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Le caillou algérien
Epinay, Dimanche, 14 décembre 2008
Sur la table des poètes vivent des pierres
Eclats tombés de l’astre vert mouvante amante
Gardiennes du somme des pages frissonnantes
La nuit les guette de ses persiennes paupières
Venues sauvages de paysages lunaires
Buveuses de feu avides elles hantent
Les soleils qu’effeuillent les saisons mourantes
Chassées par le temps rouge du seuil de la terre
C’est un temps de béton des maisons d’épouvante
Parées d’armures de plomb mais au bout d’un fil
Nos cabanes d’arbres en aplomb indocile
Tiennent bon aucun tourment qui les évente
Elles nous ont faits guetteurs nos tentes légères
Des papiers de couleurs et ce monde futile
Malgré la douleur de sa chute est dans la file
D’attente au bout de nos sarbacanes de verre
Nos frondes ont des lacets lanceurs de tourmentes
Le premier météore s’est cassé sur Ur
Atomic fracas de lunes rondes autour
Des dunes nains fondeurs de cités ardentes
Rocs sculptés par le tracas de l’astre vert
Blancs doux dessous les roseaux des oueds que l’île
Mène berger du cœur des ksour trace fossile
A ses rivages sourds aux désastres de Sumer
Sur la table des poètes vivent des pierres
Venues de pays en légendes fertiles
Dedans les griffes des oiseaux géants fragiles
Elles voyagent entre aujourd’hui et hier
Toi Jean tu ramasses le caillou ouvert
De la Mitidja quand l’escargot invente
Les talismans d’argile où déjà serpente
Notre héritage gravé spirale de mer
A Tipasa Camus de sa main absente
Pousse ému la porte mouvante de la ville
Romaine alors que le maître des vents Enlil
Pose devant lui un galet fou qui chante
C’est à René Char que la pierre de Sumer
A repassé le feu qu’Hélicon à son tour
Bijoutier de lune avait ravi sans détour
Jusqu’au poète d’Avignon tu viens errante
Précieuse messagère des paumes aimantes
Sous sa veilleuse d’or te gaver de lumière.
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