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Saïd et Diana

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  • : Les cahiers des diables bleus
  • : 19/09/2005
  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
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Jeudi 6 novembre 2008 4 06 /11 /Nov /2008 22:40

La Closerie des Lilas suite et fin

          - Inconnu ? avais-je répondu à l'infirmière des urgences qui m'avouait son soulagement de pouvoir enfin inscrire un nom sur la fiche de ce jeune garçon qui n'avait pas repris conscience et qui aurait pu être son fils.
          Et voyant que dans mes yeux deux larmes s'allumaient auxquelles je résistais d'une grimace de clown débutant ne voulant pas dilapider nos provisions de rire elle avait serré ma main qui avait froid dans la sienne en disant :
          - Allons… tout va aller bien maintenant…
          Non. Mon ami le joueur de guitare et moi nous ne nous étions jamais assis ensemble dans ces bars parisiens où jadis les artistes blacks avaient fait flamber le blues qui vient des ghettos ressemblant au nôtre comme un frère alors que le génie de la petite musique enflammait ses mains et les entraînait dans la danse des nuits entières à la lueur fauve et garance des squatts éventés de la rue de l'Ouest. Sans doute arrivions-nous trop tard à pas de loups sur nos semelles macadam.
          Dehors. D'habitude je la regarde de dehors. Assise sur un banc. Mais à cause de l'encre grise du lavis qu'Hokusai avait fait à vos yeux j'avais laissé devant la porte qui tourniquait mes semelles macadam en souhaitant avec folie que Rimbaud passant par là me les ravisse. Car sans ravissement comment aurai-je pu poursuivre le chemin d'errance et de petite solitude où mes amis m'avaient a bandonnée ?
          Oui. L'amitié cet amour sans violence et sans déconvenue était l'unique absinthe s'écoulant d'or et de vert dans son alambic à laquelle je me saoulais sous les lampes à gaz des vieux bistrots ramenant leurs marins à table après la traversée des stupeurs océanes. Alors il ne me restait plus qu'à écouter et à retranscrire des mots. Des mots qui sans la plaque de cuivre qui allait les maquiller d'encre seraient demeurés comme nous tous des inconnus.
         Lorsque nous nous sommes quittées sur le bord du trottoir à côté du banc resté vide à cette heure de la soirée qui craquait de froidure vous avez dit en m'embrassant comme si je n'étais pas cette étrangère rencontrée n'importe où dans ces coulisses où l'on parle de littérature et de poudrerie :
          - Il faudra que vous veniez à la maison…
          En enfonçant profondément mes poings dans mes poches j'ai songé que la prochaine fois peut-être je pourrais essayer de vous raconter une histoire qui commençait par ces mots :
          Dehors… D'habitude je la regarde de dehors…
          Assise sur un banc…
          Oui. La prochaine fois. Je suis sûre que je pourrai… me disais-je en touchant avec délice le bout de mon nez.

Publié dans : Contes et récits de l'arbre aux histoires
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