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Saïd et Diana

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  • : Les cahiers des diables bleus
  • : 19/09/2005
  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
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Mercredi 14 juin 2006 3 14 /06 /Juin /2006 15:08

                      

                La grande tribu des fleurs d'agave

      Ecoute… écoute… tam tam ratata tam !… écoute le tam-tam de nos banlieues qui court et qui va comme un petit dieu païen fou de danse avec ses pieds du vent…

      Ecoute… écoute…

      Le flic qui garde le passage il raconte la même chose à tout l’monde qu’on n’peut pas entrer si on n’a pas son identité dans sa poche avec la preuve qu’on est bien d’la cité qu’y a là une reconstitution et qu’en conséquence tout l’quartier est cerné bouclé enchâssé dans sa gangue de policiers armés de voitures sur les parkings et sur les rues d’macadam black sur les trottoirs et peut-être aussi dans les escaliers on n’sait pas…
      Et pour nous impressionner encore il a dit en nous regardant avec un peu d’mépris les uns les autres :
      - Ici y a 350.000 policiers alors !…
      Et moi qui n’sais pas très bien compter j’ai pensé mais j’ai rien dit vu qu’on avait tellement d’étonnement que nous les gens des banlieues si loquaces d’habitude on était plutôt muets sur c’coup-là… j’ai pensé que 350.000 c’est vrai que ça faisait vraiment beaucoup…
      Après le premier cordon les rues d’la cité elles étaient comme on n’les a jamais vues un mercredi après-midi un jour d’été avec le camarade soleil qui t’fait les yeux doux et la chaleur qui vient copine dans ton cou elles étaient vides à pas respirer vides à mourir sur place tout de suite vides à hurler et on marchait les uns les autres les gens et moi très vite et puis en sautillant par ci par là comme si les trottoirs étaient minés si c’était chez nous transformé en un camp militaire et ça j’dois dire que j’l’avais ressenti qu’une fois auparavant quand j’avais fichu les pieds dans une caserne y’a longtemps… y’a très longtemps…
      Oui… nous les gens d’la cité et même les matous si audacieux d’ordinaire on rentrait à l’intérieur du ghetto mais même à l’intérieur on n’pouvait pas faire un pas sans les avoir sur le poil…
      Moi j’avais d’la chance vu qu’on habite au début d’la rue les premiers blocks quoi l’ami Louis et moi mais j’me suis quand même fait arrêter une autre fois avant d’arriver au bas des escaliers c’était forcé y’avait des groupes de flics devant chaque porte et à chaque fois y fallait répéter où on allait avec le pain à la main et les ménagères avec leur sac à provisions les poussettes devant et les gamins qui s’dépéchaient sans courir vu que c’était interdit de jouer en bas de ton block interdit de rester sur les trottoirs interdit de traverser la rue pour aller à la boucherie musulmane ou acheter un paquet de clopes au pt’tit tabac journaux interdit d’entrer dans la cabine téléphonique.

      INTERDIT ! quoi…


      Et eux ils étaient partout chez nous dans nos rues sur nos parkings sur nos trottoirs au bas de nos blocks ils grouillaient comme chez eux avec les guns en bandoulière avec le casque avec tout l’fourbi qu’ils ont quand ils viennent chasser les jeunes de la cité… eux ils nous donnaient des ordres ils nous claquemuraient dans nos murailles pendant qu’ils se baladaient librement au milieu de la cité qu’ils avaient transformée en quelques minutes en une planète morte un effarant désert de sel.

      Ecoute… écoute…
      Mais pendant ce temps-là ce temps long qui a duré quand même faut que je vous le dise pour que vous ayez une idée qui a duré du début de l’après-midi jusqu’à sept heures et demie du soir qui a duré… duré… duré… notre tam-tam des brousses terrain vague tam-tam ratata tam !… notre tam-tam rouge et sang il battait sa cadence à l’intérieur du ventre de tous les gens qui habitent au milieu de l’inique fleur d’agave de la banlieue l’été… au moins mille… et le tam-tam il battait aussi fort que tous nos pieds nus sur macadam black… au moins deux mille… qui tapaient tapaient tapaient pour s’échapper et retrouver les chemins de poussière ocre de notre liberté.

A SUIVRE...


Par Dominique Le Boucher - Publié dans : Banlieues
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