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Saïd et Diana

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  • : Les cahiers des diables bleus
  • : 19/09/2005
  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
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Texte Libre

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Image de Dominique par Louis

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Mercredi 13 août 2008 3 13 /08 /Août /2008 14:10

                             A toi Mahmoud...

Non nous ne sommes pas seuls... nous sommes tout un peuple d'humains aux portes de l'exil... à coeur ouvert... 
A vous tous, aux Palestiniennes et aux Palestiniens, notre infinie tristesse partagée...






“ Ni patrie ni exil que les mots, mais passion du blanc pour la description des fleurs d’amandier.
Ni neige ni coton. Qui sont-elles donc dans leur dédain des choses et des noms ?
Si quelqu’un parvenait à une brève description des fleurs d’amandier, la brume se rétracterait des collines et un peuple dirait à l’unisson : Les voici, les paroles de notre hymne national ! ”
Comme les fleurs de l’amandier ou plus loin
Mahmoud Darwich Ed.Acte Sud, 2007

 


Une mémoire pour l’oubli
Mahmoud Darwich
Ed. Actes Sud, 1994
Traduit de l’arabe par Yves Gonzalez-Quijano et Farouk Mardam-Bey

 Extrait

“ Mais pourquoi me préoccuper à ce point de mon cadavre et de sa destinée ? Je l’ignore. Je voudrais un enterrement comme il faut. On placerait mon corps, intact et entier, dans un cercueil de bois, recouvert d’un drapeau aux quatre couleurs bien tranchées – même si on les avait tirées de quelque poème au sens obscur – et porté sur les épaules des amis, et des amis-ennemis.

Je veux des gerbes de roses rouges et jaunes. Pas de ce rose bon marché, ni de ce violet qui sent la mort. Je veux un récitant pas trop bavard, à la voix aussi peu rauque que possible, capable de simuler une tristesse raisonnable, en alternance avec des enregistrements de ma propre voix. Je veux des funérailles paisibles, simples, amples, pour que les adieux soient beaux, tout le contraire du premier contact. Comme ils ont de la chance ces jeunes morts, le premier jour où ils nous quittent, lorsque tout le monde rivalise de compliments à leur égard ! Héros d’un jour, amis d’un jour, innocents d’un jour. Ni médisances, ni insultes, ni envie. Ne laissant ni femme ni enfant, j’épargnerai à certains de mes amis la peine de simuler une tristesse inconsolable ( sauf entre les bras de la veuve éplorée ! ), et mon fils ne connaîtra pas l’humiliation des longues attentes au seuil d’administrations, à la bureaucratie primitive. C’est bien, je suis seul, seul, seul, et mes funérailles seront gratuites, sans vaine flatterie. Ceux qui seront venus présenter leurs condoléances s’en retourneront à leurs occupations quotidiennes. Je veux une belle cérémonie, et un beau cercueil d’où je contemplerai l’assistance, comme le voulait aussi l’écrivain égyptien Tewfik El Hakim. Je regarderai à la dérobée comment ils se tiennent, comment ils marchent, comment ils soupirent, comment leur bave devient larmes. J’écouterai les commentaires ironiques : il aimait les femmes ; il adorait les vêtements de prix ; chez lui, on s’enfonçait jusqu’aux genoux dans la moquette ; il avait un palais en France, sur la Côte d’Azur, et une villa en Espagne, et un compte secret à Zurich, et encore un avion privé et cinq voitures de luxe dans son garage à Beyrouth. On ignore s’il avait vraiment un yacht en Grèce, mais en tout cas, chez lui, on a retrouvé assez de “ cailloux ” pour bâtir tout un camp de réfugiés. Il trompait les femmes qui l’aimaient. Le poète est mort, et avec lui, sa poésie. Que reste-t-il de lui ? Il a fait son temps et nous en avons fini avec ce mythe. Il est parti avec sa poésie. Il avait le nez trop long, et la langue trop agile… J’en entendrai de pires lorsque cessera toute retenue. Je sourirai du fond de mon cercueil et je me retiendrai de m’écrier : “ Assez ! ” Je tenterai de revenir, mais trop tard… ”

 

 
















Nous sommes les hôtes de l’éternité ; en mémoire de Mahmoud Darwich

publié le lundi 11 août 2008
Texte publié sur le site de l’Association France Palestine Solidarité
www.france-palestine.org

Ma’an news


Extraits

“ Pas plus dans la mort que dans la vie, le poète Darwish ne disparaîtra. Son héritage, comme son ombre, restera auprès des Palestiniens une part de notre passé et une voie vers l’avenir. ( … )
L’un des premiers collègues de Darwich écrivait sur le poète déjà grand en 1974. Dans son roman Emil Habiby décrivait l’enfant Darwish, avec sa mère, le jour où ils ont été contraints à quitter le village de Birwah, qui se trouve maintenant en Israël.
Dans une jeep militaire, le protagoniste du roman observe alors que le responsable israélien ordonne à l’enfant Darwish et sa mère de quitter Israël. Tous deux se tournent et s’éloignent et c’est alors, dit le protagoniste, “ que j’ai constaté le premier exemple de ce phénomène étonnant qui allait se produire tant de fois ” et il décrit ce qu’il vit alors que l’enfant et sa mère s’éloignaient : “ Car plus la femme et l’enfant s’éloignaient d’où nous étions, le gouverneur et moi, dans la jeep, plus ils grandissaient. Quand enfin ils se sont fondus dans leurs ombres dans le soleil qui sombrait, ils sont devenus plus grands que toute la plaine d’Acre. Le gouverneur immobile attendait qu’ils disparaissent enfin, tandis que je restais blotti dans la jeep. Finalement il demandé, ébahi, « ils ne disparaîtront donc jamais ? ”
Pas plus dans la mort que dans la vie, le poète Darwish ne disparaîtra. Son héritage, comme son ombre, restera auprès des Palestiniens une part de notre passé et une voie vers l’avenir.
On a dit de Darwish qu’il était un moderne Abu At-Tayyib Al-Mutanabbi, célèbre poète irakien du 10ème siècle, généralement considéré comme le meilleur poète en langue arabe, dont l’oeuvre était si grande que personne en Irak ne pouvait parler d’autre chose que de ses poèmes. L’on dit que Darwish, comme Al-Mutanabbi, a donné à son peuple à s’occuper avec sa poésie, qu’il l’a amené à discuter les mots, les sens et les idées.
Image de notre poésie, Darwish, notre forteresse et notre dernier abri, nous a quittés. Il a dit un jour : “ Ils ont éteint les lumières alors que j’étais dans une cellule de prison mais le sol était illuminé par le soleil des sentiments ”.
Que le soleil de ses mots éclaire l’obscurité de son ombre allongée et nous soutienne alors que nous le pleurons ( … ) 

A ma mère
J’ai la nostalgie du pain de ma mère,
Du café de ma mère,
Des caresses de ma mère...
Et l’enfance grandit en moi,
Jour après jour,
Et je chéris ma vie, car

Si je mourais,
J’aurais honte des larmes de ma mère !
Fais de moi, si je rentre un jour,
Une ombrelle pour tes paupières.
Recouvre mes os de cette herbe
Baptisée sous tes talons innocents.
Attache-moi
Avec une mèche de tes cheveux,
Un fil qui pend à l’ourlet de ta robe...
Et je serai, peut-être, un dieu,
Peut-être un dieu,
Si j’effleurais ton coeur !
Si je rentre, enfouis-moi,
Bûche, dans ton âtre.
Et suspends-moi,
Corde à linge, sur le toit de ta maison.
Je ne tiens pas debout
Sans ta prière du jour.
J’ai vieilli. Ramène les étoiles de l’enfance
Et je partagerai avec les petits des oiseaux,
Le chemin du retour...
Au nid de ton attente !
1966

Publié dans : Les Diables bleus
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