Calendrier

Février 2012
L M M J V S D
    1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29        
<< < > >>

Saïd et Diana

Said-et-Diana-2.jpg

Présentation

  • : Les cahiers des diables bleus
  • : 19/09/2005
  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
  • Retour à la page d'accueil
  • Partager ce blog

Texte Libre

Texte Libre

Pour faire défiler les images du catalogue cliquez sur la fenêtre dans le bleu et placer le curseur de la souris sur la page à gauche...

Commentaires

Image de Dominique par Louis

Recherche

Jeudi 16 avril 2009 4 16 /04 /Avr /2009 21:48

       
      Vous avez remarqué que sur notre blog des Cahiers depuis les massacres qui ont eu lieu à l'encontre de la population de Gaza on relaie les infos, les images, les textes, les poèmes et tout ce qui touche de près nos amis de Palestine... Une façon modeste de leur apporter toute notre amitié et notre soutien dans la cruelle et honteuse situation de violence coloniale et d'appartheid qui leur est faite depuis 1948.
      Une façon également de répondre au matraquage sur les ondes, dans les journaux et dans une certaine opinion de la propagnade sioniste qui ne nous convient pas et que nous n'avons pas décidé librement de subir. Et bien sûr qu'il y a de l'humanité et de la bonté et de la justice partout sur la terre, c'est pourquoi il y a des artistes et des gens en Israël qui réagissent fortement contre cette situation innommable que le gouvernement de ce pays où nous vivons admet et encourage depuis deux ans...
      Gilad Atzmonn est un saxophoniste israélien et un homme vraiment bien... Un de ces types qui ne cessent de parler de la Palestine avec de l'amour et de reconnaître les droits du peuple palestinien partout où il peut le faire face aux sionistes et aux souteneurs de cet état d'infâmie. Une de ceux qui ont acquis la grandeur simple que donne la création à celles et à ceux qui défendent la vie et qui résistent à la formidable pulsion de mort dans laquelle ce monde tout entier est embarqué...
       J'ai découvert cet homme ainsi que bien d'autres poètes... écrivains... musiciens et créateurs d'Israël de Palestine et du monde grâce au site www.info-palestine.net où je vais régulièrement piocher les articles que je publie sur notre blog et leur boulot est extra ! Mais là vraiment je les remercie pour ce travail... cette découverte est pour moi magique...
      Voici la première partie de l'extrait du récit de sa trajectoire, et puis vous aurez droit à une de ses interventions dont il a le secret face aux crapules... A suivre...


Vous trouverez la traduction originale de ce texte sur le blog : Des bassines et du zèle
 


Moi, Gilad Atzmon, musicien de jazz, israélien et humain du monde

Jeudi 16 avril 2009

 

Gilad Atzmon

 

      Gilad Atzmon est un saxophoniste renommé. Né en Israël dans une famille sioniste laïque, il réalise un jour le traitement qu’inflige aux Palestiniens son propre pays. A partir de là, son souci sera d’aller transporter ailleurs, à Londres, New York ou Paris, sa musique, son humour et son pays, la Palestine. Il finira par atterrir à Londres.
      Ecoutez la musique de ses mots - enfin, ce que j’ai pu en tirer de mon saxo rouillé.
     Je vous ferai grâce d’une interprétation d’un de ses morceaux au saxo. Allez donc plutôt écouter les originaux dont vous trouverez certains en lien en fin de billet. La musique a cela de magique qu’elle est universelle et n’a pas besoin d’être traduite par des béotiens ...
      (Merci à Pièce Détachée qui m’a permis de mieux connaître ce personnage attachant).

 

 Gilad Atzmon La primauté de l’oreille

De la musique à l’éthique

 

Introduction (extraits)

 

      La même question revient fréquemment quand je suis interviewé par des médias arabes : “ Gilad, comment se fait-il que vous perceviez ce que beaucoup d’Israéliens refusent de voir ? ”.
      Pendant de nombreuses années, je n’avais aucune réponse à apporter. Cependant, j’ai réalisé récemment que cela a probablement un rapport avec mon saxophone. C’est la musique qui a modelé ma vision du conflit israélo-palestinien et qui a formé ma critique de l’identité juive. Aujourd’hui, je vais vous parler du parcours de la musique jusqu’à l’éthique.
      La vie, on le sait, prend tout son sens quand on la passe en revue du moment présent en remontant jusqu’à son origine.
      Et c’est pourquoi, je vais tenter d’analyser ma propre lutte contre le sionisme à la lumière de mon évolution en temps que musicien. Et vous parler des blocages que je faisais naguère avec la musique arabe.
      C’est, en quelque sorte, l’histoire de ma vie jusqu’à aujourd’hui ( du moins l’une d’elles ).
      *** J’ai été élevé en Israël dans une famille laïque et, disons-le, sioniste.
      Mon grand père était un ancien terroriste, d’une poésie charismatique, ancien officier supérieur de l’organisation terroriste de droite Irgoun. Je dois admettre qu’il a eu une énorme influence sur moi quand j’étais jeune. Sa haine de tout ce qui n’était pas juif était son inspiration majeure.
      Il haïssait les Allemands, et donc, il avait interdit à mon père d’acheter une voiture allemande. Il méprisait également les “ Brits ” parce qu’ils avaient colonisé sa “ Terre Promise ”.
      Je suppose qu’il ne haïssait pas les Brits autant que les Allemands parce qu’il avait autorisé mon père à conduire une vieille Vauxhall Viva.
      Il était également plutôt remonté contre les Palestiniens pour s’être installés sur des terres dont il était sûr qu’elles lui revenaient à lui, et à son peuple. Assez souvent, il disait, à propos des Palestiniens : “ Ces Arabes, ils ont des tas de pays, pourquoi faut-il qu’ils viennent se mettre juste à l’endroit où nous voulons vivre ? ”
      Mais plus que tout au monde, mon grand père détestait les Juifs de gauche.
      Cependant, il est important de noter que, dans la mesure où les Juifs de gauche n’ont jamais produit de voiture, cette haine particulière ne s’est pas traduite par des conflits d’intérêts entre mon père et lui.

      Adepte de Zeev Jabotinsky, mon grand père, s’était rendu à l’évidence que la philosophie de gauche et le système de valeurs juif étaient une contradiction en soi. Ancien terroriste de droite en même temps que Juif tribal sûr de sa supériorité, il savait parfaitement que le tribalisme ne peut pas cohabiter pacifiquement avec l’humanisme et l’universalisme.

      Suivant les préceptes de son mentor, Zeev Jabotinsky, il croyait en la philosophie du *“  Mur de Fer ”. Il partait du principe que les Arabes devaient être combattus avec bravoure et férocité. Citant l’antienne du Bétar, il aimait à répéter : “ Dans le sang et la sueur, nous construirons notre race ”.

      Mon grand père croyait en une race juive, moi aussi quand j’étais très jeune.

 

      Comme mes pairs, je ne voyais pas les Palestiniens autour de moi. Ils étaient là pourtant, c’est sûr : ils réparaient la voiture de mon père pour moitié prix, ils construisaient nos maisons, ils ramassaient nos ordures, ils trimbalaient les cartons dans les petits commerces locaux, mais ils disparaissaient toujours juste avant le coucher du soleil pour réapparaître le lendemain à l’aube. Ils ne se mêlaient jamais à nos activités. Nous ne comprenions pas vraiment qui ils étaient et ce qu’ils représentaient. La suprématie était, sans aucun doute, infuse chez nous au plus profond de nos êtres et nous regardions le monde à travers le prisme du racisme et du chauvinisme.

      A l’âge de 17 ans, je me préparais à effectuer mon service militaire obligatoire dans l’IDF (Israel Defense Forces). Adolescent bien bâti, imprégné de l’âme sioniste et immergé dans le pharisaïsme, j’étais destiné à être incorporé dans une unité spéciale de sauvetage de l’Armée de l’Air.

      Mais c’est alors que s’est produit l’imprévisible. Dans une émission de radio tardive, j’ai entendu des morceaux de l’album Bird (Charlie Parker) with Strings.

      J’étais sonné. C’était, de loin, plus pur, plus poétique, plus sentimental et cependant plus fou que tout ce qui m’avait été donné d’entendre jusqu’à présent. Mon père écoutait Bennie Goodman et Artie Shaw, qui étaient tous deux plaisants à écouter, et jouaient fort bien, ma foi, de la clarinette, mais Bird, c’était une toute autre histoire. C’était une féerie jouissive d’esprit et d’énergie à lui tout seul.

      Le lendemain, je décidais de manquer l’école pour me précipiter à Piccadilly Record, le plus grand magasin de musique de Jérusalem. Dans la section jazz, j’achetais tous les albums de be-bop que j’avais trouvés dans les rayons ( en tout, deux albums, je crois ).

      C’est une fois dans le bus, en rentrant chez moi, que j’ai réalisé que Bird était noir, en réalité. Cela ne m’a pas totalement surpris mais c’était une sorte de révélation : dans mon univers, seuls les Juifs étaient associés avec ce qu’il y avait de bien sur terre. Bird, c’était le début d’une aventure.

      A l’époque, comme mes semblables, j’étais persuadé que les Juifs étaient effectivement le peuple élu. Ma génération avait été élevée avec, à l’esprit, la victoire magique de la Guerre des Six Jours, nous étions complètement sûrs de nous.

      Comme nous étions laïcs, nous associons chaque succès à nos qualités toutes‑puissantes. Nous ne croyions pas en l’intervention divine, nous croyions en nous. Nous croyions que notre force émanait de notre essence hébraïque ressuscitée.

      Les Palestiniens, de leur côté, nous servaient docilement et il ne semblait pas à l’époque que cette situation allait changer un jour. Ils ne montraient aucun signe de rébellion collective. Les attaques sporadiques soi-disant “ terroristes ” nous donnaient le sentiment d’être vertueux, et nous enflaient du désir de nous venger.

      Mais d’une certaine façon, au milieu de cette fantasia de sentiment de supériorité, à ma grande surprise, j’avais quand même fini par réaliser que les gens qui me procuraient le plus de plaisir étaient une bande de Noirs américains. Des gens qui n’avaient rien à voir avec le miracle sioniste. Des gens qui n’avaient rien à faire dans ma propre tribu sectaire et chauvine.

      Il ne m’a pas fallu plus de deux jours pour louer mon premier saxo. Le saxo est un instrument dont on apprend vite les rudiments ... si vous ne me croyez pas, demandez à Bill Clinton.

      Cependant, aussi facile qu’il soit d’en jouer, de là à jouer comme Bird ou Cannonball, cela me semblait mission impossible. Je me suis mis à m’exercer jour et nuit, et plus je jouais, plus je me sentais écrasé par la réussite extraordinaire de cette famille géniale de musiciens noirs américains, une famille que je commençais à bien connaître désormais.

      En l’espace d’un mois, j’avais découvert Sonny Rollins, Joe Henderson, Hank Mobley, Monk, Oscar Peterson et le Duke, et plus je les écoutais, plus je me rendais compte que mon éducation initiale “ judéo-centrique ” était complètement erronée. Au bout d’un mois passé avec le saxo vissé aux lèvres, mon enthousiasme sioniste s’était complètement évaporé.

      Au lieu de rêver de piloter des hélicos au-dessus des lignes ennemies, je commençais à m’imaginer vivant à New York, Londres ou Paris. Tout ce qui m’intéressait, c’était avoir une chance d’aller entendre les grands noms du jazz, et dans les années 1970, il y en avait encore beaucoup dans le circuit.

Actuellement, les jeunes qui veulent faire du jazz vont généralement s’inscrire dans une école de musique, or, à mon époque, c’était tout à fait différent. Ceux qui voulaient faire de la musique classique entraient dans un conservatoire, mais ceux qui voulaient jouer pour le simple plaisir de faire de la musique restaient chez eux et jouaient non stop. D’autre part, vers la fin les années 70, il n’y avait pas de cours de jazz en Israël et, à Jérusalem, ma ville natale, il n’y avait qu’un club de jazz.

      C’était le Pargod, et il était installé dans les locaux d’anciens Bains Turcs rénovés. Le vendredi après-midi, ils organisaient un bœuf, et pour mes deux premières années de jazz, ces bœufs étaient l’essence même de mon existence. J’avais, littéralement, arrêté tout le reste et ma seule activité consistait à m’entraîner jour et nuit pour me préparer à la session suivante. J’écoutais de la musique, je retranscrivais certains grands solos, il m’est même arrivé de jouer en dormant.

      J’avais décidé de consacrer ma vie à faire du jazz, acceptant l’idée qu’en tant qu’Israélien et blanc, mes chances d’arriver au sommet étaient plutôt minces. Sans m’en rendre compte, à l’époque, ma passion naissante pour le jazz avait englouti mon sectarisme sioniste. Sans m’en rendre compte, je m’étais débarrassé de ce truc sur “ le peuple élu ”. J’étais devenu un être humain ordinaire. Ce n’est que des années plus tard que j’ai compris que c’est le jazz qui m’avait permis d’échapper à tout ça. En l’espace de quelques mois, je me suis senti de plus en plus déconnecté de la réa lité qui m’entourait, me considérant comme le membre d’une famille bien plus large et bien plus géniale.

      Une famille d’amateurs de musique, une bande de gens adorables qui s’intéressaient à la beauté et l’esprit au lieu de territoires et d’occupation. Mais, il me restait toujours à effectuer mon service militaire. Si les générations suivantes de musiciens de jazz israéliens se soustrayaient aux obligations militaires en s’enfuyant à New York, la Mecque du jazz, pour un jeune garçon comme moi, d’origine sioniste à Jérusalem, il n’y avait pas d’alternative possible, d’ailleurs, cette éventualité ne m’avait même pas effleuré.
A suivre...

Publié dans : Colères noires
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Retour à l'accueil
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés