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Saïd et Diana

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  • : Les cahiers des diables bleus
  • : 19/09/2005
  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
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Texte Libre

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Image de Dominique par Louis

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Mercredi 4 mars 2009 3 04 /03 /Mars /2009 00:16

Sans beurre

Mardi, 3 mars 2009

 

Ils sont entrés dans une boutique

Ils voulaient juste acheter du beurre

Du beurre de baratte en temps de paix

C’est un gros désir pour des gens de peu

Dans le diable les pommes de terre

Leur peau épaisse craquelée c’est bon

Pour les pauvres et le sel déjà ça coûte cher

On en a pas toujours mangé mais le beurre

Alors ! de baratte les gueux ils exagèrent

Quand on leur donne ça ils réclament

La lune la lune Madame

Dans la boutique il y avait une grosse

Personne et son tablier en plastique blanc

Qui servait les gens d’abord et après

Elle revenait à sa caisse à monnaie

Et elle tapait avec ses petits doigts courts

Comme le furet et le tiroir s’ouvrait et

Les billets s’entassaient et elle disait

Avec son sourire en plastique blanc

“ Au revoir Monsieur Au revoir Madame ! ”

Elle avait l’air ravi d’un petit goret

Nourri au bon beurre de baratte

Comme le directeur du supermarché

Qui nous regardait en se marrant

Y a trente ans on en avait vingt et

Dans notre caddie y avait du riz blanc

Des pattes et des boîtes de sauce tomate

Qui tuent même les cafards alors

Mais pas de beurre et pas de gâteaux

Pour les mômes des Zoulous des Indiens

Le directeur il n’avait aucune sorte

De bonté dans ses petits yeux de ver

En train de ronger ronger sa feuille

De mûrier et de filer filer son fil d’or

Ils sont entrés dans la boutique

Ils riaient comme des enfants  qui croient

Que ce jour-là on peut avoir des choses

Qu’on rêve et qu’il suffit de demander

Polis ils ont attendu leur tour pour

Le plaisir pour les cristaux de sel

Qu’on jette et qui s’allument d’étincelles

Les fleurs que cueillent les paysans

A la surface blanche des salants  

Miroirs de feu qui ont brûlé leurs yeux

S’ils savaient comment ils les leur donneraient

Mais la grosse patronne est passée aux suivants

“ Bonjour Monsieur Bonjour Madame ! ”

Emballée dans son tablier de plastique

Blanc Je jurerais qu’elle n’a pas d’âme

Et que le directeur du supermarché

Est son amant Vous savez avec les pauvres

On est trop bon ! Le beurre des riches

C’est ça qu’ils voulaient comme jadis

Les paysans les ouvriers juste une orange

Qu’on mange rien qu’une fois par an

Et encore c’est bien quand on l’a

On demande la lune la lune Madame

Emballée dans du papier d’argent

Où on regarde briller les cristaux

De neige plus beaux que les lustres

Dans la demeure illustre des seigneurs

De pères en fils de mères en filles

Ils font du beurre avec la sueur des gens

Ils ont un cœur en plastique et beaucoup d’argent

Et dans ma tribu d’ouvriers paysans

Mon arrière grand-mère une très vieille femme

Qui n’avait plus de dents pour dévorer

Les croissants de lune ni les oranges

En quartiers que je lui épluchais

Je les glissais entre ses doigts usés

D’avoir beaucoup piqué colégram

A la machine à pédale Madame

Elle me racontait à Noël

Son histoire à elle pour pas

Que j’oublie d’où je viens pour pas

Que je planque mon cœur à l’intérieur

D’un sac en plastique blanc avec

Ses vieilles mains son vieux visage

Son sourire de vieille enfant d’hiver

Elle posait sur nous son givre de mémoire

Que la tribu d’ouvriers paysans

Se racontait le soir pour oublier

La soupe claire aux pommes de terre

Et s’il y avait du pain aussi

Car le petit bout de viande c’était

Pour le père qu’allait travailler

Aux usines réparer les machines

Qui font le beurre des seigneurs

C’est qu’ils en auraient bien mangé pardi

Sur des tranches de pain blanc comme

La lune la lune Madame

Les pauvres voilà ce qu’ils veulent

Quand on leur en donne un peu alors

Ils hululent dessous leur costume

Du dimanche ils en ont jamais assez !

Et leurs paumes creuses tendues

Vers les coffres remplis d’oranges

Qu’on leur distribue une c’est tout

Ces gens sont esclaves de leur corps

Ils la dévorent tout bas tout doux

Ce qu’ils gaspillent Monsieur Madame c’est fou !

A ce moment un troupeau de chiens passe

S’arrête et pisse et s’en va

Contre le mur de la boutique où on vend

Du beurre de baratte du beurre

Pour ceux qui ne salissent pas leurs doigts

A graisser les rouages des machines

A pédale Madame du beurre pour ceux

Qui ne cassent pas leur corps à bosser

A huit ans entre les filières ramassant

Les bobines avec ses doigts de vieille enfant

Pour ceux qui ne voient pas ses yeux

De petite enfant écarquillés guetter

La lune le soir de Noël comme une

Orange trop belle la lune la lune

C’est ça qu’ils veulent Madame

Et le beurre avec mais la grosse patronne

N’a pas le temps elle rend la monnaie

Elle tape sur sa caisse qui se bloque

Qui s’emballe qui se casse elle rend

Son tablier de plastique blanc avec

Son cœur dedans aussi vide que la marmite

De soupe claire l’hiver Je jurerais

Qu’il n’y a jamais rien eu là-dedans

“ Au revoir Monsieur Au revoir Madame ! ”

Pourtant la vie même sans beurre de baratte

Même sans beurre du tout c’est drôlement bon !

Publié dans : P'tits poèmes diabolique
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