Dans mon pays... Anouar Benmalek
Après vous avoir parlé
des poèmes d'un grand ami Patrick Navaï voici un autre grand ami et dont j'aime mieux vous tchatcher quelques mots des écritures poétiques que de ses romans aujourd'hui... Les romans sont à venir
pour dans un jour ou deux... Et de toute façon l'écriture d'Anouar est un désir de poèmes donc... à suivre...
Ma planète me monte à la tête, Historiettes à hue et à dia pour briser le cœur
humain, Anouar Benmalek, Ed. Fayard, 2005.
Quelques mots pour l’ami Anouar...
“ Dans mon pays
les oranges sont citrons
et les citrons sont
oranges
les labyrinthes sont simples
et les fruits font beaucoup de bruit en naissant ”
Quelques vers d’un poème d’Anouar Benmalek, intitulé “ dans mon pays ” ça peut paraître étrange à celles et ceux qui ne connaissent ni Anouar qui nous
surprend toujours avec les thèmes de ses romans lui qui né en Algérie prend pour espace de ses livre des territoires toujours lointains et différents à la façon des voyageurs vrais de l’obscur
d’écrire ni son goût d’une écriture poétique qui d’un coup se tire de l’ours à peine commencé pour faire un recueil de poèmes et voilà !
On peut être en exil à l’intérieur de sa cité parmi l’exil de
ceux avec lesquels on vit chaque jour comme le p’tit renard sur sa planète étrange lui qui ne manque pas les roses mais heureusement qu’y a les couchers de soleil ! Exil des habitants
ouvrières et ouvriers renards de la cité d’urgence qu’ils ne cessent de raconter et qui devient de plus en plus mythique à mesure que le pays d’origine s’éloigne mais qui nourrit le présent de
rêves et d’une sensualité faite de parfums de couleurs et de sonorités qui sont aussi les nôtres…
Et on peut faire sa maison de cette étrangeté venue à nous comme une offrande d’ailleurs que tant de
peintres de poètes et de simples voyageurs ont été chercher dans ces lointains lumineux. Nos paysages de banlieues et de périphéries sont oranges et citrons offerts par les mains de l’étranger
l’ami étranger venues de ces contrées chères à Rimbaud qui est allé y chercher une autre maison que celle des mots…
Embarqué pour Gênes et Alexandrie surveillant d’une carrière au désert dans l’île de Chypre puis
surveillant au palais du Mont-Troodos le dieu Rimbe cherche du travail dans tous les ports de la Mer rouge… Djeddah… Souakim… Massaouah… Hodeidah… avant d’arriver en Abyssinie qui est l’Ethiopie
magnifique d’aujourd’hui et de prendre le premier bateau ivre direction l’Arabie heureuse et Aden pour finir… ce “ roc affreux, sans un seul brin d’herbe ni une
goutte d’eau bonne… ”
Rimbaud et son éternelle fuite vers le désir d’étrangeté et d’inconnu qui le mène à Harar vendre le café les peaux
l’ivoire et puis… Combien sont-ils ceux qui parmi les jeunes garçons et filles des cités les fils de la troisième génération d’immigrés songent peut-être à une destinée aussi incroyable vers
l’Arabie lointaine de leur histoire extraordinaire mais qui pris au piège ne savent plus où se joue leur destinée… Voyageurs immobiles il ne leur reste plus sans doute à l’inverse de ce qu’avait
décidé Rimbaud qu’à inventer leur histoire en la taggant sur les murs qui sont leur unique carnet de bord tel un Journal de voyage imaginaire…
Celles et ceux qui connaissent ont entendu l’ami Anouar au moins une fois raconter des histoires avec pour prétexte de parler de ses livres savent qu’il est avant
tout un sacré conteur et un manieur de mots pour qui les premiers textes écrits ont été des poèmes. Mais Anouar ayant décidé qu’on écrit sagement de la poésie publie avec modestie un recueil de
ses “ historiettes ” tous les dix ans. Après Cortèges d’impatience paru aux Ed. Naaman
Quebeck en 1984 voici publié en 2005 des petites histoires “ pour briser le cœur humain ” sortes de contes de légendes de… poèmes qui commencent bien sûr par : “ Cela s’est passé/il y a
longtemps/il y a tellement longtemps… ” et qui nous parlent de la vie tout simplement.
Parler d’un poème c’est naviguer à contre-sens de la poésie. Un poème ça se lit et puis c’est tout. Et pourtant… Comment ne pas
dire l’histoire du “ chien abandonné ” qui “ chemine tristement dans la rue ” et répond à l’enquêteur sur la peine de mort “ Ah oui wouah wouah… ” afin d’éviter “ tous les désordres ” et pour finir se fait embarquer “ quelques minutes plus
tard ” par un camion de la “ Fourrière municipale ”… Et nous voilà parmi les animaux, chats qui “
en été/sèchent ” et “ reverdissent/quand ils boivent/de l’eau ” “ hirondelle qui tousse ” “ Moula-moula/petit oiseau noir et blanc/du Tassili ” “ pinson éperdu ” “ un petit amour chaud dans un océan polaire ” ou bien encore “ le vieil oiseau ” “ aux plumes dépareillées/lavées à l’eau de Javel du
temps ”.
Et
puis ce sont et pourquoi pas “ ver de pomme ” insectes “ cheval cassé ” “ hareng et héron ” venus culbuter contre des créatures humaines cette fois éparpillées telles les
plumes du vieil oiseau au gré de “ notre planète ” qui “ a la nausée ” “ surtout les soirs de pleine lune ”. C’est
“ une femme à Dehli ” un “ petit soldat courageux ”d’Iran ou d’Irak qui rêve à “ une aile de papillon ” “ une Chinoise à Singapour ” ” la petite catin brune/du
quartier réservé de Constantine ” “ qui se voit déjà corde de cithare ” et un jeune garçon du camp de Sabra nommé Dallal.
“ Et Dallal me raconta son pays ”…
Et puis après ce sont toutes ces choses de la vie qu’on croise sans trop s’y arrêter et qui elles nous regardent
pourtant, comme “ la réalité se repose/à l’ombre du désir ”. Il y a du “ verre pilé ” où “ poser son cœur ” “ un bouquet de fleurs ” qui ne trouve pas les
hommes beaux, et puis encore “ la pluie ”… “ Mon amie la pluie ” offerte dans une paume ouverte comme un “ clin d’œil à Jean suicidé ” “ Jean-poète ” “ trop frêle contre
train ”…
Et il y a “ la neige et le
soleil ”… “ Tu ne fonds pas ? /Comment le pourrais-je répliqua la neige/puisque je brûle aussi ”… Il y a “ coco câline/douce opaline ” “ avec bouts d’obstination et escarbilles de cœur ” “ et cette odeur ” “ curieusement mêlée à des souvenirs de siestes chaudes/au goût sucré des
oranges de Constantine ” et comme je l’imagine ce goût‑là aussi sucré que les mots qui lui ressemblent aussi sucrées les oranges de
Constantine que la mémoire d’un désir perdu. Pendant que demeure dans son exil un jeune garçon du camp de Sabra nommé Dallal. “ Et Dallal me raconta son pays ”…
Et enfin il y a l’amour car comment écrire des poèmes sans amour ? “ Le délicieux tam-tam d’un baiser ” qui répète
répète à l’infini “ ne me mange pas/mon amour/je t’en prie ” “ goûte-moi/seulement ”… L’amour comme “ ce temps jamais calmé
” qui nous revient toujours, l’amour “ mauve ” “ plein rêve ”
“ cet oiseau vert qui se moque de tout ” celui à qui seul on peut dire “ ma jarre
d’eau nécessaire ” et qui rafraîchit l’herbe entre nos doigts. “ Le somptueux voyage d’ébène ” où “ nous faisons des gestes bien ordinaires ” avec au creux des paumes “ un fanal une ardoise un
jour à Tanger ” et peut-être même Anouar pourrais-tu signer tes poèmes : “ Poisson ébloui ”.
“ Et Dallal me raconta son pays ”
Dans mon pays
les oiseaux se posent sur les
têtes
ils mangent du
soleil
qu’ils découpent en
tranches
et te donnent en échange des miettes
d’étoiles
Dans mon pays
ne t’étonne pas
si la lune
verte
aux ruses de
fennec
s’essayant à chaque
montagne
chapeau pointu et
hilare
ne t’étonne
pas
si à
l’improviste
elle te croque soudain le
cœur
en battant les mains de
joie
Dans mon pays
la mer n’est pas la
mer
c’est une griffe
bleue ou violette c’est selon
qui se pavane sur ses vagues
et se tait parfois
dans une grotte
pour écouter le souffle des plantes qui respirent
Dans mon pays
les oranges sont
citrons
et les citrons sont
oranges
les labyrinthes sont
simples
et les fruits font beaucoup de bruit en
naissant
Dans mon pays
les pierres sont
dures
les pierres
t’écorchent
mais dans mon
pays
les pierres ouvrent la
main
et les musiciens rient toujours après la
Mort
Et Dallal comme eux partit d’un grand éclat de rire
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