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Par la queue des diables
Je saisis l'occasion que me donne le nettoyage de mes " anciens " textes pour vous faire découvrir ou redécouvrir ce premier
petit bouquin écrit il y a déjà plus de dix piges puisque 1997...
L'histoire de cette tentative d'écriture première ça a été quelque chose et celle de sa couv aussi il faut que je vous raconte !
Je vais le faire pour sûr car j'imagine que ça peut être sympath de voir comment ça commence une histoire passionnée et jubilatoire avec la création... Mais
pour ça faut que je vous continue mon récit morcelé dans les Petites chroniques des cueilleurs de lune car je vous assure
que cette photo de couverture prise par Jacques Du Mont a une histoire pas ordinaire...
Mais d'abord je vous pose la colle : si quelqu'un
d'entre-vous veut me dire qui est sur la photo ? et je vous aide un peu là... qui a écrit la phrase taggée sur le mur ? Pas un parmi les " grands " écrivains qui l'ont vue cette couv ne m'en ont
fait la remarque...
En attendant voici un p'tit bout de ce texte qui a tout démarré pour moi et dont une amie bibliothécaire m'a fait le plaisir de causer sur son blog :
www.quichottine.over-blog.com surtout allez-y son travail en vaut la peine !
Je vous ferai la surprise d'un extrait de ce que j'avais écrit en prologue un de ces jours pour compléter l'affaire et peut-être un autre petit extrait car de
tous mes quelques bouquins publiés celui-ci est celui qui sans rival possible a été le préféré des gens... Je dis bien des gens car il a causé autant aux femmes maghrébines avec lesquelles nous
avons fait des travaux d'alphabétisation en travaillant sur des passages du bouquin qu'à des étudiantes de la Fac de Cergy en littérature comparée où mon amie Christiane Chaulet Achour l'a fait
étudier. Il a même oh ! surprise pour la non-écrivaine que je revendique être fait l'objet d'un mémoire de maîtrise de Lettres modernes rédigé et mené par Solenn Lefort intitulé Interculturalité et fiction biographique Dominique Le Boucher et Nina Bouraoui... Solenn à qui je dois une
tranche d'émotion pas possible et qui reste ma petite frangine vous pensez bien !
Et je n'oublie pas la préface écrite par un autre ami conteur génial et écrivain d'Algérie Moussa Lebkiri...
Alors voilà...
Voilà je voulais à tout prix t’écrire une histoire qui sorte de mon coeur comme une fleur de grenadier une histoire de ton Algérie que tu as semée dans mon ventre
avec une goutte de lune. Ton Algérie passée au crible de mes rêves d'enfant au bord de la blessure du bidonville avant.
Kaki Marïama Tassadit Zohra… ils courent encore dans les dépotoirs de la cité et le son amer du mandore le soir quand les tôles refroidissent. Une histoire d'exil à toi l'exilé une histoire de l'exil que tu m'as fait dans mon corps de femme mon corps d'enfant comme je te l'ai donné comme tu l'as reçu.
Une histoire parce que j'avais très peur qu'il n'y ait personne qui sache qu'il a existé une femme quelque part ailleurs qu'elle s'appelait comme moi ou bien d'autres... mon histoire est l'histoire d'une femme qui... l'histoire de toutes les femmes...
Ton Algérie crois-tu que je pouvais ne pas l'aimer dans le creuset chauffé et puant de nos blocks sans racines et de nos arbres d'acier ? Elle me fissurait la tête d'orangers mouvants et de souks traversés de copeaux de soleil. Dans la bouche de mon père aussi elle fondait en torsades de mots arabes dépiautés de leur sens. Musique… ma musique à moi mon fourbi mon trésor dans la cornue dorée… qui peut dire combien j'ai aimé t'entendre sucer les cailloux de ses mots ? C'est par elle que tu m'as remplie de poussières d'or grimée du bout de tes doigts qui parlaient au mandore aussi que tu m'as ouverte au cheval de la mer...
Pourquoi crois-tu que j'apprenais ta langue lorsque nous avons couru ensemble entre les arbres au bord du fleuve? Moi qui n'ai pas de terre sous mes pieds nus qu'une pelure de bitume gelée où dorment les cadavres des fleurs des morceaux d'ambre et des grains de sable.
Ce que nos pères avaient été voler dans les replis profonds des Ksour c'était l'âme généreuse des guerriers chasseurs du vent et la
langue de ta mère sous la parure des contes. Ce rêve qu'ils avaient sacrifié à la cruauté des hommes d'acier car la langue est femme la terre est femme l'eau des oueds est femme le cri de la
flûte est femme toujours.
Ton Algérie c'est elle que je suis allée cueillir sur ta bouche quand tu me lisais les éclats de ton livre que tu traçais sur le comptoir de notre café pour tous les tiens. C'est par elle que je t'ai fait confiance mais les enfants de l'exil ne sont que de passage dans le coeur des hommes...
Alors voilà… tout ce qu'il me reste un petit fragment d'or que tu as oublié en partant l'histoire de celui qui me l'avait mise au coeur ton Algérie à moi l'étrangère... C'est l'histoire d'un homme qui m'a donné le pouvoir des rêves pour pas que je meure et pas que j'oublie. Maintenant je sais pourquoi il faut vraiment que je te la raconte...
D'abord c'est une histoire bête à pleurer… l'histoire d'une petite fille qui s'était laissée enfermer dans l'ascenseur pour oublier de grandir. Il me semble qu'elle s'appelait Neïla mais je ne sais plus bien son nom. Ça a si peu d'importance… c'est une histoire qui peut arriver à toutes les femmes qui ont rencontré un ange en descendant d'un ascenseur longtemps après. Il était enfin arrivé à l'étage plus de quinze ans qu'il avait mis tout le monde peut se tromper… Il avait le faciès et pas de papiers avec un ange on n'est jamais en danger… c'était un ange étranger un étrange ange...
Il lui a parlé d'une maison à repeindre en blanc. Elle voulait monter tout en haut de la grue et ne pas redescendre mais son ami le grutier algérien l'ouvrier des étoiles de fer il avait creusé un trou dans la poussière et il en était mort. Elle lui avait Interdit de mourir pourtant ! Même dans sa langue ça elle savait le dire.
Elle ne savait pas qu'elle avait un corps de femme forcément à cause de l'ascenseur ça avait si peu d'importance. Puisqu'il y avait cette maison à repeindre en blanc et qu'il semblait y tenir...
Elle lui a donné un gros sac plein de temps celui qu'elle avait mis de côté dans l'ascenseur le temps de rire le temps de mourir. Elle gardait tout ce temps comme un trésor puisqu'elle ne sortait jamais de la petite cage où elle ouvrait parfois la boite que le grutier algérien lui avait offerte la boite aux odeurs. Elle se souvenait et ça lui faisait encore du temps de gagné. Il disait :
- Tu sens… coriandre… menthe… cardamome…
Alors elle répondait :
- Oui…
Il disait :
- C'est comme ça chez nous…
Alors elle répondait :
- Oui…
Elle pensait que c'était pas la peine de sortir vu qu'elle avait toute la richesse dans la boite à odeurs dehors ça pouvait pas être mieux. Sauf en cas d'alerte à ce moment là elle perdait un peu de temps mais ça ne durait pas.
L'ange était un passager clandestin son pays aux odeurs était malade de la peste et il avait connu bien des soucis. Il était innocent comme un soleil de sang. Il lui avait pris la main et puis il avait posé le mandore dans sa chambre tout en haut le dernier étage bien sûr… l'ascenseur ne s'arrêtait pas ailleurs.
Elle ne savait pas qu'elle avait un corps de femme quand il lui avait dit :
- J'écrirai mon pays dans ton coeur.
Une vision de gare avec un train était passée à toute vitesse dans sa tête mauvais signe. Lorsque le temps s'en-mêle...
Aujourd'hui je sais bien que chaque seconde est une lutte contre le boulier de la mort. Je le sais goutte à goutte. Il me fallait prendre le risque de sortir de mon rêve affronter la terreur primitive de l'abandon : coriandre… menthe… cardamome… j'ai perdu les odeurs pour retrouver les mots. Pour m'échapper de l'ascenseur où je m'étais réfugiée il fallait la cruauté câline d'un homme-lune… pour franchir le défilé aussi étroit que la porte de mon sexe pour m'ouvrir à l'éclaboussure de mon soleil...
Je t'ai dit que j'allais te raconter l'histoire qui est l'histoire de toutes les femmes. Je te la dois parce que c'est toi qui as accouché de l'ange empris à l'intérieur de moi. Je te la garde comme je détiens le trésor de neige de ton Algérie ensanglantée. C'est une histoire de mots que tu ne savais pas dire, parce que tu t'étais laissé couper la langue.
Aujourd'hui je sais bien que leurs couteaux sont tranchants je te rendrai les mots un par un car c'est par les lèvres des femmes que se r'ouvriront les temples des fleurs...
Je dis que cette histoire est la nôtre car aucune femme-esclave n
e pourra entrer dans le temple du temps sans emporter ses chaînes avec elle. Elle refera
éternellement de son fils-amant un maître farouche et asservi à ses peurs. La plus grande de tes peurs mon camarade est que le soleil jaillissant de ta puissance virile au terme de ta jouissance
se perde à jamais dans l'étang de mon ventre couvert de renoncules d'eau.
Cette histoire est notre histoire parce que tu m'as donné la clef pour ouvrir la porte de nos prisons d'errance de nos désirs déracinés. Tu me l'as donnée avant de repartir cela ne pouvait être qu'une histoire de mots et que les mots nous lavent de la violence et de la peine.
C'est ainsi que je te la dis pour que nous nous pardonnions d'avoir raté la piste d'atterrissage et que nous ne gardions en nous que l'incroyable beauté du vol...
Cela ne pouvait être qu'une histoire de femme car toute femme contient en elle le principe premier des arbres. Et que tout homme
contient en lui une femme engloutie à laquelle il a Interdit de vivre en la nommant l'humiliée… la coupable car elle était son émotion sa rebelle sa folie. Seule une femme lucide peut renouveler
le temps pour cela que je voulais que tu me laves de nos peurs. Je ne savais pas que tu étais le pire des geôliers car tu portais en toi le rêve de mon rêve et tu me l’a fait éclater en pleine
figure...
A suivre...
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