Mech avait fini par mourir au bout de tout ce temps que l’exil ça avait duré et qu’on l’a enterré en secret de nuit à côté du citronnier… creusé un trou énorme tiré traîné poussé là‑d’dans pareil que le jour de son arrivée il voulait pas plus sortir qu’il voulait pas rentrer cette canaille de bourricot qu’était malgré son caractère borné un bon camarade… Alors là Abu Mazen affirmait qu’y avait une trahison… ça n’se discutait pas c’était le malheur qui allait fondre sur eux si on laissait Mech‑Mech ici dans la terre des étrangers…
Fallait au minimum le déterrer qu’on empo
rte ses os et on les déposerait là‑bas au pied d’un autre
citronnier… c’était comme ça…
Wael avait fait le fossoyeur une autre fois encore une autre nuit la galère ! s’il s’en souvenait… et les ossements du pauvre Mech‑Mech dans le sac en toile épaisse avec les vêtement par‑dessus c’était pratique surtout le crâne… s’ils fouillaient à l’aéroport on avait pas fini…
Ouais… heureusement qu’ils avaient quitté le ghetto avant que tout ça se déchaîne il
songe Chlomo sinon eux aussi dans la terre des étrangers… ceux qui ont pas hésité à déraciner le vieux citronnier…
A suivre...
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