Calendrier

Juillet 2010
L M M J V S D
      1 2 3 4
5 6 7 8 9 10 11
12 13 14 15 16 17 18
19 20 21 22 23 24 25
26 27 28 29 30 31  
<< < > >>

Saïd et Diana

Said-et-Diana-2.jpg

Présentation

  • : Les cahiers des diables bleus
  • : 19/09/2005
  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
  • Retour à la page d'accueil
  • Partager ce blog

Texte Libre

Texte Libre

Pour faire défiler les images du catalogue cliquez sur la fenêtre dans le bleu et placer le curseur de la souris sur la page à gauche...

Image de Dominique par Louis

Recherche

Mercredi 25 mars 2009 3 25 /03 /2009 21:08

La locomotive arc-en-ciel suite...

     Le second rêve de No No le bossu c'est de mener enfin une locomotive vêtue de son armure noire jusqu'à la mer. En attendant le terrain bien plus vague que celui de Balthazar le ferrailleur d'à côté est le repère des filles aux jupes relevées jusqu'aux cuisses chocolat et cannelle et aux sandalettes défaites qui s'en balancent facile. No No le bossu taille des balançoires dans les planches en train de mourir sur les chantiers tout proches copeaux sentent bon la résine rouquine et la noisette. Pour les cordes ce sont les plus dégourdies des filles volant haut au-dessus des pommiers tordus qui les rapportent planquées dans leur cartable ou sous leur tablier. Des cordes il n'en manque pas autour des grues amarrées là et ça porterait malheur assurément de les laisser se tortiller solitaires entre les pieds des hommes.

      Les pieds nus pour toujours dans les chaussures de chantier. Les pieds nus venus de loin prendre part au grand festin donné par les fées au bout des chemins jaune doré. Vous vous souvenez ?… Des chemins jaune doré ? Tiens donc... mais où ça ?...
      No No le bossu n'a pas su quoi faire de sa vie ici ou là alors il a été chiffonnier et à l'époque où il y avait bien des chiffons à ramasser ça n'était pas un mauvais métier. Juste à côté parmi les petits jardins ouvriers mouchoirs de poche la masse des carcasses déployées des anciennes loco-déesses dont les plaques de fonte éclatent au milieu de la lumière noire naissant de leurs reins. Des éclairs de fureur et de comédie montent vers le ciel au crépuscule volcanique lorsque les reines des enfers sont une à une dépouillées de leur costume en lamé.
      C'est chez Balthazar qu'atterrissent pour finir les motrices larguées et taggées à mort. Il a obtenu l'autorisation d'un chemin de fer particulier à leur intention qui relie direct son terrain vague où cogne un cœur d'acier du matin au soir à la gare de triage des engins usagés et las d'avoir tant traversé le temps. Entre les rails bleuis de rosée des pâquerettes font la tête aux boutons-d'or qu'on voit de loin.
      Balthazar qui a la soixantaine et même un peu plus a toujours eu de la peine de démonter les locomotives qui ont visité toute la terre empanachées de fumée rousse et grise moulées dans leur fourreau de lave refroidie. Après avoir frappé la journée durant sur le gong d'acier ses grosses godasses marquant la terre du terrain vague d'un piétinement de plus en plus accéléré Balthazar lâche tout au moment où le soleil plonge au fond de son terrier et va rejoindre No No le bossu en train de rouler son hamac dans la petite cabane en tôles vert pomme du ja rdin.

      Ecoute... écoute bien...
      Lorsqu'il redresse sa carcasse à l'intérieur d'une longue veste de cuir jaune entaillée par les éclats de fonte jaillissant Balthazar ressemble à un de ces antiques lézards des sables se saoulant de la liqueur nocturne pour se défaire de la violente morsure du jour. Il ne faudrait pas croire que les agonies symphonies pour locomotives qu'interprète Balthazar sans répit empêchent No No d'écouter les arcs-en-ciel se déplier parmi les feuilles des bambous et des lilas dans un silence étourdissant. Seul No No d'ailleurs semble pouvoir jouir du silence déposé pour lui au cœur du halètement répétitif qui monte de la Cité comme la complainte d'un clochard ivre.
      Chuff !... Chuff !... Chuff !...






A suivre...

Publié dans : Contes et récits de l'arbre aux histoires
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Partager    
Retour à l'accueil
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés