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Merci pour le chien
Dimanche, 8 mars 2009
Je suis entrée là quand j’avais mal aux dents
Je suis entrée là et je les ai vus assis
Alignés comme des oignons dans un cageot
Ça n’était pourtant que des êtres humains
Avec leurs longues paupières sur leurs yeux tristes
Je les ai vus et pour la première fois
Ils m’ont fait peur ils avaient plusieurs couches
De langes mouillés d’ennui et de regrets
Sur la tête qui empêchaient d’entendre
Et de regarder autour c’était dégoûtant
De les voir avec ces grands pansements
Rouges déchirés comme des blessés
De guerre qui attendraient la depuis le temps
Et qui attendraient qu’on leur dise à l’oreille
Qu’il n’y a plus de guerres dans ce pays
Où les gens sont juste en train d’apprendre
A prendre leur mal en patience chacun
Dans leur camp sur leur chaise à l’intérieur
De leur viande de vieux animaux fatigués
Même pas secoués par les gros frissons
De peine d’un petit cheval à l’abattoir
Qui comprend d’un coup en voyant les autres
Serrer leurs bandages trop grands dessus leur ventre
Que la leçon de choses va commencer
Je suis entrée là et j’ai vu une femme
Qui portait un manteau bleu assise au début
De la rangée de chaises comme des oignons
Avec leurs longues pattes de métal gris
Qui remplissaient le couloir en grinçant
Ça sentait le chien de pauvre et le grésil
J’ai vu les auréoles de sang ancien
Sur les murs tout au long des longs couloirs honteux
De la jeunesse qui n’a pas tenu la rampe
J’ai vu les couloirs se tordre et s’égoutter
Comme les papiers des boucheries pendus
Aux crocs rangés à la sortie des ascenseurs
Bétaillères bourrées d’enfants fossiles
Qui ont perdu l’usage de la parole
Et qui font entendre des grognements hostiles
Si tu leur demandes ton chemin sans
Te regarder ils montrent un point sur la cible
De ce territoire de guerre inconnu
Que tu ne vois pas avec ses longs longs
Murs gris avec ses portes blanches alignées
Comme des oignons dans un cageot
Je suis entrée là et j’ai vu tant de portes
Que des silhouettes de maquereaux vêtus
Du costume des fantômes de théâtre
Identique et du tablier blanc ouvrent et
Ferment sur la même femme au manteau bleu
Qui disparaît dedans le trou à silence
Consciencieuse dessous ses langes mouillés
D’ivresse d’ennui elle a bien joué son rôle
D’employée au corps nourri par la viande
Des bêtes des abattoirs les chevaux des guerres
Les poulets des batteries alignés en rangs
D’oignons qui attendent assis sur leurs chaises
L’aube et ses sonneries hallucinées
Et maintenant elle a mal aux dents au foie
Ou aux ovaires et maintenant toute
Cette viande fatiguée lui joue des tours
A l’intérieur de son corps pendu aux crocs
Du dispensaire comme une marionnette
De carton obéissant aux doigts
Invisibles qui lui ordonnent de garder
Le rythme à la caisse du supermarché
Un samedi et déjà d’autres silhouettes
Emmaillotées de pansements prennent la place
Dans le couloir sur les chaises de métal
Gris à côté de l’issue de secours
Et moi je ne peux rien faire pour elles
Dans la rue en bas il y avait un clochard
Qui réclamait un peu de sous
Et un petit chien qui jouait
A courir après une balle rouge
C’est fou ce que nous portons sur nous
Le poids terrible et lourd
De la douleur des gens
A l’intérieur d’un linge rouge
Noué le fardeau pèse sur notre cou
Sur nos épaules sur notre dos
J’ai dit ça au clochard en lui donnant
La monnaie qui me restait et j’ai vu
Ses yeux gris qui me souriaient
Et sa bouche avec les trous des dents
M’a répondu “ Merci pour le chien ”
Le petit chien courait toujours
Joyeux après la balle rouge
Et j’ai senti sur mon cou sur mon dos
Sur ma peau sur mon corps libre et nu
D’enfant la douceur de l’eau du baquet
Tiédie au soleil dans le jardin
Où les capucines couleur de feu
Flottaient comme les oripeaux
Du fragile espoir humain.
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