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Saïd et Diana

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  • : Les cahiers des diables bleus
  • : 19/09/2005
  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
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Image de Dominique par Louis

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Jeudi 12 février 2009 4 12 /02 /Fév /2009 22:33

 Le marchand d'oiseaux fin


      Tu n’as eu aucun mal puisque j’étais la seule assise à l’une des tables rouges vermillon à reconnaître mes mains. Comme je m’ennuyais à mort dans cette attente du marchand d’oiseaux qui décidément ne venait pas et que cette heure était celle où d’ordinaire je rentrais me coucher avec les oiseaux de nuit j’avais ouvert le cahier à spirale. J’imaginais que je pourrais peut-être capturer une des brouillard symphonie dont j’ignorais tout encore et dont les mots me semblaient aussi insaisissables qu’un hérisson refermé sur son ventre.
      Je ne pouvais à l’époque que me piquer les doigts à cette bogue tendue pour défendre un marais de douceur à l’intérieur et tracer quelques signes de sang maladroits. L’imagination fulgurante de la bête accomplissait le reste et mes cahiers se remplissaient d’une écriture rouge écaillée et lancinante. Une écriture de petits cris comme ceux qui avaient été enfermés pendant longtemps dans la boîte de soda bondissant au fond du ventre de la benne à ordures.
      Le perroquet bleu turquoise a traversé la salle de bar comme un météore et je t’ai vu à sa suite au moment où je séchais gravement sur la fin de mon histoire à cause d’une image qui toujours me revenait. C’était celle de la reine mort aux doigts longs et transparents tel du marbre blanc qui tentait de me passer au poignet un bracelet d’argent alors que je lui avais déjà laissé saisir une proie bien plus fascinante que moi jadis. Une proie d’enfance.
      - Je nous croyais quitte… étais-je en train de lui dire lorsque tu es venu vers moi avec l’air de quelqu’un qui n’a pas encore franchi la fenêtre de sa nuit quand les flammes légères des bougies l’habillent de satin blanc et de soie nénuphar.
      J’ignorais qu’il était inutile de discuter avec elle car ses pouvoirs étaient bien plus grands que ceux des mots.
      - J’ai envie d’un chocolat très chaud… pas toi ? Et tu t’es assis juste en face de moi car tu savais que j’étais une amie ancienne qui te revenait enfin.
      De l’autre côté de ta fenêtre de nuit mille petites flammes vacillaient et se poursuivaient si lentement que je parvenais à peine à deviner les mains des magiciens agitant des gouttes d’eau au fond des landes de bruyère de tes yeux. Tes doigts aussi chauds que la lueur framboise du poêle se sont couchés sur les miens. Et le froid familier des mains de la reine s’est retiré à pas pesants dans un frô lement de traîne à l’intérieur de la sciure fraîche.
      De l’autre côté de ta fenêtre de nuit des plumes bleu turquoise puis vert pomme et écarlates se coulaient de tes poignets aux miens pendant que tu me tendais dans ta paume offerte un encrier si lumineux qu’on aurait dit un citron éclairé par la clarté filante de la lune comme un gros berlingot.
      De l’autre côté de ta fenêtre de nuit je me suis senti glisser du haut de la dune d’or paillée jusqu’en bas où une plage blanche infinie s’étendait semblable à un lit d’oiseau pour renaître interminablement.
      - Tu ne crois pas qu’il est l’heure d’aller dormir ?… tu m’as demandé en me faisant un clin d’œil après que le goût délicat du chocolat avec la cannelle à la fin nous ait grisés comme une marche dans une forêt mouillée.
      - Si je crois … je t’ai répondu et j’ai ri tout contre toi tandis que dans mon dos le poêle ronronnait malicieux une brouillard symphonie apprivoisée où je distinguais de voluptueux battements d’ailes écarlates.
      Alors tu as murmuré doucement :
      - J’adore ton rire… mais pas dans l’oreille… Oh ! je t’en prie… pas dans l’oreille…

Publié dans : Contes et récits de l'arbre aux histoires
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