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Saïd et Diana

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Présentation

  • : Les cahiers des diables bleus
  • : 19/09/2005
  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
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Image de Dominique par Louis

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Lundi 9 mars 2009 1 09 /03 /Mars /2009 21:39

Merci pour le chien

Dimanche, 8 mars 2009

 

Je suis entrée là quand j’avais mal aux dents

Je suis entrée là et je les ai vus assis

Alignés comme des oignons dans un cageot

Ça n’était pourtant que des êtres humains

Avec leurs longues paupières sur leurs yeux tristes

Je les ai vus et pour la première fois

Ils m’ont fait peur ils avaient plusieurs couches

De langes mouillés d’ennui et de regrets

Sur la tête qui empêchaient d’entendre

Et de regarder autour c’était dégoûtant

De les voir avec ces grands pansements

Rouges déchirés comme des blessés

De guerre qui attendraient la depuis le temps

Et qui attendraient qu’on leur dise à l’oreille

Qu’il n’y a plus de guerres dans ce pays

Où les gens sont juste en train d’apprendre

A prendre leur mal en patience chacun

Dans leur camp sur leur chaise à l’intérieur

De leur viande de vieux animaux fatigués

Même pas secoués par les gros frissons

De peine d’un petit cheval à l’abattoir

Qui comprend d’un coup en voyant les autres

Serrer leurs bandages trop grands dessus leur ventre

Que la leçon de choses va commencer

 

Je suis entrée là et j’ai vu une femme

Qui portait un manteau bleu assise au début

De la rangée de chaises comme des oignons

Avec leurs longues pattes de métal gris

Qui remplissaient le couloir en grinçant

Ça sentait le chien de pauvre et le grésil

J’ai vu les auréoles de sang ancien

Sur les murs tout au long des longs couloirs honteux

De la jeunesse qui n’a pas tenu la rampe

J’ai vu les couloirs se tordre et s’égoutter

Comme les papiers des boucheries pendus

Aux crocs rangés à la sortie des ascenseurs

Bétaillères bourrées d’enfants fossiles

Qui ont perdu l’usage de la parole

Et qui font entendre des grognements hostiles

Si tu leur demandes ton chemin sans

Te regarder ils montrent un point sur la cible

De ce territoire de guerre inconnu

Que tu ne vois pas avec ses longs longs

Murs gris avec ses portes blanches alignées

Comme des oignons dans un cageot

 

Je suis entrée là et j’ai vu tant de portes

Que des silhouettes de maquereaux vêtus

Du costume des fantômes de théâtre

Identique et du tablier blanc ouvrent et

Ferment sur la même femme au manteau bleu

Qui disparaît dedans le trou à silence

Consciencieuse dessous ses langes mouillés

D’ivresse d’ennui elle a bien joué son rôle

D’employée au corps nourri par la viande

Des bêtes des abattoirs les chevaux des guerres

Les poulets des batteries alignés en rangs

D’oignons qui attendent assis sur leurs chaises

L’aube et ses sonneries hallucinées

Et maintenant elle a mal aux dents au foie

Ou aux ovaires et maintenant toute

Cette viande fatiguée lui joue des tours

A l’intérieur de son corps pendu aux crocs

Du dispensaire comme une marionnette

De carton obéissant aux doigts

Invisibles qui lui ordonnent de garder

Le rythme à la caisse du supermarché

Un samedi et déjà d’autres silhouettes

Emmaillotées de pansements prennent la place

Dans le couloir sur les chaises de métal

Gris à côté de l’issue de secours

Et moi je ne peux rien faire pour elles

 

Dans la rue en bas il y avait un clochard

Qui réclamait un peu de sous

Et un petit chien qui jouait

A courir après une balle rouge

C’est fou ce que nous portons sur nous

Le poids terrible et lourd

De la douleur des gens

A l’intérieur d’un linge rouge

Noué le fardeau pèse sur notre cou

Sur nos épaules sur notre dos

J’ai dit ça au clochard en lui donnant

La monnaie qui me restait et j’ai vu

Ses yeux gris qui me souriaient

Et sa bouche avec les trous des dents

M’a répondu “ Merci pour le chien ”

Le petit chien courait toujours

Joyeux après la balle rouge

Et j’ai senti sur mon cou sur mon dos

Sur ma peau sur mon corps libre et nu

D’enfant la douceur de l’eau du baquet

Tiédie au soleil dans le jardin

Où les capucines couleur de feu

Flottaient comme les oripeaux

Du fragile espoir humain.

Publié dans : P'tits poèmes diabolique
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