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Saïd et Diana

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  • : Les cahiers des diables bleus
  • : 19/09/2005
  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
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Texte Libre

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Image de Dominique par Louis

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Lundi 8 décembre 2008 1 08 /12 /Déc /2008 23:08

Le marchand d'oiseaux suite...

      Lorsque j’ai rencontré le marchand d’oiseaux je courais en tous sens à l’intérieur de la ville ardente. J’étais une enfant qu’une bête aux yeux brûlants habitait de son corps malhabile et encombrant. Là où vivait le marchand d’oiseaux au bord du fleuve n’importe quoi pouvait arriver. Et c’était cela qui me donnait envie d’y retourner sans cesse.

La bête et elle ont vu se précipiter vers elles un nuage de perroquets grenades et vert pomme et de mésanges charbonnières puis elles ont senti que le vent s’engouffrait entre les lourdes peaux qui les recouvraient.

- De lourdes peaux ?… Mais tu avais dit des pétales de roses a questionné le marchand d’oiseaux.

- La peau des roses du jardin solitaire est aussi lourde que celle du temps sans amour a murmuré la bête à mon oreille tout bas. C’est vrai que j’ai bien besoin qu’on me souffle les réponses parfois.

Alors le vent portait à ma bouche les mots chahutés avec les petits cris de mon corps à l’intérieur de la boîte de soda qui roulait déjà depuis dix ans au moins et ça n’en finissait pas – ratata boum boum boum…

- Ils veulent m’enfermer dans le château… le château d’Ab-sens… M’enfermer !…

- M’enfermer !… M’enfermer !… a repris à l’unisson le perroquet vert pomme en fourrant carrément d’horreur sa tête dans l’oreille du vieux bonhomme.

- C’est de pire en pire… a soupiré le marchand d’oiseaux en se bouchant d’un doigt l’oreille droite au cas où…

- T’enfermer… Hi hi hi !… Mais la prison est en toi-même… m’a répondu le marchand d’oiseaux. Et absence n’est rien si ce n’est absence d’amour…

C’est seulement bien des années plus tard lorsque nous nous sommes retrouvés au bistrot du “ Chien qui fume ” qu’elle m’est arrivée avec tout son sens et ses mots dans l’ordre comme il faut. La réponse. Car lorsque j’étais enfant le marchand d’oiseaux me parlait comme parlent les oiseaux évidemment. Et les mots craquaient en étincelles de ses lèvres aux miennes. Les mots du marchand d’oiseaux avaient une odeur chocolat et un parfum de cannelle par derrière. Je ne cherchais pas ce qu’ils voulaient dire car il me suffisait de les ramasser comme des narcisses à pleines poignées le long d’une prairie en pente au printemps.

 

Lorsque je suis entrée dans le café “ Au chien qui fume ” ce matin-là il était assis au beau milieu avec le perroquet mâle vert pomme ou bleu turquoise d’un côté et le perroquet femelle aux plumes écarlates de l’autre.

Aussitôt nous nous sommes reconnus et il a rit en constatant que je portais toujours sur moi le cahier à spirale où j’écrivais les histoires que la bête alimentait de son imagination ravie aux roses et ne s’offrant pas à tout le monde.

En me voyant arriver le perroquet vert pomme a incliné sa tête où les plumes formaient une couronne de petit roi et il a commencé sur le ton sourd d’un tam-tam d’Afrique à tambouriner et à se balancer une patte après l’autre :

- Chocolat !… Chocolat !… Cho-co-lat !… tandis que le perroquet aux plumes écarlates qui picorait jusque-là les miettes de brioche éparpillées sur la table rouge vermillon me regardait alors fixement de ses petits yeux curieux. Il semblait si absorbé dans sa contemplation qu’il gardait une de ses pattes levée comme s’il allait soudain bondir à cloche-pied au gré d’une invisible marelle. Et effectivement au bout de quelques secondes il s’est mis à sautiller et à tourner en rond sur le rythme d’une danse silencieuse. On aurait dit qu’il venait d’avaler un verre de rhum. Un verre de rhum au moins !


             - Chocolat !… Chocolat !… scandait le perroquet bleu turquoise. Il chantait frénétique de plus belle et d’un seul coup à pris son vol pour aller se percher sur la barre de cuivre du comptoir qu’avec son bec il a utilisée à la manière d’un instrument de percussion aux tons les plus aigus.

- Eh bien ! Eh bien ! s’est exclamé le marchand d’oiseaux en frappant dans ses mains qui ressemblaient à deux grands papillons de nuit.

- C’est pas fini ce bazar !…

Et en s’adressant à moi avec un air un peu grognon :

- Qu’est-ce que tu as encore dans tes poches toi qui leur fait cet effet-là ?

J’ai vidé de mes poches quelques poignées de pétales de roses rouge sang que la bête et moi nous cachions à l’intérieur des livres les plus épais de la bibliothèque du château.

- Alors… tu vas toujours dans le jardin de la reine pour te faire du mal ? a questionné le marchand d’oiseaux en jetant les pétales de roses rouge sang à l’intérieur du petit poêle qui s’est mis à gémir triste et résigné. Dans le jardin et dans le château aussi… je suppose…

- Oh !… je n’y vais que quelques fois… lorsque je suis toute seule et que… Mais ça n’est pas grave…

- Pas grave !… Pas grave !… a tambouriné le perroquet vert pomme sur sa barre de cuivre...
A suivre... 
Publié dans : Contes et récits de l'arbre aux histoires
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