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Le marchand d'oiseaux suite...
Je pousse la porte dont les écailles rouges me caressent afin de m’assurer que le décor de notre théâtre existe
bien et qu’en frottant mon nez contre son odeur rouquine et amère je parviens encore à évoquer pour toi le marchand d’oiseaux. C’est un théâtre d’une tendresse particulière où on ne frappe jamais
les trois coups. Pour y entrer il faut avoir l’odeur épicée et les yeux bleus faïence effarouchés de ceux qui ont traversé durant des nuits entières des déserts et s’endorment enroulés dans un
manteau d’étoiles au petit jour.
La porte s’ouvre et me laisse le passage à moi le page d’hier qui cherche toujours bêtement à mettre du sens là où une enfance pas sage a déposé un peu de sang. Oh juste un peu… A peine quelques égratignures. Ça n’est pas grave…
C’est qu’il m’avait prévenu le marchand d’oiseaux.
- Il te faudra du temps pour y arriver… hi hi hi…
Et justement il est là assis en plein milieu des tables rouge vermillon toujours vêtu d’une chemise de flanelle jaune et d’un pantalon de velours chocolat à grosses côtes. Il est là avec ses espadrilles effilochées qui tapote tout doux un vieux mégot sec contre le dos de sa main où se craquèle tout un désert aussi. Sur son épaule gauche un perroquet mâle aux plumes peut-être bleues peut-être vertes pousse de grands hurlements ravis qui perturbent le bruit d’arme automatique que fait la boîte de soda déjà presque parvenue en bas du boulevard – ratata boum boum boum…
Si j’avais eu le temps j’aurais refermé la porte avant qu’elle ne fasse son trou entre les mots de l’histoire. La boîte. Mais ça n’est pas grave…
Donc le perroquet crie qu’il est content en fourrant sa petite tête dans l’oreille du marchand d’oiseaux évidemment.
- Pas dans l’oreille… je te dis… pas dans l’oreille voyons… répète en se secouant le marchand d’oiseaux.
- Pas grave !… pas grave !… crie encore plus fort le perroquet pour m’aider…
- Pas grave…
Grave… ce mot auquel je tente tout le temps depuis tant de tristesses chocolat de piquer l’air pour le faire déchanter à ma façon. J’étais gavée de mots sans plumes ni champs-d’ailes avant que le marchand d’oiseaux n’entre poliment dans ma vie à reculons.
A ce moment-là il est probable que je m’acharnais à recouvrir le goudron d’un trottoir qui ne menait nulle part avec le mot absence écrit en tous sens. Absence. Ab-sens. Ce qui n’a pas de sens. C’est ainsi que je l’entendais depuis tant de chocolats avalés à toute vitesse au comptoir d’un bistrot de gare dont le goût amer à la fin ne me quitte pas.
Tiens… Cette phrase-ci vient sans doute de s’échapper de la boîte dite à mémoire qui n’est qu’une vieille boîte de fer rongée rouillée et enterrée mais pas assez profond juste à côté de ta demeure couverte d’oiseaux. Quand il y en a. Il faudra que je songe lorsque j’irai chez toi à rajouter un peu de terre et des feuilles mortes aussi. S’il y en a…
M’échapper comme la boîte de soda qui n’en finit pas de rouler dans le mo
nde transparent des landes où les mains des magiciens sous la bruyère
secouent des gouttes d’eaux. Légères. Et dans mes oreilles.
Et justement… Le marchand d’oiseaux m’a expliqué la première fois qu’on s’est vus parmi les baraques de forains du Quai aux Fleurs que de poli à polisson il n’y a qu’à foncer pour passer sans y penser. Même quand on est un page pas très sûr de sa destinée ça peut aller…
- Tu ne penses pas ?
A cette époque désormais révolue je me disais en l’écoutant malgré le hurlement charmeur du perroquet vert pomme ou bleu turquoise qui insistait de plaisir à braver le bruit sourd des mots :
- Non… ce n’est pas la peine que j’y pense puisqu’Absence pense pour deux à rebrousse sens et que de la peine j’en ai plein mon panier de pluie… Pas la peine…
C’était grave j’en conviens.
- Grave… grave… Insiste le perroquet vert ou bleu.
Ah mais non… pas dans l’oreille je te dis ! …
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