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Saïd et Diana

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  • : Les cahiers des diables bleus
  • : 19/09/2005
  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
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Texte Libre

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Image de Dominique par Louis

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Vendredi 6 juin 2008 5 06 /06 /Juin /2008 23:58

Sakountala ou l'abandon... fin

     

      Dans l’ombre torride de ton atelier tu tourbillonnais tel le vent s’engouffrant à l’intérieur d’une flûte obscène et appelant appelant sans cesse ceux qui t’avaient un par un abandonnée à ta nuit. Tes doigts hésitaient saisir la terre la pétrir à nouveau… C’était la première fois que tu me regardais comme si j’avais été autre comme si j’avais été toi…

La louve assise dans la neige de la verrière était hors d’atteinte. A l’aube de lait caillé j’ai retiré mes poings du feu bourré de bûches neuves et je me suis sauvée afin de ne pas te voir reflétée sur le corps livide des statues indécente sous ta fourrure noire… Folle tu m’attendais ?

A l’aube de lait caillé l’esquisse d’argile de la petite joueuse de flûte fumait entre les linges mouillés tandis que les chats se partageaient à même la table de pierre les restes éparpillés d’un étrange festin.

 

Femme-terre femme-feu repli d’argile… Bon ça y est il l’a laissé entrer plus moyen de refermer la porte elle c’est pire qu’ouragan… Elle… l’ébauche de plâtre qu’il ne pourra pas finir… Fichu trop vieux il est trop vieux pour elle… C’est compliqué il n’en a plus envie seulement finir l’ébauche… Elle… la lumière violée par ses creux d’ombres… Et puis soudain violente torchère…

Il prend sa tête dans ses mains. L’a-t-il vraiment contrainte à partir ? Les sculptures de Camille étaient noueuses… Sakountala a fermé les yeux reconquis sa mémoire perdue ses couteaux bleus. Elle étalait devant lui chacune des figurines qui le hantaient ses diables… Elle leur donnait un visage de terre. Les formes s’emparaient d’une sueur nerveuse elles coulaient de ses veines s’immolaient en volutes frissonnantes…
         Elles désembrassaient ses complaisances de vieux bouc ses astres mous… Elle… coupable de danse coupable de vent… Elle… folle… sa folle… sa folie…


        Feu vertige la fille sous le réverbère tient ensemble des bouts d’elle.

Et l’autre qui le soupçonne sa vieille maîtresse son collage… Elle a pourtant l’habitude depuis le temps qu’il la trompe et qu’elle le veut bien. Maintenant ils vont fouiller dans tout ça c’est certain il faut qu’il brûle ses lettres… Elle va vouloir qu’il parle qu’il s’explique qu’il ramasse les débris… Les débris il y en a partout pourquoi a-t-elle cassé toutes ses statues ?

Il ne finira pas l’ébauche de plâtre… La fille sous le réverbère luit comme un sexe de velours rouge comme une petite tache de sang au centre d’un cercle de pierres.

 

Non elle ne sculptera plus jamais ! Il n’y a que ça qu’ils ne puissent pas la forcer à faire. Plus jamais… La farandole de sa robe tourne autour d’elle tels les linges mouillés des statues inachevées. C’est cette liberté-là qu’elle défend en rejetant loin derrière les oripeaux dont ils la revêtent… Ils l’ont enfermée dans leur salive ils l’ont ligotée avec les filins d’acier entourés de plastique blanc dont on entrave les chevaux à la descente des camions… Est-ce qu’il existe un abattoir d’artistes ? Ils la taisent ils lui renvoient ses mots autant de balles au creux de la gorge. Tout ce qu’il y a de vivant en elle s’insurge contre cette main qu’ils lui ont plaquée sur la bouche… Non elle ne sculptera plus jamais !

 

Sakountala… l’abandon… Elle avait donné à sa vie ce nom à double sens. Elle avait cessé d’errer dans le monde des fous respectables et avait trouvé deux bras pour l’accueillir… Elle avait cessé d’errer sur les trottoirs du monde. Le plâtre s’écaillait à l’intérieur d’une sorte de hangar ouvert aux vents et aux pluies familières où sommeillaient les chats… Entre un tas de planches pourries par l’âge et une cuvette crevée il attendait… Couvert de poussière et de toiles d’araignées le plâtre lavé à grande eau de sa patine d’or attendait comme un Indien rouge qu’on lui restitue son territoire.

Publié dans : Contes et récits de l'arbre aux histoires
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