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Saïd et Diana

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Présentation

  • : Les cahiers des diables bleus
  • : 19/09/2005
  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
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Texte Libre

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Image de Dominique par Louis

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Jeudi 30 mars 2006 4 30 /03 /Mars /2006 16:51

      C'est mardi 28 mars, jour de grande colère des gens et de révolte joyeuse et rondement menée, que j'ai tenté de faire passer la fin provisoire du récit "Une fille qui écrit sans papiers", l'histoire de Marion et du chien Sentinelle...
      Mais impossible de faire ce petit clin d'oeil à celles et à ceux qui croient qu'on peut encore se battre contre les cinglés qui nous cernent et qui mènent notre jolie planète bleue à la dérive d'un égoût crasseux de pollutions, de consomation à outrance, et d'exploitation des êtres humains qui n'ont pas choisi eux, une mondialisation qui ne profite qu'aux déjà super-nantis !
      Impossible donc mardi et les jours suivants d'entrer mots et images sur le blog, et ce mois du printemps qui est plutôt sympathique s'achève avec bien peu de nouvelles des Diables bleus qui pourtant depuis le Salon du Maghreb des Livres se portent sacrément bien !
      Ceci est donc le dernier texte concernant l'histoire de Marion et du chien Sentinelle, vous pourrez en lire la suite si cela vous chante dans le bouquin qui paraîtra un jour ou l'autre, question de finances et autres... qui sait...
      Alors voici les derniers mots de l'histoire de Marion et de son camarade Sentinelle...

      Ça n’faisait pas très longtemps que le sable formait partout et jusqu’au bas des escaliers au cœur des nuits opaques que les réverbères éclairaient plus qu’avec des halos effarés à cause de tout ce sable tourbillonnant des dunes mouvantes qui se figeaient soudain comme vitrifiées par des incendies intenses à l’intérieur où ça bouillonnait de lave folle.
      Ça n’faisait pas très longtemps qu’il s’était mis à nous submerger tout doux tout doux le sable… à la manière d’un désert qui viendrait faire sa place par ici… le sable ocre rose…
      Imaginez… ce sable où on s’enfonçait les talons d’abord et puis les chevilles et alors on avait bien du mal à marcher pour rentrer chez nous…
      Imaginez… de grandes pelletées de sable qui saupoudraient les rues des cités les trottoirs macadam black les parkings aux lueurs violettes où les capots des voitures en étaient au matin givrés d’une croûte épaisse…
      Ça n’faisait pas très longtemps qu’on avait remarqué comme c’était difficile de se déplacer simplement et qu’il fallait faire des efforts que les vieux et les enfants n’pouvaient pas. Hop ! Hop !

      Marion elle s’était endormie enroulée à l’intérieur de la couverture orange aux losanges vert pomme au fond du sous-sol avec le chien Sentinelle pour garder et le chat totem noir dont le nez était fendu d’un croissant de lune pâle.
      Ce qui s’est passé après c’est elle qui l’a raconté à Célestin le libraire de l’Impasse des Deux Anges en s’acharnant à croire que c’était un mauvais rêve qu’on fait avant de se réveiller quand on a dormi trop longtemps.
      Ce qui s’est passé après… dans le rai de lumière bleu indigo des photophores Marion qui s’était réveillée juste un peu pour voir que sur sa scène de théâtre improvisée le chat totem se frottait énergique les oreilles pour finir par se secouer à plusieurs reprises en s’étirant à l’intérieur d’une sorte de halo qui prenait la couleur pourpre d’une savane juste avant la nuit…
      Ce qui s’est passé après… c’est que le totem de chat qui lui avait paru jusque là irréel a sauté soudain de son piédestal et qu’il s’est faufilé le long du trait bleu des photophores avant de se fondre au creux de l’obscurité le chien Sentinelle à sa suite comme ça ne pouvait arriver qu’en cas d’extrême urgence.
      - Eh ! attendez-moi… attendez-moi… elle a crié Marion en enfilant la veste de kapok militaire rembourrée et la cagoule de laine noire et aussi les baskets rouges vite fait sans attacher les lacets…
      Et elle s’est retrouvée dehors Marion sans avoir à tâtonner au creux de l’obscur ou à chercher son chemin et il y avait une lueur trouble comme celle des fins d’après-midi d’hiver dans la banlieue tandis que partout autour d’elle d’énormes tourbillons de sable ocre rose se mêlaient se confondaient s’enchevêtraient pareils à des créatures fantomales et Marion a senti aussitôt qu’au sable dont les écailles coupantes faisaient mal jusqu’au bout des doigts se mêlait de la neige.
      Déjà tout autour d’elle Marion le paysage n’existait plus et seules des dunes géantes occupaient le terrain devant des silhouettes verticales comme de grands navires qui vacillaient et aux bouffées de sable se mélangeaient des odeurs acides qui brûlaient la gorge faisaient pleurer les yeux et déchiraient la peau fragile des paupières et des narines.
      Déjà tout autour d’elle Marion le paysage était un désert au silence mat qui donnait l’impression d’être privé de tous ses sens et on n’avançait plus qu’en retirant un à un difficile ses pieds de l’épaisseur du sable qui les dévorait… Hop ! Hop !
      - Eh ! attendez-moi… attendez-moi… elle a crié encore Marion soulevant un peu les mains de devant ses yeux pour retrouver la trace du chat totem noir et blanc et du chien Sentinelle…
      Alors elle a entendu au milieu du silence mat du désert qui envahissait ses oreilles le hululement pas très loin des voitures de police qui s’approchaient en chassant devant elles d’énormes troupeaux d’éléphants blancs effrayés qui s’évanouissaient au creux de la brume ocre rose comme celle des grands fleuves d’Afrique quand il a plu… pfuitt… pfuitt…


      Oui… les voitures de police elles arrivaient en projetant devant elles des monticules qui ensevelissaient tout à la façon d’énormes termitières à l’intérieur desquelles on aurait été engloutis et digérés comme dans un linceul.
      Pour Marion l’angoisse c’était que le chien Sentinelle était plus visible radical qu’il avait comme fondu disparu happé par les tourbillons d’opaque qui mangeaient les choses et que les voitures de police envoyaient partout des giclées de phares blancs éblouissantes semblables à dix mille soleils.
      C’est en plein milieu de cette lueur blafarde et rose à la fois que Marion a distingué soudain deux silhouettes noires qui se balançaient maladroites comme ivres et semblant venir à sa rencontre…
      - Neij karbonik… neij karbonik… elle a murmuré Marion d’une voix perdue au creux de l’enfance…

      La première des silhouettes elle l’a reconnue facile vu sa taille qui dépassait toutes les autres Marion… on n’pouvait pas se tromper… et d’ailleurs plus il s’approchait guignol démantibulé sur une scène de théâtre dramatique et dérisoire plus on voyait la musette où y avait mes bombes qui s’balançait avec lui… c’était Banou…
      C’était Banou et son camarade que Marion n’connaissait pas mais ils n’se quittaient guère vu qu’ils avaient grandi à l’intérieur du même block tous les deux et le hall l’escalier le paillasson la famille tout pareil… presque des frères qu’elle songeait Marion… ils avaient drôl’ment de la chance que ça ait pas tourné mal comme elle !…
      C’était Banou et son camarade deux jeunes Blacks qui zigzaguaient pas loin d’elle silhouettes ébène de totems dansant au centre de cent mille soleils d’artifice…
      Ça a pris quelques secondes pour que les voitures de police les entourent de leur hululement aigu en poussant devant elles d’immenses quantités de sable givré de neige qui les ont cernés d’une muraille ocre rose de plus en plus haute…
      Ça a pris quelques secondes et Marion qui s’est dit qu’il fallait empêcher ça a voulu courir avec ses baskets rouges mais c’était impossible… c’était impossible…
      - Eh ! vous êtes fous !… arrêtez !… arrêtez !…
      Malgré l’épaisseur matte et amère du silence Marion n’entendait pas sa voix et pourtant les sirènes s’étaient tues. Tout ce qu’il lui a semblé lorsque la haute termitière de sable et de neige ocre rose s’est refermée sur les deux silhouettes noires et qu’elle s’est mise à hurler de toutes ses forces pendant que le hululement des sirènes reprenait dans un terrible chant de mort c’est qu’un chien aboyait quelque part…

      Gare du Nord… vous connaissez ?

      Ce qui s’est passé ensuite c’est Célestin le libraire de l’Impasse des Deux Anges qui me l’a raconté peu de temps après que Marion soit partie en direction du Sud avec le chien Sentinelle sur ses talons…

      Ecoute… écoute…

      Elle avait jamais saisi Marion si ces choses s’étaient vraiment passées ou si elle avait rêvé mais quand elle s’était réveillée enroulée à l’intérieur de la couverture orange aux losanges vert pomme avec le chien Sentinelle qui gardait tout le fourbi elle ne savait pour de vrai pas où elle était… 
       Juste que c’était une cave au milieu d’une cité de banlieue qui ressemblait sacrément à celle de ses vieux d’où elle s’était tirée clic-clac quelques mois auparavant et que dehors malgré l’épaisseur obscure de la nuit on voyait qu’y avait plus rien du sable ni des énormes troupeaux d’éléphants blancs s’enfonçant effrayés dans l’opaque poussière ocre rose…
      Dehors quand elle est sortie Marion le chien Sentinelle sur ses talons ça sentait juste un peu le feu de bois peut-être comme en font les jeunes au milieu des terrains vagues pour s’amuser et perché au sommet d’une poubelle de plastique verte y avait le chat totem au croissant de lune qui les attendait.
      Dehors quand elle est sortie Marion il faisait un froid d’acier bleu et elle a remonté la cagoule avec seulement la fente pour son regard de lin…
      C’est le chat qui les a guidés direction les rails qui étaient vraiment pas loin et comme Marion elle n’avait plus envie d’aller nulle part ils se sont perdus tous les trois au creux mou de la nuit indigo…

Par Dominique Le Boucher - Publié dans : Murs de papier
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