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Des oiseaux dans la guerre...
Comme vous l'avez
vu le massacre de gamins de Gaza nous a totalement traumatisés et on n'est pas prêts d'oublier ça ni de passer là-dessus... Maintenant ça va être le temps des comptes à rendre pour ces assassins
que sont les militaires de toutes les armées du monde et ceux qui les dirigent !
Pas rêver... on aura pas leur peau comme ça mais on va s'y atteler ferme et surtout travailler ensemble pour arriver à protéger les peuples sans défenses des tueurs
qui pullullent dans ce monde de dingues...
Et comme notre blog des Cahiers est d'abord dédié aux jeunes et aux mômes de
la banlieue voici un extrait du Journal de Bord que tenait Majeda publié par Le Monde et qui nous a drôlement plu tant les passages qu'on a choisis sont proches de la
vie... Presque une histoire de Petit Prince...
Cette odeur si particulière revient polluer nos vies
Animatrice socioculturelle à Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza, Majeda al-Saqqa tient un carnet de bord depuis le début de l’opération “ Plomb durci ”. Nous en publions des extraits.
Samedi 27 décembre Comme un tremblement de terre.
J’étais sûre que les Israéliens attaqueraient pendant les vacances de Noël. Et que ni l’Union européenne, ni les Etats-Unis ne réagiraient […] Mais pas une seconde, je n’aurais imaginé ce qui est arrivé.
Vers 11 h 30, c’est comme un tremblement de terre qui frappe Khan Younès. Mon cœur bondit : ma mère, mes sœurs ! Mes neveux à l’école et au jardin d’enfants ! Je cours dehors pour aller les chercher. Ils sont déjà revenus : par hasard, notre voisin les a ramenés avec son fils. Totalement terrifiés. Wael, mon neveu de 4 ans, n’y comprend rien - il ne savait même pas qu’Israël existait. Maintenant il sait. Ils savent tous.
Nous nous rassemblons dans le jardin. Lors de la dernière attaque, les fenêtres ont volé en éclats sur nos têtes, les portes ont été cassées. Ce bombardement est tellement plus puissant que rester dehors semble être la meilleure solution. Le tonnerre de bombes continue, la fumée s’élève alentour. Et cette odeur si particulière revient polluer nos vies. ( … )
Vendredi 2 janvier Le F16 et les oiseaux
Wael s’est réveillé très fâché contre moi :
‑ Tu nous avais promis un arbre de Noël, on n’en a pas eu. Tu avais promis de m’emmener à la plage, tu ne l’as pas fait. Tu avais promis qu’on regarderait les oiseaux et tu ne nous laisses même pas jouer dans le jardin.
Wael adore regarder les oiseaux. Ces derniers jours, il a souvent regardé vers le ciel et demandé pourquoi les oiseaux mettent autant de temps à retrouver leur nid dans le jardin. Hier, Wael regardait les oiseaux quand un F16 est arrivé, occupant tout le ciel. A chaque bombe lâchée, les oiseaux s’éparpillaient, paniqués. Au début, cela amusait Wael. Maintenant, il sent que les oiseaux sont en danger. Il me dit :
‑ Cette nuit, l’avion a encore blessé mon doigt. Je sais que tu ne me crois pas, mais il est
tom
bé et a mis le feu au jardin. J’ai senti l’odeur.
- Alors tu as fait quoi ?
- J’ai cherché mon avion pour ramener tous les oiseaux à leur maman parce qu’ils m’appelaient à l’aide.
- Et tu les as aidés ?
Il me lance un regard noir :
‑ Bien sûr que non !
- Pourquoi ?
- Parce que tu ne m’as pas acheté d’avion ! Je n’ai rien pu faire pour eux et ils sont vraiment fâchés contre moi !
Je le regarde dans les yeux :
‑ Wael, je te promets qu’à la fin de la guerre, je t’achète un avion très grand, avec une télécommande.
Il demande :
‑ C’est quoi, la guerre ?
- C’est ce qu’on est en train de vivre. C’est ce que tu as vu dans ton rêve.
- Mais pourquoi des gens veulent faire cette guerre ? Pourquoi des gens voudraient que les oiseaux ne puissent pas retourner à leur nid ?
Je lui tends les bras :
‑ Wael, pardon pour toutes les choses que j’ai ratées ces derniers jours. J’ai du travail… On continue plus
tard.
Il est content de ma promesse de cadeau. Et moi d’avoir pu abréger cette conversation.
Dimanche 4 janvier Danse de drones, mélodie de guerre
Sûrement le pire jour de notre vie. Ma mère dit que même la guerre de 1967 n’était pas si terrible. Pas d’électricité, très peu d’eau et ce froid horrible qui
accompagne l’orchestre de la guerre en direct. Les canons des chars, les bombardements des F16, le drone qui fait des cercles jour et nuit… Comme si une abeille bourdonnait juste dans le creux de
l’oreille. J’ai décidé d’appeler ça la mélodie de la guerre. Comme cela, peut-être que Wael me questionnera sur cette mélodie au lieu de demander, encore et encore :
‑ C’est quoi la guerre ? Qui a commencé ? Pourquoi ?
Mais la mélodie ne l’intéresse pas du tout. Maintenant, il questionne sans relâche :
‑ Pourquoi le pilote veut tuer les oiseaux ? Pourquoi il les déteste ? Il ne sait pas que les oiseaux ont une vie, comme nous ?
Je suis saisie par cette dernière question. […]
Les bombardements continuent. Wael est très nerveux. […] Alors, j’obéis à ma mère : on se colle les uns aux autres, ce qui est très bien pour la chaleur, mais très mauvais pour la sécurité. Dehors, la mélodie continue, alors on compte à voix haute : 1, 2, 3, … 28, … 43… Comme les enfants ne savent pas compter après 50, on arrête. ( … )
Lundi 5 janvier Tout compte ( de bombes ) fait.
Juste avant d’aller au lit, Wael lance :
‑ En fait, j’aime bien la guerre.
- Pourquoi ?
- Je ne suis pas obligé de me laver le visage ou les mains dans le froid. Je ne me lève pas pour aller au jardin d’enfants.
- Mais si tu n’y vas pas, tu n’apprendras pas à compter et tu ne pourras pas compter les bombes…
- J’aime pas compter les bombes, de toute façon, et il monte vers sa chambre.
Je me sens tellement stupide d’avoir fait compter les bombes à ce petit garçon
!
Wael revient :
‑ Je voulais te demander : si un garçon et son papa sont en fer, la bombe les détruira ?
- Oui.
- Et s’ils sont en bois ?
- Aussi.
- Et s’ils sont en arbres ?
Tout à coup, je comprends que je dois répondre non, juste pour qu’il puisse dormir…
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