Partager l'article ! La locomotive arc-en-ciel suite...: La locomotive arc-en-ciel suite... Ecoute... écoute bien. ...
Lorsque l'hiver entrait à l'intérieur du jardin de No No à pas d'oiseaux et que le froid givrait les cordes des balançoires il fallait trouver d'autres lieux pour partager la thermos de café noir qui donnait toujours à Balthazar l'envie de plaisanter.
- C'est fou c'qu'y a comme trucs noirs dans ma vie alors !... Regard' bien No No !... Y'a l'café... y'a l'chocolat... y'a les locos... et puis j'crois mêm' qu'y a moi et toi aussi... Qu'est-c'que t'en dis hein... No No ?...
A chaque fois il répétait ça Balthazar emballé dans son manteau jaune qui éblouissait les yeux de No No autant qu'au premier jour. Et avec ses mains il frappait la cadence en se marrant. Sûr que c'était un air de danse ou un bon vieux refrain de piano stride de Fats Domino.
- Y'a l'café... y'a l'chocolat... y'a les locos... et pis y'a toi et moi...
Balthazar était capable de tourner toupie sur lui-même dansant comme ça le rythme dans les pieds. No No le trouvait splendide avec son manteau jaune citron et son pantalon bouffant en soie violette parsemé de petits rectangles rose vif. Ses sandales sur lesquelles la poussière araignée et la suie n'avaient pas réussi leur maquillage étaient... inutile de le préciser jaunes évidemment.
- Me demande bien... disait No No qui le regardait pas mal émerveillé où c'est que tu peux trouver des vêtements de ce style là !... Jamais j'ai vu ça sur le dos de personne c'est évident ...
- Hé !... figure-toi mon camarade que tout le monde y n'pourrait pas se saper de cette manière... Faut avoir de la classe...
Et No No approuvait parce que c'était vrai.
- Et puis... le jaune c'est pour qu'on me voie dans le noir !...
Et No No et Balthazar éclataient de rire parce que c'était vrai.
Pour finir No No le bossu avait apporté la musette bourrée des provisions du
dîne
r à l'entrepôt des locos. où Balthazar continuait de démantibuler leurs
carcasses de gardiennes du passé.
- Ouais !... un passé qu'est drôl'ment dépassé écoute No No !... il affirmait en ouvrant à fond le tirage du poêle à huile qui jetait sur les formes sombres affaissées comme des totems défaits de petits clins d'œil rougeoyants.
- Et Fats Domino alors !... répondait No No. Et comme c'était à chaque fois la même réplique Balthazar la savait par cœur et il l'attendait pour des raisons d'amitié. Si No No n'avait pas dit ça il aurait sans doute manqué quelque chose à leur histoire.
C'est de cette façon qu'avait germé l'idée. L'idée... elle allait occuper les
soirées de No No qui en profitait pour traîner au milieu des écailles de fonte entassées les balançoires à rapiécer et auprès de Balthazar vautré dans le hamac les yeux mi-clos.
A suivre...
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