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Saïd et Diana

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Présentation

  • : Les cahiers des diables bleus
  • : 19/09/2005
  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
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Texte Libre

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Image de Dominique par Louis

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Vendredi 4 juillet 2008 5 04 /07 /Juil /2008 11:10

Maille à l’endroit… Maille à l’envers      
            Artistes sans art… comme un préau d’enfants… ” Louis Fleury
A Jean

       Ecoutez braves gens… écoutez bien…
      Attention ! Vlim vloum ! C’est la balade du métropolitain… Vlim vloum ! Attention ! Fermeture des portières pendant que dans les coulisses on glisse au chef d’orchestre sa partition.
      Vlim vloum ! Petite lampe rouge allumée. C’est un théâtre… On peut y aller. La représentation des clowns qui ne font rire que les escargots bavards dégustant leurs feuilles de salade à la table des bistrots va commencer.
      Ecoutez bien l’histoire écrite assurément pour que les escargots bavards puissent couvrir de bave les signes noirs et les feuilles de papier blanc avant de les manger et de s’endormir au milieu de leur rire digestif. Ecrire pour rire juste avant les escargots…

      La représentation des clowns se donne toujours dans les sous-sols tandis qu’en surface les chaussures effacent des vérités légères comme des grains de blé sur un tamis de lune.
      En surface les vérités légèrement passées au crible du passé nous tombent dessus. Nous qui doutons de tout elles nous font poussières de son sur nos frimousses. Alors que dans les sous-sols…
      Vlim vloum ! Attention !
      Les dessous de la Cité ont des couleurs de champ printanier. Moi qui fréquente depuis ma naissance au monde ces endroits que d’autres fuient en grognant parce qu’ils leur préfèrent ses dessus bien léchés je sais ce que je dis.
      J’ai même par un jour de folie en dentelles noires eu l’occasion toute neuve alors que je désespérais de rencontrer ne serait-ce qu’un chat de gouttière au regard humain de faire le trajet durant dix stations de ce chemin sans croix pour souffrir un peu zut alors ! à bord de la motrice au gros museau aveugle du métropolitain… Ça n’est pas peu dire…
      Le conducteur avait remarqué mon nez écrasé tel Escargot époustouflé par la première neige et mes yeux bulles de savon décolorés scotchés sur la vitre qui nous séparait indéfiniment…
      Alors au prochain arrêt avant que la sonnette allume sur les bobines des enfants assis derrière leurs masques de gens des airs affamés de fêtes foraines et de tours de manège il m’a fait signe de passer de l’autre côté.
      Vilm vloum ! Ecoutez bien…

      De l’autre côté on attaque pas forcément les braves gens avec des couteaux d’argent et des épées dégainées à mains armées. De l’autre côté les doigts mal aimés grattent des guitares au milieu des halls de gare tandis qu’un petit singe acheté dans un magasin de ciboires et de pendules où le diable vous rend la monnaie de votre pièce fait la quête en tendant sa casquette violette aux voyageurs rares. Et des centaines de chats gris de fumée assistent à la représentation assis en rond avec leur nez rouge de clowns plastiqué qu’ils ne retirent qu’à l’aube lorsque la fraîcheur de l’air les disperse.
      Enfin c’est ce qu’il paraît parc’que de l’autre côté si les clowns en dess ous de soirée m’y invitent très souvent vu qu’aussi bien bottée que chat je suis et que je possède comme le singe mendiant une casquette j’n’y vois souvent que des ombres roussies sur les rebords… on dirait de vieilles photos ou bien des silhouettes dont le dos se perd parmi le fracas des lumières et des nuits… Vous imaginez si écrire avec ça c’est facile…
      De l’autre côté ceux qui traversent les portes de verre Vlim vloum ! se frôlent avec les ailes de leurs pardessus couvert de givre et clignotant de mille feux mais ils ne se voient pas. Ou bien quand un très grand hasard maquillé de rouge à lèvres les fait se dévisager pareil que le conducteur du métropolitain et moi ça signifie que le traîneau du temps a décidé de faire une pause un instant dans la géante course endiamantée des hommes comédiens et des femmes trapézistes...
      Vlim vloum ! Le conducteur du métropolitain avait des allures de fille sous ses vêtements de garçon c’est certain. Lorsqu’il a entrebaîllé son pardessus couleur cendres et fumée que le vent frais de l’aube disperse j’ai vu qu’il portait un pyjama en soie vert pomme et lilas et de grosses chaussettes de laine tricotées à la main par sa grand-mère… Maille à l’endroit… Maille à l’envers… Et pas de chaussures… Ah non ! Surtout pas… 
      Ce sont les chaussettes tricotées par les grands-mères un peu dépassées qui permettent de ne pas être mis au courant forcément… Et lorsqu’on conduit une motrice dans le ventre de la terre il vaut mieux qu’il y ait de la distance entre ses pieds et les frissons à haute tension. Un conducteur du métropolitain n’a pas le droit de se laisser aller à certaines émotions pour la raison bien connue des escargots bavant sur les feuilles de salade des bistrots que c’est un métier sérieux…
      Seuls les poètes et les artistes à la rigueur peuvent se dispenser des chaussettes de grands-mères les isolant du courant d’ère parce qu’ils sont des bouffons c’est bien connu. Donc pas de chaussures à l’intérieur de la motrice où je me glisse sur mes chaussettes trouées mes bottes de chatte bottée à la main.
      De l’autre côté quand on y est… Vlim vloum ! rien d’étonnant à ce que les gens s’affublent de toutes sortes d’accoutrements puisque le lieu s’y prête et que l’espace du dessous est un vaste cirque assurément. Le conducteur du métropolitain qui voyait mes yeux verts fendus dont les pupilles de jais s’élargissaient percer l’obscurité m’a montré le fonctionnement des manettes et des feux clignotants sur le tableau de bord semblable au cockpit d’un petit avion. Pendant que nous nous enfoncions dans la boue noire des tunnels je pensais à Saint Ex. et à sa carlingue frissonnant et se secouant tel un gros chien remontant à la nage l’océan des étoiles…
      A l’intérieur de la motrice la moquette était aussi épaisse qu’une prairie au printemps et je cherchais dans l’ombre rousse des taupinières. Le conducteur du métropolitain a secoué sa longue carcasse qui se cognait contre les parois de verre et d’acier de la machine avant de me préciser que cette ligne-là justement possédait des replis et des cachettes moelleuses propices aux amoureux. Il avait dû se dire en lorgnant sur mes chaussettes trouées que je cherchais quelqu’un à aimer…
      Vlim vloum ! Mais dans les dessous de la ville les portes de verre et d’acier se referment toujours pour séparer les rêves doux de leur réalité.
      - Non… que je lui réponds outrée par son regard voyeur sur mes chaussettes super marché que mes bottes cachent d’ordinaire avec bonté.
      - Non ! Ça n’est pas vrai… je ne cherche personne pour réparer mes trous… Je suis poète ça suffit bien…
      Et d’ailleurs comment on peut s’aimer dans des lieux à l’odeur rance et biologiquement reconnaissable de rat crevé même si on dispose de banquettes couvertes de velours rouge au pied desquelles une saxophoniste adolescente au crâne rasé et au regard faïence explosé joue comme une jeune déesse un air très ancien ?
      - Elle joue toute la nuit… Et même quand les grilles du métro sont refermées sur le dos à rebrousse-poil des courants d’air elle continue…
      Il a jugé utile de me dire ça comme si j’n’en faisais pas partie moi aussi de ces dessous de soie alors que je fréquente ces endroits que d’autres fuient en grognant depuis ma naissance au monde… C’est vrai… vu que cette histoire je suis en train de l’écrire il est important qu’il me mette au courant de certains détails… Des détails dont il ne sait pas quoi faire lui le colporteur qui doit avant toute chose conduire la motrice à bon port dans l’affaire… Maille à l’endroit… Maille à l’envers… 
     
      Ça y est… C’est énervant… Mes gros orteils ont entrepris de sortir des trous de mes chaussettes et je ne peux plus les contrôler.

A suivre...

Publié dans : Contes et récits de l'arbre aux histoires
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