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Saïd et Diana

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  • : Les cahiers des diables bleus
  • : 19/09/2005
  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
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Texte Libre

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Image de Dominique par Louis

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Lundi 18 août 2008 1 18 /08 /Août /2008 23:53

Une enfance bohême d'écrivain ordinaire 4

        Oncle Ho c’est un greffier qu’elle a ramassé un jour qu’elle se méfiait pas comme on récolte une maladie exotique dans l’hiver d’une ville du Nord en bas des escaliers du block où les rats ont des espaces de jeu souterrains délimités à coups de dentiers et les chats en bandes guerrières les guettent pour leur niquer la queue vu qu’ils sont aussi balèzes qu’eux… Il lui a filé le train sans l’ouvrir et il a visité reniflé toute sa piaule qui avait l’air cauchemar du vestiaire d’une équipe de foot…

Ses fringues crasses par terre mélangées à ses cuissardes rouges et aux baskets et les piles de feuillets corrigés sur une chaise de paille qui pendouillaient à côté d’un ex pot de fleurs sans fleurs taillé dans une moitié de calebasse tatoué de formes géométriques blanches et noires quasi plein de mégots et qui puait le tabac refroidi la sueur pamplemousse l’eau de toilette Orange Verte les petites culottes et les fumantes sales… une horreur d’infamie qui la gênait pas mais quand même…

Pour finir le greffier avec deux quinquets au beurre noir nature qui lui donnaient le look corsaire aveugle au milieu de sa pelure de rouquin malfrat le pif taggé de piercings roses et les esgourdes médaillées de cicatrices à l’arrache avait trop la tronche d’un Viet après Dien Bien Phu et elle l’avait nommé tout de suite Oncle Ho pendant qu’il sautait à l’intérieur de la moitié de calebasse et qu’il la matait distrait aller et venir les iris en fente horizon le cul dans les mégots… Ouaouf ! Ouaouf !

La fumée de la clope qu’elle vient d’écraser la protège des regards qu’elles lui balancent comme si elle avait jeté d’un coup abattu au milieu de la table un tas d’mots vulgaires et orduriers des cochonneries pas possibles et elle a l’impression que leur tarbouif s’allonge dans sa direction comme la langue des tamanoirs d’Afrique et qu’elles vont la gober la mâcher la croquer crue… Cric-crac ! et l’embarbouiller de leur bave qui pue Ha !…

Tout le temps que ça dure ces réunions… on entend même les murs qu’elles ont repeint en blanc craquer d’ennui… que vous me croyez pas je me doute c’est difficile… faut s’y coller à cette réalité-là faut la vivre… gluante en dedans… c’est pas donné Ah ouiche !…

Et pendant ce temps les caravanes se sont arrêtées au puits planqué sous un cairn couché que le sable a à moitié recouvert et le TGV de 10H18 vient de partir de la Gare Montparnasse direction l’océan et ses pierres de sel que les grenouilles bleues assiègent… et au fond du sac à dos l’odeur sucrée des petits pains sur ses lèvres… si seulement elle pouvait ouvrir le sac et leur manger les petits pains un par un sous le nez… les narguer… à l’intérieur elle en rigole…

        Leurs trois regards sur elle… bourré de mépris chacun autant qu’un pétard du 14 juillet de sa poudre… Elle savait bien à qui elle avait affaire… elle les connaissait depuis plus de dix ans qu’elle était embauchée dans leur assoc de femmes qui avait toutes les allures vue de l’extérieur d’un initiative solidaire féminine et ce que ça en mettait plein la vue comme tartuferie aux naïfs et aux innocents de sa façon alors je peux vous en raconter…

Elle en a plein sa besace des forfaitures et saloperies qu’elles lui ont faites et pas qu’à elle avec leur figure enfarinée de femelles généreuses qu’y fallait faire le tour pour voir Hop ! Hop ! bien voir ce qu’était planqué derrière comme coups bas… Vlim !Vloum ! De ces comportements de contremaîtres des usines d’autos quand vous avez les paluches prises par les pièces de tôle nue coupante qui vous écorchent vous taillent par tous les bouts elles se ramènent en caquetant volailles prêtes à vous picorer et vas-y ! Vlim ! Vloum ! Un coup de bec dans les mollets dans les cuisses dans les reins… Vlim ! Vloum !…

Leur méchanceté… on n’peut pas dire… une assoc de femmes qu’ont jamais sorti la tête de la masse des oies en batterie et qu’attendent que ça pour se faire voir des badauds venus au spectacle de la mise à mort des volailles les plus faibles faut imaginer ce que c’est comme saignage à la gorge crevage des iris roulant leurs billes folles de rage et arrachage de plumes à faire un tas géant propice aux édredons rouges… c’est un spectacle à n’pas louper pour sûr…

Elle aussi elle y avait cru… elle qui dormait lézarde sur les bancs plein soleil ses poèmes gribouillés d’oreillers… elle évitait de se mêler… sa méfiance pourtant elle aurait dû lui brancher des gyrophares d’avertissement… ce qu’elle avait été mollusque dans cette affaire… c’est Antonin qui se marrerait bien s’il la reluquait à attendre pour sûr les petits pains dans le sac…

Elles la payaient à la pige comme ça qu’on appelle dans le métier quand vous avez pas de salaire fixe et que vous trimez deux fois en somme… une fois normal et une fois vous faites le job des autres qui sont pas capables et qui récupèrent la monnaie qui tombe à la vente de la chose bouclée bichonnée que vous y avez passé vos nuits les quinquets à moitié crevés à force pareils que ceux au beurre noir nature d’Oncle Ho…

Non… elle s’était pas méfiée… pas plus pour ses trouvailles mirages… ses libellules… les mots de ses poèmes mangroves… ses idées météores noires qu’elle rêvait tout haut… ses pistes d’invention ses voix lactées… tout ça elle l’avait retrou vé ci et là dans les pages de leur revue où elle avait son nom juste comme correctrice ouais tout juste…

Mais les trains eux pendant ce temps ils arrêtent pas de partir de la Gare Montparnasse avec des cormorans noirs à casquette qui les conduisent et Oncle Ho la langue coincée entre les canines les fixe passionné le cul dans les mégots de la calebasse coupée en deux…

 

Ouaouf ! Ouaouf !… écrire tout l’monde peut faire… mais aboyer ça non !…

C’est vrai elle a dit : “ me les farcir… ” elle oublie toujours que les mots faut les prendre avec des pincettes vu qu’elles sont toutes les trois rédactrices en chef… qu’elles écrivent avec une des plumes taxée au croupion des oies sacrifiées les pattes trifouillant leur tas de fumier tout en haut au-dessus… au-dessus de l’imperturbable parfum de la merde commune…

Faire attention ! Elles ont chacune leur prétention d’écriture et de projecteur clignotant Far West sur leur décolleté de dames respectables et encore craquantes enfin si on peut dire… mais c’est pas ça du tout qu’elles montrent ah non !… ce qu’elles montrent exhibent déshabillent mettent complètement à poil c’est leur moi dans toute son humilité et toute sa vertu resplendissante… leur moi oh oui !… leur moi mouillé d’ambitions secrètement mijotées et auréolées de couronnes de marguerites qu’elles effeuillent avec simplicité… je m’aime… on m’aime… vous m’aimez… ils m’aiment…

Et elle alors avec ses odeurs de petits pains au fond du sac… ce qu’elle a mérité… son fric qu’elles lui comptent ric-rac au bout de la table leur museau renfrogné et une sorte de dégoût pour son insouciant manque d’ambition… Elles ont chacune leur œuvre unique dans la poche ventrale sauf la secrétaire qui a des yeux de bulldog mais même la secrétaire elle a pris l’habitude qu’elle ne soit pas plus qu’un volatile migrateur qui débarque du TGV de 5H23 arrivé à la Gare de Montpellier à 9H30 et qui rembarque dans celui de la night y’a intérêt vu qu’Oncle Ho fait le pied de grue de paillasson et que passé une heure du mat il s’en retourne bouffer la queue des rats… Hop ! Hop !…

 Ouaouf ! Ouaouf !… écrire tout l’monde peut faire… mais aboyer ça non !…




A suivre...

Publié dans : Journal d'une fille de banlieue
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