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Gare aux rêves suite...
Il s’en est passé des choses…
Avant que les Indiens se ramènent avec leur Far West leurs rites de la terre et des arbres au creux de leur bouche muette et qu’ils nous balancent leur purée de légendes en cavale… Rien que le Katapok ! Katapok !… des chevaux d’abord… Ces galopeurs qu’ils étaient les bougres ! On n’pouvait pas suivre… Les Indiens on les entendait ma Jessica au fond de nos nuits de lave indigo leurs tambours de guerre qui dévoraient les kilomètres de fils barbelés de leurs réserves… Ils l’avaient trouvée eux l’échappée… Ils l’avaient inventée…
Tam Tam Ratatatatm ! Boum Boum Ratatatatboum ! Tam Tam Tam Tam !…
Les Indiens ouais… Katapok ! Katapok !… les chevaux d’abord… la fierté des chevaux libres qui avancent qui avancent… Ils avaient gardé les chevaux eux Jessica ! Grands ! Les jambes longues fines qui creusaient les drailles tu te souviens Jessica ? Nous on montait à cru nos cheveux emmêlés aux crinières noires et les paysans n’en croyaient pas leurs yeux. Ils avaient les fusils aussi et les aigles des canyons incendiés étaient de leur côté. Les aigles chassaient pour eux dans les troupeaux des voleurs de terres… Ils buvaient le jeune sang des racines et l’eau de pluie. Ils avaient les fusils qui claquaient comme des fouets. Les fusils pour faire descendre l’âme des dieux et les tambours de guerre…
Tam Tam Ratatatatm ! Boum Boum Ratatatatboum ! Tam Tam Tam Tam !…
Les nôtres d’Indiens ils nous sont venus du Sud après plus tard… Les chevaux arabes petits racés au sang brutal qui menaient les fantasias… Katapok ! Katapok !… et les fusils pareil pour les cérémonies et les bendir les derboukas et les chants furieux et les chants de noces ils ont pris la suite c’est tout… Ce qu’ils ont appelé notre délire Jessica… ils ont cherché à nous boucler dès qu’on est tombés du ventre rond et laiteux de la lune avec les grands Youyous de la bonne naissance… c’est l’âme des peuples libres et joyeux qui nous déambule… Et qui court et qui court…
Il s’en est passé des choses hein Jessica ?
Nous c’était une génération entière… la première
génération qu’à voulu vraiment prendre la route Hop ! Hop !
Valises ! Un deux trois ! Valises encore !
Gare de l'Est. Treize ans viennent de sonner à l'horloge du mois d'août. A l'horloge de la gare du mois d'août. Dong… dong… dong…
Un mois d'août qui a marqué la fin de ma vie en liberté. Mais je ne le sais pas encore. Un mois d'août que je n'arriverai jamais à aimer par la suite. Mais je ne le sais pas encore. Diable de destin auquel j'essaierai de tordre le cou en lui faisant porter le masque d'une rencontre lumineuse… Dong… dong… dong…
- Jessica ! Jessica !…
Quelqu’un crie son nom dans la courant d’air des gares…
- Jessica !…
Oui… C’est elle… C’est bien elle qui n’en a pas encore fini de revenir… Pas encore fini Jessica… Oui… Mais cette histoire… celle-là justement… Cette histoire comment la dire sans se servir des mots qui montent d’habitude comme des fruits aux lèvres ?…
- Jessica !…
Oui… Oui… Jessica… je sais bien que c’est son nom… Même si… même si j’aimerais mieux qu’ils m’appellent Neij…
- Jessica !… Jessica !…
- Oui… ils hurlent son nom dans le courant d’air des gares… ils l’appellent… elle ne peut pas se dérober… Ça serait vraiment dégueulasse !… Oui…
Oui Jessica… je te laisserai encore… encore dire l’histoire à ma place… Même si j’aimerais mieux… Neij…
C’est Jessica qui a décidé il y a… il y a longtemps… de les laisser choisir leur rythme… leur rythme de danseurs africains… Jessica qui a posé la question…
- Jessica !… Jessica !…
Oui… la question de cent tambours là-bas qui ne la laissent
pas dormir entre les draps légers amants de la
nuit bleue…
- Jessica !…
La nuit bleue des gares… l’été… Jessica tu le sais… ils t’attendent avec la clope de la dernière fatigue au bec pour que tu la leur fumes… et pour que tu la leur rendes toute neuve… pas mouillée de tes lèvres où souffle le souffle de leur tragédie… L’allumette qu’ils te craquent Jessica n’a rien à voir avec la noirceur de tes bas dans le rouge rouge géant du feu… De ton feu… Rien… Oui… Rien du tout… C’est ça Jessica… c’est bien ça…
- Jessica ! aaaaaaaaaaaa !…
A suivre...
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