Partager l'article ! Femmes du textile : on vit sans vivre...: Après un premier article dont j'avais pris des extrait dans le magazine des Femmes en mouvements n ...
Après un premier article dont j'avais pris des extrait
dans le magazine des Femmes en mouvements n°7 de Juin 1978 où il était question des femmes de mineurs et pour rendre hommage à nouveau à cette arrière-grand-mère dont je vous ai causé dans mon
histoire des familles ouvrières paysannes : Mémé... voici un nouvel extrait de ce magazine où y a tout ce qui nous manque tant aujourd'hui concernant les conditions d'existence de nous autres les
gens qui depuis toujours ont trimé marné besogné... Il s'agit des femmes des usines du textile où Mémé à bossé dès 8 piges en 1884 donc... Mais là quelques cent ans plus tard les conditions de
travail ne sont pas meilleures comme vous verrez... A toutes les femmes qui ont eu leur vie pourrie par le travail je dédie cet article...
On vit sans vivre
Article extrait du
magazine des femmes en mouvements
N°6 Juin 1978
Mémé à 40 ans en 1916
Rien ne va plus dans le textile, ce secteur industriel qui emploie plus de 80% de femmes.
En trois ans, 150000 emplois de supprimés. Sans parler du chômage partiel très développé. Des salaires de 30% inférieurs à la moyenne générale. Sans parler des
conditions de travail souvent très dures et même insupportables ( debout, le bruit, la poussière, la chaleur… ) et sans parler de toutes les maladies honteuses qui prolifèrent dans un secteur en
crise ( sous-traitance, dépôt de bilan, travail à domicile… ).
A Watrelos, chez Du Sartel, la direction répète toujours que c’est une des plus modernes filatures sur place. Pourtant les conditions de travail y sont
particulièrement pénibles.
Une ouvrière raconte : Ça, pour du tape-à-l’œil, il y en a : des millions de dépensés pour
installer des salles de repos et surtout une salle de réception, avec climatisation, sono, ameublement de style… Ce sont les vitrines de la boîte qu’on montre à tous les visiteurs qui viennent
s’extasier devant nos installations. Mais le réfectoire ? Il date des débuts de l’usine ; aucun plat n’y est servi. On n’a aucun poste d’eau potable dans toute l’entreprise !
Conséquence : on n’a même pas pu installer de distributeurs de boisons.
Quel bruit ! quelle odeur ! Si tu veux, on peut parler des
conditions de travail : les plus pénible, c’est le gazage. Les filles sortent de là après leurs huit heures toutes noires comme si elles remontaient de la mine. Et quel bruit dans
l’atelier ! Que de poussière ! ( leur travail consiste à passer la fibre au gaz pour enlever les impuretés ). Et impossible de s’en débarrasser. Eh bien ces filles-là ont le même
salaire qu’aux autres postes. Avec une prime d’insalubrité : mais tu sais de combien, la prime ? Environ 50F par mois !
On ne profite de rien. A
l’emballage, c’est dur aussi. L’enfer du rendement. Les filles “ bourrent ” tant qu’elles peuvent pour arriver à gagner un peu plus que le SMIC. Ce sont surtout des jeunes, et qui ne
tiennent pas le coup longtemps. Un sandwich avalé sur la machine, même pas le temps d’aller aux wc ; et le matin elles arrivent à 4h30, une demi-heure après la mise en route générale pour
gagner du temps ; mais c’est dangereux car elles font démarrer les machines dans le noir.
Faut voir les problèmes de santé dans ce secteur ; des histoires de
colonne vertébrale, des maladies des bronches, et surtout une sacrée fatigue nerveuse. Une fois sorties du boulot, on ne profite de rien, on est trop crevées.
400 bobines de 2
kilos Moi, je suis dans le secteur du bobinage. C’est très moderne, paraît-il. On vient d’installer de nouvelles machines ; mais elles sont plus hautes, donc plus
d’effort pour y poser les bobines ; et les bobines sont deux fois plus lourdes.
On travaille debout - d’ailleurs toutes les ouvrières travaillent debout dans l’entreprise. Moi je suis voyageuse de banc à broches. J’explique : je dois mettre les bobines, les retirer, les
poser sur le haut de la machine. Cela fait environ 400 bobines à manipuler. Chacune pèse deux kilos. A la fin du poste, je t’assure, on est complètement éreintées. Pour ça je suis payée 11,50F de
l’heure ( à déduire 10,90% pour les différentes retenues ).
On est une dizaine de femmes dans
l’atelier. Les deux chefs sont des hommes. Le contremaître en chef, lui, doit se faire dans les 6500F par mois ! D’ailleurs sur les 643 salariés de l’entreprise, il n’y a que deux femmes
cadres : une secrétaire de direction et une au centre d’apprentissage de la boîte.
Pas
de promotion pour nous les femmes dans ce genre d’entreprise ! Aussi la retraite, si tu la prends à 60 ans eh bien ! tu touches 1100F ! Impossible donc de s’arrêter
avant.
On vit, sans vivre Nos horaires, c’est ceux des 3/8 : de 5 heures à 13 heures, de 13 heures à 21 heures. La nuit ce sont des travailleurs immigrés, des
Algériens, qui la font, avec les mêmes salaires de misère que nous.
Alors pour celles
qui n’habitent pas Watrelos, quelle vie ! Le car de ramassage ou la mobylette. Ça en pleine nuit, en plein froid. Certaines ont opté pour une solution qui n’est pas moins pénible :
elles sont hébergées au foyer de la filature et ne rentrent chez elles qu’en fin de semaine. On vit, sans vivre. D’abord le travail ; et après, s’il en reste, la vie personnelle.
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