Partager l'article ! Le marchand d'oiseaux: Le marchand d’oiseaux Les deux mains a ...
Les deux mains appuyées très fort contre mes oreilles j’attendais que le bruit insensé qui venait de me réveiller en sursaut cesse enfin.
Et quoi de plus vide de sens qu’une boîte de soda roulant sans fin pleine de tous les petits cris poussés par un corps qui ne pourra jamais rejoindre le ventre chaud et doux d’où il vient ?
Ab-sens. Absence.
- Hi hi hi… tu es têtue… ricane le marchand d’oiseaux assis juste à côté de moi.
Froid. Gris. Mouillé. Cauchemar. Ma tête vide. Mes pas sur un pavé poisseux et poli. Poli dans les deux sens du mot. Celui sur lequel on glisse comme un Pierrot sans chandelle pour allumer sa plume. Poli mais pas du tout polisson. Non. Pas un peu de poussière de lune pour poivrer cette absence de sens justement… Et cette boîte de soda dans laquelle je butte… Hi hi hi…
Ab-sens. Absence.
Voilà les mots tels que je les aurais écrits si je n’avais pas rencontré le marchand d’oiseaux. Voilà les mots qui dénudaient mes nuits…
Et justement j’aurais aimé te raconter l’histoire du marchand d’oiseaux avant les premiers froids de leur départ. Aux oiseaux.
J’aurais aimé esquisser pour toi sa silhouette de vieil enchanteur. J’aurais aimé jouer avec toi aux mots qui se font des glissades du haut de la dune d’or paillée jusqu’en bas et puis s’envolent
sur des harpes légères.
Jouer avec les mots
c’est ce que je fais d’habitude dès mon réveil. Mais là rien.
- Hi hi hi… comment ça rien ? Sourit le marchand
d’oiseaux.
Non rien… Ça ne marelle pas dans ma tête
ni dans mon ventre coquelicot. Ce qui est encore plus grave… Comme si je soupçonnais que peut-être un jour partis avec les parfums ils pourraient ne pas revenir. Les
oiseaux.
- Ça alors !… Ne pas revenir… Quelle
idée !
Et justement c’est parce que ça ne marelle pas dans ma tête que je pousse la porte peinte en rouge on ne sait plus quand aux écailles qui font tendresse sous mes doigts. La porte du café “ Au chien qui fume ” où tu me donnes rendez-vous à tes retours d’usine le dimanche vers sept heures du matin alors qu’il fait frais.
Légers nos petits matins entre réglisse et roudoudous roses cendre et framboise tandis que tes yeux de fatigue pétillent ces douze
heures croquées par le dentier en or massif du temps sans âme. Légers tes cils qui chatouillent mes paumes en attendant deux grands chocolats
dans des petits pots de faïence blanche à la cannelle. Tes
soupirs coulent sur mes poignets jusqu’au sommeil alors comme si tu étais mon enfant. Et nous nous berçons de coups de langues au fond des tasses jusqu’à ce que tu reprennes la route goudronneuse
vers ta demeure couverte d’oiseaux. D’oiseaux quand il y en a…
Grave ce palet dans lequel je tapais lorsque j’avais dix ans tout juste comme dans une boîte de soda pleine de petits cris. Au lieu de
se coucher chiennement entre les pattes du mot ciel il s’enfonce en faisant un bruit d’arme automatique qu’on décharge - ratata boum boum boum - s’enfonce tout le long du boulevard à l’intérieur
de mes oreilles. C’est certainement déjà une brouillard symphonie où les passages me sont tous inconnus quand tu n’es pas là. Car tu joues pour moi seule de l’orgue de brouillard au cœur d’une
cathédrale de chaleur complice.
A suivre...
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