Partager l'article ! Peuple de géants et de colibris: Peuple des géants et de colibrisEpinay, Dimanche, 1er juin 2008 Nous avons tant v ...
Peuple des géants et de
colibris
Epinay, Dimanche, 1er
juin 2008
Nous avons tant voulu un autre chemin
Pour ce peuple de géants peuple palmiers à la grandeur
Misérable des forêts qu’on taille comme
Des crayons Qui broie son noir son bleu son rouge
Peuple baobabs toutes les couleurs vives sont en lui
Elles saignent des plaies d’écorce les copeaux
D’acier salent les blessures machinales les mains
Entaillées par les couteaux rognant la nacre
Se retrouvent paumes en l’air pour avaler la pluie
Au goût de mangue de suie de tôle au-dessus
Des cabanes Taxée comme l’eau des fleuves sacrifice
Hommes du Sud nous avons tant voulu la fraternité
Voraces les chaînes des tronçonneuses chantent haut
Mais plus haut le cri impatient des colibris frondeurs
Nous avons tant voulu un autre chemin
Pour ce peuple de géants aux
splendeurs natales
Empêchés d’être les bûchers de sa
colère
Peuple fromagers sourd aux sorciers des grands
empires
Dessous l’arbre aux palabres le village entier
Peuple
Qui a traversé les mangroves vieux buveurs de
rhum
Tu déploies ta force écarlate dans la
termitière
Multiples visages tournés vers nous de ta
dignité
Peuple palétuviers aux pieds chaussés de
pneus
Dans la boue l’air flamboyant peuple qui
bouge
Est venu jusqu’ici couler la lave du
volcan
Nommé asphalte béton laitier l’odeur
acre
De sa sueur dérange celui qui ne connaît
pas
La fleur phosphorescente de cacao qui
pue
Dans ses flancs le colibri sait qu’il peut tranquille
dormir
Nous avons tant voulu un autre chemin
Pour ce peuple de géants
peuple eucalyptus surgissant
De l’onyx du cratère et des fumées de
santal
Peuple épicéas insoumis et
décimé
Résurgence des dieux arbres à la fureur
première
Demeure des écureuils quand leur jeunesse au feux
roux
Embrase les lunes fruits des grenadiers
Peuple
Que l’amertume café noir sauve de
l’arpenteur
C’est un vieillard maniaque il compte les
hommes
De un jusqu’à dix avec un glaïeul de
mer
Il compte la terre fertile que les
artificiers
Allument sous tes pas peuple d’arbres tu es un
passant
De l’Abyssinie à l’Arabie peuple au corps
tatoué
De colibris tu n’as pas cessé de remplir nos
greniers
Nous avons tant voulu un autre chemin
Pour toi peuple de géants
langue feuille d’agave
Joli céladon gouttes de suc ta salive
ruisselle
Au bord de tes déserts marbre broyé mica
porphyre
Tu retiens dans ta chair nos rêves confisqués nos
voyages
Nos tentes nomades qui pendent aux bats des chameaux
gris
De sel Peuple sycomore nous avons tant
voulu
Partager avec toi les ignames les bananes
vertes
Le maïs grillé les mangues et chasser les
esprits
Trois fois de tes maisons de terre apprendre de ta
bouche
Ton histoire et tes contes Peuple
d’araucarias
Accroupis dans tes fleuves où ruminent tes buffles
blancs
Arracher aux pieds des palétuviers les huîtres
silence
Et les perles paroles qui ont écrit ta
servitude
Colibri crie plus haut que la chair déchirée de leur
chant
Nous avons tant voulu un autre chemin
Pour toi peuple de géants de Harar à Aden
Nous enfants du Nord alors avides sur tes traces
Tes pieds de lapis-lazuli peuple tamariniers
Tes empreintes d’argent à notre errance offerte
Nous nous sommes racinés en toi nous avons fait branches
Nous avons fait feuilles nous avons fait vents et brumes
Dans ton corps sec Tu as salé de tes alizés
Légendes et palabres toi arbre à pain nos songes
Nous avons fait écorce à tes baobabs et leur creux
D’eaux qui montent à l’intérieur où tu as maison
De notre toison rouquine vêtu tes latitudes
Nous avons fait cueillette pour nous nourrir de toi
Nous avons fait tronc nous avons fait bois nous avons
Fait feu pour nous chauffer en toi tu nous as fait vie
Et sur le même chemin ensemble nous voici semant
Nos utopies Peuple de géants et de colibris.
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