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Image de Dominique par Louis

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Lundi 16 mars 2009 1 16 /03 /Mars /2009 23:31

Au temps où j’étais un oiseau


Epinay, Dimanche, 15 mars 2009

 

Quand je suis née j’étais un oiseau

Un oiseau insouciant et rieur

J’avais le bec bien aiguisé

Des détricoteurs de nuages et

Des picoreurs de chandails

Le chant gouailleur des moineaux

Volages du Faubourg

Qui suivent canailles les joueurs

D’orgue de barbarie au fond des cours

J’avais le chant j’avais l’audace

Des baladins voraces de ciel

Des baroudeurs du 6ème étage

J’avais les petites pattes pour

Se pouiller un peu avec les potes

Gratter les graines des grenades

Grandes ouvertes aux étalages

Vadrouiller au bord des gouttières

Jouer à s’épouiller des heures

Entières dans la flotte des flaques

Chauffée à l’aise au creux des ardoises

J’avais des ailes aux couleurs

Joyeuses des airelles des ailes

Modestes et fragiles d’oiseau

Des villes mais des ailes pour le vent

Framboise pour l’horizon qui vire

Lilas et fraise facile et pour

Voler plus haut que les grands arbres

Nos compères griots tenaces

Et leur feuillage où tanguent nos maisons

De paille des ailes en pagaille

Qui tracent la route pour les virées

En tribus au milieu des guinguettes

Des accordéons que de jeunes mains

Ouvrières affolaient d’airs légers

De refrains populaires des ailes

Pour voleter sans but parmi

Les rubans et les cheveux

Pleins de pâquerettes

 

Quand je suis née j’étais un oiseau

Un oiseau impatient et curieux

J’avais la queue j’avais les plumes

Juste comme il faut pour me rouler

En boule dans les marres saoules

De poussière pour dormir dessous

La pluie pareille à un costard

De brume qui nous tombe et nous mouille

Un peu et nous fait clowns du grand cirque

Des rues où on se retrouvait plus tard

Par cent par mille au bord de la ville

Pour faire la fête puis décoller

En trombe réveiller le printemps

Blotti sous son édredon d’odeurs

Et lui dire qu’il est temps

De s’y mettre si on veut

Se barbouiller la tête de couleurs

 

Quand je suis née j’étais un oiseau

Un oiseau indocile et bavard

Qui apprenait à battre des ailes

Dans un deux pièces au sixième étage

A courir à sauter par la fenêtre

De la cuisine on touchait le ciel

A polissonner en ribambelles

On se moquait bien des commérages

A fiche le bazar aux terrains vagues

On inventait des aventures

A atterrir sur les parkings

On imitait les oies sauvages

A jouir de caresser le jour

D’un petit coup de plume effronté

Tout ce qui dans une cité laisse

Aux lèvres un goût de réglisse

 

Quand je suis née j’étais un oiseau

Un oiseau insolite et rêveur

Qui refusait de porter la douleur

Des gens dans le creux doux de ses os

Lourde comme une rivière de plomb

Coulant dans son cœur tout leur malheur d’or

Probable qu’ils croyaient garder l’oiseau

Du ciel à l’intérieur de la cage

Bourrée de peur de leur cervelle

Mais déjà il y avait des grenades

Et leurs pépins de joie juteux

Dans la gratuité de leur naissance

Par la fente des palissades

On s’offrait de drôles de jeux

Alors ils ont pris les choses en main

 

Quand je suis née j’étais un oiseau

Un oiseau insaisissable et fou

Ils ont taillé à mon intention

Un vêtement trop étroit

Dans un tissu de teinte grise

Déroulé du rouleau de leur âge

Usé râpé jusqu’au bout

Où même les roses étaient éteintes

Les poètes lassés de l’émotion

Les âmes éprises du sang

Et les amis perdus au fond

Des enjeux froids les oiseaux

Cloués aux portes de bronze et

D’airain de leur monde pesant

Comme une enclume avaient changé d’allure

Et de costume pour sauver leur peau

Impossible de retirer de soi

Cette empreinte d’enfance morte

Recroquevillée au centre du ventre

Une peine comme celle des bêtes

Qui n’ont pas de mots à dire

Mais la clarté de mon désir dessous

Le suaire d’effroi vouant

Mon existence à leur rancœur

A leurs regrets se battait toujours

Pour déplier ses ailes et chasser

Leur ombre énorme assise sur mon jour

 

Quand je suis née j’étais un oiseau

Un oiseau infidèle et fugueur

Et je dévorais tout le ciel avec

Mon cœur et je n’avais pas peur

Il y a encore au creux de mon corps

Des frissons de couleurs qui rodent

La nostalgie de ce bonheur-là

Imprudente je le croyais à moi

Ce vol sans entraves ce rêve

Avant la drôle de malédiction

Qui m’a retourné la peau qui m’a

Rétréci les pattes et fait perdre

Toutes mes plumes une à une

Qui a tendu mes ailes d’un voile

Gris ils m’ont mis un bas nylon dessus

Ma dégaine de moineau voleur

De graines grenades aux étalages

Picoreur de soleil sur les nappes

Aux terrasses des petits restaus

Qui paressent et font la grasse

Matinée du dimanche de Mai

Ils m’ont enfilé de force

La gaine de tristesse passé

La cagoule sur ma tête

La camisole des sous-sols

Sur mon corps aux plumes maboules

Et pour finir ils m’ont retiré

Mon chant ce que j’avais de plus beau

 

Quand je suis née j’étais un oiseau

Un oiseau innocent et ravi

De béqueter les graines de grenade

De la vie sans savoir qu’il y avait

Tant d’amertume à se farcir aussi

Me voici terrassée d’infortune

Me voilà errant au seuil inconnu

Des caves brunes telle que je suis

Désormais être mutant au radar

Aveugle je me déplace et je frôle

Mes potes oiseaux d’avant qui se marrent

Quand ils croisent dans le soir lilas

Et fraise une chauve-souris

Au vol hagard qui se cogne et s’égare

 

Maintenant que je suis oiseau

Sans plumes sans queue sans bec

J’ai choisi de dormir le jour

Vu que ma laideur ne m’attire

Que les railleries et la peur

Moi qui ne mange que des fruits

Ils me nomment vampire et même

Pire ils pensent que je bois

Leur énergie et la grandeur

De leur sang

Maintenant que je suis

Une créature nocturne

De leur absence je me régale

Quand je sors la nuit je ris

Je ris et je me suspends

Aux draps blancs où dort

La lune dans son lit de brume

Heureusement qu’il me reste

Du temps que j’étais léger

Oiseau du ciel

Une plume planquée dessous

Mon habit gris

A la lueur d’amande fidèle

Du fanal j’écris

J’écris jusqu’au petit matin

Et je vole

En partant au turbin

Une grenade ouverte où

Je suce gourmande

Le jus sucré et doux du monde.

Publié dans : P'tits poèmes diabolique
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