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Tout au bout…
Jeudi, 4 décembre 2008
D’habitude j’aime pas du tout parler de moi vous savez… et même quand j’écris “ je ” c’est toujours quelqu’un qui passe un peu comme dans un de mes
poèmes : “ Le sage pas sage est passé par ici… ” C’est un je‑nous enfin sans jeu de mots un je pluriel et que celle qui raconte utilise
pour être là en chair et à poil sur la peau du papier pas plus… ouaouf ! ouaouf !… Mais je n’vois pas pourquoi je vous dis ça vu que depuis que vous lisez nos petites bafouilles des
Cahiers vous êtes au courant…
Pourtant y’a un bout de temps depuis que je rejoins dans la galère les camarades que je n’connais pas et même si je les retrouve depuis trois piges sur les bancs ou plutôt les chaises dures de l’ANPE très moche et glauque passable on n’se cause jamais sauf pour des renseignements pratiques… c’est comme ça l’être humain qu’il est il paraît… moi je n’sais pas j’observe je matte et je mets ça sur des p’tits paplars ouaf !… donc y a un bout d’temps que je songe à vous faire profiter de ça aussi pas d’raison !
Pas d’raison même si j’ai pas plus envie que les autres de mettre dans notre blog des Cahiers le pire du quotidien qu’on est pas mal à se farcir des gens de mon âge quoi… 52 balais y en a plein qui ont choisi un chemin de traverse et qui n’se doutaient pas que le monde qu’ils voulaient changer de toutes leurs forces à 15 ans il allait devenir ça… et que là-dedans ils seraient comme la p’tite souris du placard… ( voir le blog de Quichotinne ) contraints soit à changer leur joli costume gris pailleté cendres du poêle en un tout neuf fluo jaune vert bien repérable des vigiles du travail obligatoire… soit de crever de faim et du reste…
Bien sûr qu’y a des années de ça quand on était ados et ensuite la liberté de faire de notre vie qu’est unique quelque chose qui corresponde à la vision qu’on a de soi dans ce monde c’était déjà pas donné à chacun de la même façon mais nous autres petits enfants et arrières petits enfants d’ouvriers paysans comme vous savez que je vous en ai déjà causé un peu on a des ancêtres qui se sont battus pour pas qu’on les mette en esclavage et pour défendre l’idéal qu’était déjà le leur de la solidarité et du partage alors on a des raisons très solides de continuer ce chemin-là… Et plus encore que nos décisions politiques de ne pas brader notre quotidien à n’importe qui et à n’importe quoi faut dire que quand on avait 20 piges on pouvait encore vivre libres et inventer sa route… mettre en chantier ses projets les plus fous et partir à l’aventure et puis rebondir vers d’autres destinées dans ce paysage-ci…
Sûr qu’on en a fait des choses nous autres c
omme me le reprochait le gazier de l’ANPE hier en matant l’air un peu dégoutté mon CV que
j’avais rédigé en tirant la langue appliquée comme à l’école… c’est vrai ma vie elle est pas ordinaire… “ Oh là la ! qu’il a dit en retournant la feuille dans tous les sens… c’est trop
fourni ça… ” Ben ouais quoi… c’est pas tout l’monde qui reste dans son p’tit coin de pavillon à faire le même job à sortir son chien et à somnoler sa vie…
Alors après hein ! faut pas venir te plaindre si tu en es là où tu en es… Mais au fait j’en suis où moi ? Il le sait le monsieur qui arrête pas de
pianoter sur son clavier en grommelant des “ putain… c’est où ce truc… merde… je trouve pas… ” Drôlement pas éduqué le mec pour un fonctionnaire que je me pense en dedans… si c’était un
p’tit des cités qui causait comme ça on lui dirait qu’il est grossier… mal élevé… Bof… pas d’importance… ici on est entre gens qui ont tout foiré non ?
Moi en fait je ne leur ai rien demandé et je me plains pas de ma vie qu’est pleine de petites loupiotes généreuses et de rencontres
extras sauf que si on pouvait encore comme avant nous autres les créateurs vivre de notre imagination de nos inventions et de nos p’tits jobs facétieux tranquilles… ça serait bien et on aurait
pas besoin de leurs aides pourries qu’ils nous comptent à l’haricot prêt et qu’ils nous monnaient de cent mille heures de RV perdues à rien dire pour rien glander avec du rien vivre au bout… de
rien… Tout ceux qui ont à peu près la cinquantaine et plus se rappellent comment on passait de petits boulots en petits boulots nous qui n’étions pas “ entrés dans la carrière ” et
souvent pas des plus drôles mais on avait vingt berges et de la vitale énergie plein les pognes !
Et comment pendant au moins d’autres vingt berges qui ont suivi ont a vécu de notre utopie de créateurs et “ d’artistes sans art ” comme
le dit l’ami Louis… Ce qui n’nous a pas empêchés de bosser dans les centres culturels et autres maisons de la culture avec des gens en cours d’alphabétisation avec des jeunes en échec scolaire
avec des femmes immigrées qui venaient écouter nos lectures et nous offraient en échange des gâteaux qu’elles avaient fabriqués pour nous…
Ouais… c’était une époque heureuse et y faut bien comprendre que quand tu vis là‑dedans des années la vie intense et magique qui
devrait être celle de tout l’monde tu n’peux pas et tu n’veux surtout pas te recycler vendeuse de machines à laver par téléphone ou démarcheuse à domicile pour des assurances pourries pas
question ! non de non alors ouaouf ! ouaouf !… Faut que j’vous raconte aussi que comme je n’suis pas née de la pluie sur les coquelicots ce qu’est dommage je me suis doutée y’a
quelques années que la société qui était en train de se profiler nous ferait pas de cadeaux à nous autres les créateurs d’inutile comme le dit si justement et joliment Werner Herzog un des
cinéastes réalisateurs le plus follement extra que je connaisse…
Donc après avoir publié mon premier p’tit bouquin Par la queue des
diables en 1997 me suis décidée à tenter de faire la part des choses et de m’organiser un peu pour n’pas périr d’ici les lendemains que je
n'voyais pas chantant.
Et le sort m’a filé un p’tit coup d’main sympath en me faisant rencontrer une femme et puis d’autres à Montpellier pendant la présentation de ce petit livre et j’ai
cru niaisement que j’avais une ou des amies avec qui mon vieux rêve de mettre en route une édition de femmes en Méditerranée et une revue ça allait le faire… J’vous passe les fourmilières de
détails que sinon vous n’lirez pas c’est qu’y en a eu des histoires depuis… On a fomenté cette édition et la revue aussi à deux d’abord puis trois filles drôlement complémentaires au départ
c’était le panard !…
Ça se passait en 1999 et j’ai mis dans cette entreprise le peu de fric que j’avais qui était l’argent de la bourse d’écriture que j’avais reçu du CNL pour écrire mon bouquin Jean Pélégri l’Algérien Le scribe du caillou qui est paru début 2000 aux Ed. Marsa chez ma copine Marie Virolle… Cette petite maison d’édition associative avait un double but qui était de publier des femmes qui ne pouvaient pas le faire vu le côté un peu hors norme de leurs écritures et de me filer un salaire par le biais d’abord des contrats aidés durant quatre ans et puis d’une embauche définitive à mi-temps au départ… On avait décidé discuté palabré sur le sujet des heures et Hop ! c’était bon… enfin que je croyais… A l’époque je faisais extraordinairement confiance aux femmes…
Là-dedans j’avais officiellement un poste de secrétaire mais en réalité j’étais la responsable de rédaction de la revue… la lectrice des manuscrits et je me tapais le boulot de réécriture coton alors ça !… y’a des gens qu’écrivent avec leurs pieds et en plus il se croient… me tapais les corrections les salons les lectures les ventes et le reste avec les copines… chacune avait sa part du job et moi encore plus bête que ma grosse chienne de Bonie ( ceux qui ont lu l’histoire de la machine à écrire qui s’appelait Calamity Jane connaissent Bonie… ) j’ai jamais fait de papiers pour être sûre que je ne me tapais pas des centaines d’heures de boulot et la responsabilité maous vu que les autres elles captaient pas… le nombre de fois que j’ai dû gueuler qu’elles laissaient passer des trucs nuls… donc pas de paplars et du boulot à mort pour 600 euros par mois jusqu’à 800 le dernier mois avant qu’elles me virent…
Pas la peine d’ergoter là-dessus je vous raconterai ailleurs toute l’affaire vu qu’entre femelles on se fait le pire maintenant je le
sais et je travaille avec des mecs c’est plus simple… Le coup dur pour moi c’est que je me suis retrouvée dehors de l’édition que j’avais créée en août 2005 ( le 31 c’était bien tombé c’est
le jour de mon anniversaire… ) et si vous comptez bien vu que j’en ai 52 aujourd’hui ça m’en faisait juste 49 ! Si j’avais tenu encore une pige je pouvais avoir ce contrat aidé
jusqu’à la retraite ouaouf ! ouaouf … le mot qui me fait rire ! à cause d’une loi sur le boulot des 50 balais et plus qu’est passée à c’t’époque… Et zouh ! moi je me retrouve
dehors avec peau de balle et mes quinquets vert pomme pour pleurer… les amies c’est chouette !
J’vous raconte pas ça pour que vous pleuriez sur mon sort car aujourd’hui j’en rigolerais plutôt avec le recul mais parc’que je sais qu’y a plein de gens à qui
c’est arrivé et qui ont pas l’occasion de l’écrire ni de le dire… Alors comme disait notre poteau Antonin… Antonin Artaud évident… je l’écris pour les autres…
Me v’là dehors de l’affaire sans une tune et vrai si y’avait pas eu ma copine Marie Virolle qui me file des piges à faire de temps en temps et qui publie mes bouquins… et si y’avait pas eu mon ami Louis pour qu’on réalise nos Cahiers des Diables bleus je serais où moi à c’t’heure ?… C’est entendu pour les gens qu’ont de l’expérience que toutes les personnes qui m’écrivaient que je publie leurs bouquins et que je les aide et que et que… m’ont plus donné signe de vie une fois dehors… et que celles qu’ont pu ont sauté sur la place mais ça… c’est la vie chez les ripous non ?…
Bon… que je vous remette les pieds sur la terre en vous finissant mon récit avec l’ANPE pour son premier épisode parc’que m’est avis que vous en aurez d’autres… Donc chômage… alors chômage sur un CEC de 600 euros vous voyez un peu ?… et puis après plus chômage et pas trouvé travail dans écritures ni corrections ni lectures ni rien… alors alloc spé de solidarité… ouais vous savez bien c’est là qu’on a droit à 450 euros par mois à rien faire… le pied hein !
“ Vous pouvez pas rester à rien faire… ” qu’il m’a dit le monsieur de l’ANPE hier celui que ça fait le cinquième que je vois où on me renvoie Hop ! Hop !… rien faire… ah ouais c’est vrai j’oubliais que publier des articles dans des revues un ou deux par mois… 11 bouquins en 10 piges… tenir une revue et un blog à bout de bras depuis trois ans… faire des piges au black ici et là… participer à tous les salons possibles… écrire des entretiens avec des créateurs algériens… c’est rien faire OK… Mais c’est vrai que quand j’avais proposé à la dame qui me coachait avant ce guignol-là drôlement fière de ma trouvaille de monter des ateliers d’écriture avec d’autres je trouverai je m’débrouillerai… elle m’a répondu “ Mais c’est complètement minimaliste ça… ”
Drôles ces gens qui ont un job tranquille planqués dans une ANPE surchauffée et qui se permettent de mépriser le travail des autres vous trouvez pas ?… “ Même si vous devez accepter un travail pas valorisant il faut bien vivre… ” qu’il m’a dit d’un ton paternel le monsieur de l’ANPE… hier encore en me refilant à un sixième gugusse que je dois voir dans une semaine pour décider après palabres et enquêtes ce que ça sera le “ métier pas valorisant… ” je redoute le pire comme vous vous en doutez…
Bon… j’me vois bien pousser les feuilles mortes avec les autre
s que je regarde chaque jour en bas sur les
trottoirs de macadam black de la cité… y sont de plus en plus nombreux alors entre fous on va bien se marrer probable… Sinon y a les poubelles aussi à vider avec la dame algérienne elle est toute
seule elle pour ce job répugnant… je pourrais lui filer la main… on serait entre payses et on pourrait causer de l’Algérie… des poubelles de l’Algérie qui sont pas plus crades que celles d’ici…
ça me changerait pas… Et puis autour des poubelles y a des rats et moi j’aime bien les rats… c’est des papivores comme moi les rats… y’en a plein dans mes livres je pourrais les étudier de près…
les rats… ouaouf ! ouaouf !…
Alors pour paraphraser un peu Céline mais à ma taille de p’tite ouistiti… ouais alors si des fois vous aviez dans vos
relations des gens qui cherchent quelqu’un pour de la saisie de textes des piges des corrections… des fois hein ? même ça serait au black ça me gêne pas… vous m’aideriez… parc’qu’y faut bien
vivre… et puis moi je continue à vous écrire des histoires… c’est d’accord ? Ouaouf ! Ouaouf !
A suivre...
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