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Café-crème est un livre qui existe désormais grâce au procédé de l'autoédition que j'ai utilisé comme de nombreux auteurs qui en ont assez de voir les bénéfices de leur travail d'écriture passer de mains en mains entre éditeurs, diffuseurs, libraires... et qui ne touchent jamais ni droits d'auteurs, ni le moindre salaire évidemment.
J'ai publié une dizaine de livres, essais, récits, contes poèmes, et de nombreux textes de critique littéraires dans diverses revues avant de me décider à me mettre avec mon ami Louis qui a réalisé entièrement l'image et la maquette de couverture de Café-crème, à fabriquer des Cahiers livres nous-mêmes, ce qui a donné naissance aux Cahiers des Diables Bleus et puis, pourquoi pas, à chercher un moyen de publier autrement mes manuscrits grâce à l'impression numérique.
Je vous parlerai la semaine prochaine de ce qu'est notre récente expérience de l'autoédition, et du travail qu'elle a nécessité. Vous pouvez trouver Café-crème sur le site d'Imprimermonlivre.com parmi d'autres livres d'auteurs qui ont suivi le même parcours que nous.
Voici la préface qu'a écrite Leïla Sebbar pour ce livre de nouvelles que j'ai voulues légères et malicieuses ainsi qu'un peu... colorées comme la mousse douce du café-crème qu'on boit parfois à la table d'un bistrot, en attendant la suite...
Préface de Leïla Sebbar
Le café-crème, ce serait la récompense de l'aube, le bout de la nuit où on a marché longtemps, avant le repos.
Les vagabonds de Dominique Le Boucher vont ainsi d'un café à l'autre, d'un trottoir à un banc public. D'où viennent-ils ? Sans maison ni famille, sans toit ni loi. Ils viennent de loin, la cité, la banlieue, le squatt, comme si ces lieux-là étaient des terres inconnues et redoutées où on n'ira jamais parce qu'il y a danger de malheur, de laideur et de mort.
Ils sont errants, mais vivants, de vies multiples où le rouge et le bleu s'affrontent au gris noir et sale. La rue, le macadam hostile, la soupe populaire pour les pauvres, l'usine où s'épuisent le corps et l'âme. Ces fous errants s'arriment au comptoir des cafés, à la baignoire blanche, au pinceau chinois. Dominique Le Boucher leur donne à rêver et à désirer, dans leur dérive.
Le rosier sauvage et secret de Casimir le patron de bistrot et ses roses uniques, parfum léger et jeunes filles du cours de Madame Angèle. Casimir est un Sage comme Khaled l'aveugle et Maître Zao. Ils sont de ce monde qu'ils déchiffrent comme des devins, et détachés de ses biens communs, ordinaires. Ils sont là, placides. Entre parades de cirque et cabaret, ivrognes et fous dangereux. Ils observent, ils ne jugent pas. Ils écoutent les histoires.
Raconter des histoires, c'est échapper à la misère, à la mélancolie. Les acteurs de la rue et du macadam savent raconter des histoires et on les écoute. Fables, contes, faits divers, rêves excentriques d'éléphants blancs dans une baignoire, champagne à la Closerie des Lilas (ce n'est peut-être pas un rêve, l'écrivaine peut seule le confirmer ou l'infirmer), désir d'Afrique avec l'ami africain à la peau bleue, peintre éphémère, le regard de l'aveugle Khaled « lézard de lumière dorée ».
Les trois Justes, Casimir, Khaled, Zao semblent éternels. Ils seront toujours là, solides et généreux dans leur dénuement, pour les pauvres et les gueux qui peuplent un théâtre pathétique, orgueilleux. Alors la fable devient réalité, la tribu de bêtes fabuleuses et d'hommes à la dérive se dessine sur « papier créole ». Ce n'est plus un songe nous dit Dominique Le Boucher avec, dans la voix, de la colère, de la révolte mais combien de tendresse.
Paris, 15 août 2005
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