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Saïd et Diana

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  • : Les cahiers des diables bleus
  • : 19/09/2005
  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
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Texte Libre

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Image de Dominique par Louis

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Vendredi 29 août 2008 5 29 /08 /Août /2008 23:17

Une enfance bohême d'écrivain ordinaire suite...

        Antonin et Sergio qui nous rattrapait souvent sur le chemin étaient sapés à l’arrache c’était leur ordinaire et il fallait pas les chauffer sur l’élégance de leur veste velours côtelé et le pantalon idem couleur chocolat avec des pièces plus claires aux coudes ils avaient l’allure digne et épouvantable des anciens machinos sauf le béret de Guérilleros black comme vous savez… Ça résistait bien à la suie qui maquillait les locos et pas question de mettre les bleus de chauffe des manœuvres !

Les compagnons eux c’étaient des seigneurs… Ils portaient tous leurs costumes de drap noir la barbe et leur boucle d’oreille talisman et quand ils étaient pas sur les chantiers l’écharpe de soie blanche aux franges dorées qui scintillaient dans l’obscur du bistrot…

Avec ça ils avaient trop la classe ! Quand Antonin et Sergio se pointaient on sentait qu’y avait de la bienveillance à leur égard même s’ils ne faisaient pas partie de la tribu des maçons et des tailleurs de pierres ils avaient sacrément bourlingué et ils connaissaient la vie pas à dire… La misère et les inconvénients de l’existence les avaient bien bourrés d’expériences et de compréhension des humains qui n’sont pas toujours fraternels et rigolos comme on l’sait…

Les autres ils avaient les épaules aussi larges que les troncs des grands arbres maîtres de la forêt mais ils étaient tous des ouvriers du beau savoir et ils avaient de l’estime et de la tendresse pour les gens… Parole de lézard…

Je regardais Antonin et Sergio embrasser ces hommes qui m’étaient étrangement familiers et qui ne parlaient pas des choses secrètes du métier et de la confrérie qu’ils se repassaient… C’était toujours leurs mains que je matais d’abord leurs paluches larges et puissantes leurs paumes ouvertes vastes comme des paysages qui ressemblaient à celles de grand-père Antonin et je me disais que dans ces mains-là y avait de la bonté…

C’est de c’t’époque me semble que j’ai connu moi aussi de la firté d’en être de ce monde des ouvriers et que ça m’est venu à l’intérieur du bistrot “ La préhistoire ” la certitude que je me servirais de mes mains pour miroboler tout un tas de choses dans ma vie et les refiler aux autres… Hop ! Hop !…

 

Ouaouf ! Ouaouf !… écrire tout l’monde peut faire mais aboyer ça non !…

Elle a sauté du TGV Paris Montpellier Hop ! Hop ! vous vous souvenez ?… Parole de lézard ce TGV Paris-Montpellier c’est devenu par force son territoire… le TGV de 5H23 calé en gare de Montpellier à 9H30…

Elle a sauté Hop ! Hop !… bondi en avant sans s’arrêter… elle a acheté cinq petits pains au lait en engloutissant le premier elle a eu la vision flash d’Oncle Ho vautré sur le paillasson pendant que les autres les ogresses grasses l’engluaient de leurs bavardages la poursuivaient la coinçaient à l’angle le plus aigu coupant lame de rasoir coupe-choux de la pièce où elle les écoutait des heures et qu’elle glissait pour leur plaire les mots obligés des femmes de ménage des employés de surface et des caissières de super marché… oui… non… d’accord… comme vous voulez dans la fente de leur corps tiroir-caisse épais qui dodelinait… tintinabulait… ding ! dong ! ding ! dong !…

Elle a allumé une autre clope ses doigts qui sont moites de l’énervement ont ripé sur le paquet et tout en a profité pour sauter rouler périlleux par terre Hop ! Hop ! avec le briquet ça s’est répandu approximatif partout entre les pieds des ogresses qui la fixaient de leurs gros yeux pleins d’horreur déjà…
 

Elle s’est dit qu’il fallait qu’elle ramasse mais d’abord poser la clope dans le mégotier à ras-bord elles pouvaient pas s’empêcher elles clopaient comme des locos c’était bien la seule chose qu’elles partageaient probable qu’y avait erreur… elle c’était l’atmosphère enfumée amère des troquets dans les faubourgs de son enfance qu’il lui fallait pour démarrer… elle y pouvait rien elle avait besoin n’aurait plus manqué qu’elle provoque l’incendie avec cette histoire de père déjà qui s’annonçait mal… ah ouiche ! ça sentait le cramé…

Le moment juste qu’elle posait son mégot au milieu des autres c’est sa manche qui a accroché la pile volumineuse de hauteur à côté d’elle des bons de commandes et infos à expédier aux abonnées tellement nombreuses qu’elles étaient dans cette revue qui remuait la tambouille de tout ce qui craint au fond des marmites family-life avec les odeurs d’intime qu’on renifle ensemble pouah !…

Et c’est ce pata quès total qui s’est écroulé avec l’envol des pubs papillons blancs planant tombant parmi les clopes… flouf… flouf… une pagaille terrible un champ de bataille dessous la table où elle s’était mise à quatre pattes tentait de récupérer la propagande de la localiser en tas…

Ça la faisait drôlement marrer en dessous de la table entre les jambes des autres elle imaginait leur tronche d’ogresses avec le rictus constipation au-dessus lui rappelait l’époque de sa jeunesse dans les sixties leur village autogéré sur le Causse quand ils imprimaient à la ronéo les tracts antimilitaristes et qu’y en avait partout à remplir la pièce des piles géantes qui s’effondraient comme les énormes tas de neige par la fenêtre…

Ils se prenaient des fous rires alors… cette époque de la bonne folie solidaire elle leur en parlerait pas… en parlerait à personne… aucun risque… l’écrirait l’écrirait pas… voir… y’avait les scellés rouge sang sur sa boîte à mémoire !… Il faudrait un sacré déclencheur pour sûr !… Ouaouf ! Ouaouf !…

A quatre pattes sous la table elle ramassait… les clopes… les paplars… les clopes… les paplars… elle se marrait bien… les clopes… Et pendant ce temps les caravanes avaient repris la marche lente sur la piste le cairn qui recouvrait l’emplacement du puits était redevenu invisible seuls les hommes du désert le savaient il était là à l’endroit juste qu’on ne peut pas oublier sous le grand feu solaire…

Et le TGV de 10H18 s’était calé contre les butoirs de la Gare de Saint Malo 0 1H12 pendant que tout le long de la route séparée de l’océan par un mur de granit mangé de sel et de lumière des papillons d’écume blanche s’envolaient en pétillant dans l’air brûlant qui avait l’odeur sucrée des petits pains au lait… les clopes… les paplars… Hop ! Hop !…

 

Parole de lézard… dans un éclair elle visionne la petite figure du greffier Oncle Ho qui attend qu’elle radine le soir en haut de l’escalier le bout de sa baveuse coincé entre ses deux canines de félin pendant que les trois autres sorcières s’obstinent à l’explorer de leurs yeux loupes des verres triples qu’elles ont de vieilles taupes qui n’passent plus dans aucune galerie cause de leur corpulence pourtant les souterrains rancis les intérieurs qui reniflent gentil les tunnels à macchabées elles y pompent toute leur sève de mouches vertes bombineuses morfales d’épouvante…

        Cette histoire de père… y va falloir qu’elle s’explique… la mauvaise pioche qu’elle a faite quand elle leur a balancé ça alors !… Maintenant elle va tourner toupie entre leurs paluches de maîtresses du jeu qu’elle crache son secret qu’elle la montre sa figure planquée enfarinée depuis des années… Pour de bon elle va être le point de mire mirobole de leurs fusils mitrailleurs…de leurs obus bazookas pétant la haine… de leurs grenades à clous furibards… Elles lui feront pas cadeau… ah ouiche !

Elle oublie toujours qu’elle a été embauchée y’a dix piges parc’qu’elle était là comme n’importe qui en train de lire ses poèmes à la terrasse des cafés sur la place poussiérée gris et ocre où elle aboutit la rue qui monte de la gare avec ses colonnes rouges et blanches de marbre…

Ouais… elle lisait ses poèmes pendant que les touristes qui envahissent les villes du Sud dès qu’le printemps s’y pointe des pattes léchaient leurs glaces ruisselantes de sirop vert menthe et elle tendait sa casquette kaki de Guérilleros des banlieues… Même qu’à l’époque y’avait des gens qui écoutaient et ça lui arrivait de se faire des tunes…

Na… na… na… elle chantonne à l’intérieur de ses joues… rester en l’air libellule… pas leur ressembler jamais… Elle visionne à nouveau la petite figure brave d’Oncle Ho quand il fait face aux tueurs de greffiers dressé de toute sa personne hautain et sans peur…

Leurs histoires de pères… elle maginait ce que ça serait… elles allaient déballer les relents du vomi familial les pets les rots et les manies sexuelles vicelardes le bien commun qui remuglait qui schlinguait à fond de chaque pot de chambre la montagne obscène de choses partagées par toutes les filles de tous les pères de toute la terre ailleurs ici tout le temps… Cra ! Cra ! Cra !… L’horreur… la puanteur de trou à gogues que ça allait être… elle pouvait pas… elle en avait tant eu dans son enfance prolo et elle avait mis des tombereaux de désespoir et de fleurs d’amandiers à s’en laver s’en dépouiller en ressortir nue dans la cruauté du soleil…

Non ! rien de leurs histoires qui en rajouteraient à la dinguerie des gens à leur besoin d’étaler sur les terrasses de la ville leur linge pourri de caca leurs lésions d’honneurs pétillantes de paillettes de sang séché leurs médailles de la grande solidarité des familles avec le père la mère et les enfants bavouillant crachouillant léchouillant occupés à virer dans les asiles d’aliénés celui ou celle marginal solitaire et farouche qui leur a toujours ri au nez… et qui leur pètera un jour une bonne fois à la figure… Ouaouf !…

Ouais c’était facile… les darons qu’ont la dégaine de héros dans les familles ordinaires y’en a pas lerche c’est connu la réalité n’les avantagerait pas… et elles les punaises de matelas moisis elle possédaient ni l’imagination ni les envoûtements pour s’inventer des personnages de pères qui ont une loco au bout des doigts comme grand-père Antonin… de toute façon y faut un peu des deux pour que ça marche et elles avaient ni de l’un ni de l’autre… Non… leurs histoires de pères c’était trop… elle pouvait pas… Parole de lézard…


        Elle avait fait son effet elles restaient dans l’ahurissement depuis qu’elle était sortie de sous la table et qu’elle avait récupéré sa clope d’ordinaire elle ne mouftait pas… Elle notait le thème du prochain numéro le nombre de pages prévu y’en avait toujours plus c’était des logorrhées sans fin ça lui donnait une idée du temps que ça allait lui sucrer sur ses heures d’écriture à elle ses ballades au clair de lune avec sa chandelle plus que morte depuis dix piges que cette affaire lui rapportait de quoi se nourrir elle et Oncle Ho…

Elle avait noté sur des petits carnets chaque minute de son temps perdu et elle en était au neuvième carnet à la couverture cartonnée pareils à ceux de grand-père Antonin quand il trimait sur le réseau Nord… Vroum… Broum… Vroum… Lui c’était les heurres passées à l’intérieur de sa motrice qu’il recopiait avec respect et considération et toutes les choses qui pointillaient ses journées de conducteur de locomotive elles étaient rassemblées là… Hop ! Hop !… Elle qui avait pas cette conscience des gens simples comme Antonin ni ce sens des responsabilités humaines elle écrivait des poèmes… Parole de lézard…

Vrai si elle avait pas été à la recherche d’un peu de tunes pour la nourriture d’Oncle Ho qui l’attendait et qu’lle n’voulait pas qu’il mutte greffier errant au long des rues d’la cité à la poursuite des gros rats qu’ils dévoraient à peine refroidis se barbouillant le museau de sang rouge vif en faisant craquer leurs petits os l’air innocent et doux pareil à celui que prenait Oncle Ho en se tapant son bol de lait au milieu des mégots elle leur aurait dit ce qu’elle pensait de leurs manigances à trois ronds de leurs écritures papier-cul ah ouiche !… Ouaouf ! Ouaouf !…

Vrai depuis le temps qu’elle tapait avec deux doigts sur le clavier de l’ordi qui avait pris la place de la vieille machine à écrire dans l’atmosphère de bistrot de sa piaule enfumée les textes qu’elles lui refilaient à chacune de leurs réunions corrigeait réécrivait les articles qu’elles lui réclamaient urgent lui répétant régulier qu’elle se grouille… y’avait besoin de leurs histoires fissa ! Leurs mots rien elle se tape depuis… depuis quand… depuis quoi… Tip-tap ! Tip-tap !…

Là à nouveau elle visionne Oncle Ho qui a déjà dû se farcir vingt fois l’aller retour boîtes aux lettres quatrième pousser de sa petite tête têtue la chatière frotter son museau orange contre l’odeur du tabac froid et constater qu’elle était pas encore décidée à reprendre la vie commune il avait l’habitude mais c’était long…

Parole de lézard… elle a ouvert le sac et l’odeur de lait sucrée des petits pains est là… Combien de temps depuis qu’elle a démarré cette réunion déjà ? deux plombes… trois… quatre… elle sait pas… elle va pas demander aux ogresses probable… Ça n’va pas bientôt être midi ?… Alors elle la laisseront un peu pour aller bâfrer digérer somnoler… Et puis elles rallumeront les clopes et la traque recommencera et elles se remettront à lui voler autour en vrombissant… Vroum ! Broum ! Vroum !…

Parole de lézard… dans un flasch bleu comme le gyrophare des voitures de police elle voit la Gare de Montpellier où les silhouettes qui se glissent sont aussi farouches qu’elle-même le conducteur de la motrice orange qu’elle croise vite fait du regard… elle a juste le temps… se dépêcher… surtout ne pas le louper… le TGV de 21H35 celui de la night elle connaît le quai par cœur… quatre plombes et elle sera Gare de Lyon Hop ! Hop !

Ouaouf ! et d’un bond dessous la grosse couette édredon rouge et les deux quinquets au beurre noir naturel d’Oncle Ho qui la mattent familiers avant de sombrer dans le silence des chiens de la nuit… Ouaouf ! Ouaouf !… 








A suivre...

Publié dans : Journal d'une fille de banlieue
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