Partager l'article ! Le chien du monde: Le chien du mondeEpinay, samedi, 14 février 2009 “ Ces gens- ...
Le chien du
monde
Epinay, samedi, 14 février 2009
“ Ces gens-là même que je regardais par la fenêtre et qui n’avaient l’air de rien, à marcher comme ça dans la
rue, ils m’y faisaient penser, à bavarder au coin des portes, à se frotter les uns contre les autres. Je savais moi, ce qu’ils cherchaient, ce qu’ils cachaient avec leurs airs de rien les gens.
C’est tuer et se tuer qu’ils voulaient, pas d’un seul coup bien sûr, mais petit à petit comme Robinson avec tout ce qu’ils trouvaient, des vieux chagrins, des nouvelles misères, des haines encore
sans nom quand ça n’est pas la guerre toute crue et que ça se passe alors plus vite encore que d’habitude. ” Voyage au bout de la nuit Louis-Ferdinand Céline Ed. La
Pléiade, 1981
Ouaouf ! Ouaouf !
Céline ouais !… oh là là ! faut pas causer hein ?… Je vous ai raconté déjà
dans la Petite Chronique d’avant ce que le pas imaginable Docteur Destouches m’avait refilé… parc’que Céline excusez dans ma tronche d’ex môme de la banlieue zone d’indicible c’est d’abord
toujours le “ Docteur Destouches ” … excusez ou excusez pas mais de l’époque d’après la première tuerie grandiose comme de celle d’aujourd’hui choisir la banlieue de n’importe quelle grande
Babylone pourrie de peur effarement misère et compagnie pour marner c’est pas donné à tout l’monde…
S’il l’a assez répété que pour lui la médecine c’était la première des choses qui menait sa vie… qu’on le sache bien !
D’ailleurs c’est “ sur papier du dispensaire de Clichy ” comme le précise François Gibault dans son Céline 1932-1944 Délires et persécutions ( p.21 Ed. Mercure de France, 1985 ) qu’il écrit à un de ses
soutiens pour le prix Goncourt Lucien Descaves en 1932 : “ Je suis médecin dans ce dispensaire municipal. C’est mon métier après vingt autres. ( … ) ”
Donc Céline le Docteur Destouches avec son expérience des faubourgs qu’est pas rien pouvez me croire j’en viens je sais de quoi je cause… il me parle immédiat sitôt le début du Voyage à moi qui ai qu’une enfance sauvage de banlieue et de la vadrouille de petits chemins à mettre dans
la marmite aux écritures…
Quand je
découvre Voyage j’ouvre des chasses style les roues de charrette du chien face à la sorcière du
conte… forcé que ça m’époustoufle le langage c’est celui que mézigue j’ai entendu avec le françarabe méli-mélo touillé comme ci comme ça là où on vivait je vous jure j’invente pas ! Oh là
là !… pour sûr qu’il faudra que je vous raconte aussi cette histoire de la langue qui fait toute l’affaire la différence l’énorme la précieuse pierre d’enchantement la vert émeraude… entre
Céline et aussi un type comme Bukowski et les autres écrivains pour ceux comme moi qui sortent le tête de leur trou bétonné joli et ses myriades de loupiotes mirifiques quinquets… des centaines
des milliers de carreaux qui vous matent à peine que vous avez mis le museau dehors… il faudra…
Ouaouf ! Ouaouf ! La différence nous autres les raminagrobis voyous de l’écriture griffeurs de parchemins
d’hasard… paplars de boucherie dans les cuisines de nos Mothers… les pages arrachées de leurs catalogues à tricots… nous les glavioteux des mots argots verlan la parlote populaire des faubourgs
quoi ! nous les pas affranchis des combines que se repassent depuis des lustres les proprios du beau style péroraison et compagnie… l’incendie d’intense qui nous ravage l’intérieur tout
soudain on le prend là pareil qu’un bain de lune qui vidange les baignoires vermeilles pleines des écritures mortes qu’on nous a collées dessus costume d’écoles
obligé !
Donc Céline… ah ouais ! V’là trois mois que je prends des notes… vous
écrire la deuxième Petite Chronique mais je n’me doutais pas après que je vous aie mis au parfum de mon horreur de la guerre la grande tuerie et de ses laquais militaires les infâmes les pourris…
non je n’me doutais pas… pouvais pas redouter pire que ce qu’ils viennent de nous envoyer les macchabées véreux direct de la prothèse vert de gris qu’ils ont comme cerveau les grotesques… ni que
le sujet qui m’était venu relisant des bouts de la correspondance démoniaque de Céline… le courrier c’est à ça qu’on voit qui c’est l’homme… et des phrases qu’il leur lâchait chaque fois qu’ils
se pointaient escaladaient la rampe de terre jusqu’au sous‑sol de la villa Maïtou avec Agar et la meute préparant l’orgie… allait bondir salement dans notre présent…
Cette couillonnerie morbide que la plupart des gusses qu’on se frotte avec ont à l’intérieur de leur placard aux
ardeurs néfastes … cette gentillesse qu’ils mettent à reluquer le chien du monde en train de crever voir le pousser un peu s’il accélère pas trop… lui étendre dessus sa peau leurs nappes de
pierre… cette grandguignolerie je voulais bien vous en parler et de la lutte qu’on a à mener nous autres les farcis de l’écriture pour pas qu’ils se
jettent tout le monde et nous avec au tombeau ouvert béant… ouais je voulais bien vous en parler avant que la mitraille des uns ne dégringole dessus le corps des autres innocents largués
alchimistes d’un instant qu’ils sont à renifler les galettes de semoule cuisant sur les braseros dans les gourbis de Gaza…
Vrai qu’il l’avait dit Céline à Serge Perrault lui le voyant des lendemains cristal dans ses abîmes de papier et
que je l’avais lu : “ Ils achèteront plus tard mes livres, beaucoup plus tard, quand je serai mort, pour étudier ce que furent les premiers séismes de la fin,
et la vacherie du tronc des hommes, et les explosions des fonds de l’âme… ils savaient pas, ils sauront !… ” ( Céline à Meudon Images intimes 1951-1961 p.66 David Alliot, Ed. Ramsay, 2007 ) La mort gratuite balancée par des snipers obscènes les cuisses écartées
rangers plantées pour caler leurs fusils mitrailleurs et viser à l’aise des vieux Palestiniens drapeaux blancs agités tremblotants… Pan ! la vicieuse l’exciseuse de petits matins doux et
frais comme les citronniers aux flancs des collines avant… lui regardant les troupeaux d’hommes éventrés dans les champs des Flandres s’il en avait tâté de ses vices qui présageaient déjà de la
suite… Ah ouiche ! Et les mômes de Gaza cuits au phosphore c’était les revenants feux follets de ceux de Berlin sous les ruisseaux de bombes épatantes… Ce qu’il prédisait Ferdinand que le
monde changerait pas sauf pour plus de méchanceté encore ça s’était réalisé… Ouaouf ! Ouaouf !
Ouais… c’est avant tout ça que je voulais vous envoyer la suite de l’époustoufle que ça m’avait fait les mots du
Voyage à moi qui n’écris que par erreur d’errance entre la jubilation et la douleur… des petits pas perdus sur
les parkings bleu gris à Ouh là là ! sur‑Seine… vous vous souvenez qu’on s’était arrêtés à l’entrée de Ferdinand Bardamu au cœur de la fournaise et du crottin et voilà qu’avant ce Noël de
plomb j’avais prévu de vous asticoter avec l’intuition de ce que Céline m’a fait piger en douce… la mort et son masque c’est ça qu’arrête pas de nous éloigner de nous empêcher d’être un peu
fraternels entre quidams alors qu’on a de naissance revêtu déjà notre costume solitude… Et que face à elle y a que les mots qu’on invente qui nous font peut-être un peu moins crevards… Ouais…
c’est de ça dont je voulais vous causer et puis voilà…
Si vous avez lu le Voyage vous trouverez facile le passage où Ferdine rencontre “ la petite
Lola d’Amérique ” “ infirmière comme elle était ”… “ C’était une gentille fille après tout Lola, seulement, il y avait la
guerre entre nous, cette foutue énorme rage qui poussait la moitié des humains ; aimants ou non, à envoyer l’autre moitié vers l’abattoir Alors ça gênait dans les relations, forcément, une
manie comme celle-là. ” ( Voyage au bout de la
nuit p.49-50 Ed. La Pléiade, 1981 )
Et puis pour vous rencarder plus
faut que vous sachiez que j’avais déjà prévu la suite de ce corniaud bâtard de chien du monde une troisième Petite Chronique dont le propos m’avait sauté dessus à cause d’une réflexion que se
fait Bardamu sur l’impossibilité de sauver sa peau quoi…“ Cependant j’avais peu de chances d’y échapper, je n’avais aucune des relations indispensables pour s’en
tirer. Je ne connaissais que des pauvres, c’est-à-dire des gens dont la mort n’intéresse personne. ” ( Voyage au bout de la nuit p.50 Ed. La Pléiade, 1981 ) Ouais c’est ça vous avez capté… la mort et la
misère sociale c’est pas des beaux sujets ça et qu’on a pas besoin d’être sortis des écoles pour en causer ?…
Et Céline il a tellement creusé pataugé dedans que j’ai eu juste à lire pour m’instruire et à vous glisser les
commentaires depuis le recoin d’obscur et de ronde de ma petite vie ordinaire et sa ferveur pour aller à la soupe à la tambouille poivrée safran et aux bonnes aventures
aussi…
Ouaouf ! Ouaouf ! que je me croyais tranquille comme un asticot sur sa
viande mézigue pendant que je gribouillais des morceaux de souvenirs de mon époque de jeunesse encore… zig-zag en arrière zig-zag en avant et que je patrouillais aux côtés de Bardamu et de son
histoire de guerre… un roman que je croyais avec le temps passager vêtu d’une mousse verte par-dessus… La mort elle a plein de visages pour sûr et le chien du monde s’il en sait quelque chose lui
qu’arrête pas de prendre sa course qu’elle lui ravisse pas ses artistes ses poètes ses loupiots d’Afrique tout baveux du lait des comètes…
Ouaouf ! Ouaouf ! Hop ! Hop ! … Mais la mort sociale celle de l’ouvrier au turbin mécanique
d’enfer atroce pointage des minus copeaux d’exister et du troufion kamikazé dedans la garce d’explosion c’est ça qui le tenait aux tripes le Docteur Destouches et c’est ça qui le faisait écrire
Céline pardi … “ Je n’avais pas encore appris qu’il existe deux humanités très différentes, celle des riches et celle des pauvres. Il m’a fallu, comme à tant
d’autres vingt années et la guerre, pour apprendre à me tenir dans ma catégorie, à demander le prix des choses et des êtres avant d’y toucher, et surtout avant d’y tenir. ” ( Voyage au bout de la nuit p.81 Ed. La Pléiade, 1981 )
Ouais c’est bien ça : la mort et la misère ça fait son petit bonhomme de chemin en bonne compagnie. Et déjà
quand Céline rédigeait le Voyage c’est dans le ventre ouvert des abattoirs de la banlieue que
les deux commères avaient leurs quartiers de préférence et ça ne s’est pas arrangé depuis… “ Il existe pour le pauvre en ce monde deux grandes manières de crever,
soit par l’indifférence absolue de vos semblables en temps de paix, ou par la passion homicide des mêmes en la guerre venue. S’ils se mettent à penser à vous, c’est à votre torture qu’ils songent
aussitôt les autres, et rien qu’à ça. ” ( Voyage au bout de la nuit p.82 Ed. La Pléiade,
1981 )
A suivre...
La Villa Maïtou à Meudon 2007
Commentaires