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Saïd et Diana

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Présentation

  • : Les cahiers des diables bleus
  • : 19/09/2005
  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
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Texte Libre

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Image de Dominique par Louis

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Mardi 27 mai 2008 2 27 /05 /2008 23:08

                     Sakountala ou l'abandon...

      Au moment où elle lui volait sa puissance il savait qu’il devrait mener contre elle un combat sans merci. Toute la journée ensuite il vivait dans le souvenir de cette chair qui l’engloutissait de ces yeux qui le dénudaient de sa force de cette âme qui dévorait la sienne mais chaque matin il retournait là où elle l’attendait et il se livrait voracement à son désir à cause des deux couteaux bleus qui entaillaient la nuit…

Bon… c’était foutu… elle allait rappliquer chez lui avec tout son décor sa chemise ouverte juste assez sur sa peau rouquine couleur d’orange comme un été lourd de fruits. Comment ne pas avoir envie de dessiner son épaule ?

 

Folle tu m’attendais ?

La première fois que je t’ai vue par l’entrebâillement de la porte de l’atelier tu portais la fourrure noire de la louve. C’est ainsi qu’ils aimaient que tu sois souveraine et fascinante narquoise tu leur obéissais…

Petite âme du feu… Partout où tu es allée elle t’a accompagnée sans que tu le saches. C’est elle qui a porté les brassées de bois mort ramassées dans le parc près de la cheminée de La Folie c’est elle qui a allumé les feux des festins ultimes de l’Ile pendant que tu tournais soleil égorgé vêtue de ta robe écarlate. Naine au crâne lisse il lui était facile de disparaître au milieu des chats qui la suivaient tels des serviteurs zélés…

 

Folle tu m’attendais ?

Vertical le réverbère où la fille garde la nuit immobile… sa jupe fendue… la même crevasse que son rire fardé… Elle tient bon elle est multiple elle ignore tout de la sculpture de Camille qui se nomme… Je ne peux pas me souvenir… C’est un nom d’une douceur d’enfant sombrant dans le sommeil tandis qu’une vieille femme baisse le tirage de la grosse cuisinière de fonte… La vieille Victoire lui couvrait la tête de son tablier pour qu’elle s’endorme… Le visage de sa mère n’a pas effleuré ses rêves. La fille quand il passe un peu voûté par toute la journée à retoucher les ébauches de terre ricane à nouveau… C’est un métier de chien… Son regard d’artiste la balaie vaguement habitué à c apter la moindre expression de la chair ravie au clair-obscur des vitres. Il n’a jamais songé que cette histoire finirait par lui faire tant de mal…

 

Le vieux bouc ne taillait pas ses marbres lui-même il ne faisait que les achever… Il fallait une dizaine d’ouvriers pour réaliser une seule sculpture. Elle frotte doucement son poignet contre le poignet lisse de l’ébauche… Depuis combien de temps est-elle là à suivre cette courbe qui s’enfonce au fond d’une niche obscure ?

Rien à faire elle s’agrippe lutte… assise sur la petite chaise elle ne les regarde pas. La fascination de la forme naissante longe son bras jusqu’à l’épaule grandit ensevelit l’arbre et les branches en elle… Elle ne laissera pas se dénouer leurs doigts… Elle gratte précieusement les poignets et les chevilles de ses sculptures… Princesse encerclée…

Le vieux bouc ne taille pas ses marbres il ne fait que les achever comme un enfant qu’il n’a pas mis au monde. Elle est son ouvrière et son modèle qu’il dénude lentement de sa fourrure femelle petite châtelaine… Le château où il la retrouvait dont elle était la souveraine superbe et déraisonnable se reflète dans des étangs profonds… Un instant elle a cru noyer le feu qui brûle sous leurs eaux… Les oiseaux de nuit s’en mêlent et la parent de cris…


      Laver ses cheveux couverts de poussière laver sa blouse noire et les muscles de son corps qui font mal… Un instant elle a oublié cette sculpture qui s’appelait… Elle ne veut pas se souvenir… L’amour est un grand arbre foudroyé qui a mangé le feu. Elle ne peut pas vivre sans exhiber autour d’elle cette parure rouge couverte d’une chevelure de lichens. Cette nuit les bûcherons sont cachés tout autour de son atelier avec des haches et des cordes… Cette nuit elle a achevé de fracasser le plus grand marbre et elle en a fait un tas au milieu de l’atelier vide et glacé.

Les chats confiants s’étaient regroupés frileusement encerclant le poêle… Elle a édifié une forme rectangulaire à l’aide des morceaux un à un sans se hâter une forme comme une table… Quand elle a eu fini elle a balayé soigneusement cette folle poussière des cataractes de poussière qui ont fait éternuer les chats et les ont rendus tout blancs tels des oursins de neige…

Elle a retiré sa blouse et elle a enfilé la robe de velours rouge elle a installé deux bougies à chaque extrémité de la table de pierre et face à un petit morceau de miroir elle s’est maquillée avec soin comme une enfant et puis après avoir disposé des couverts sur la table de pierre elle a attendu…

 

Folle tu m’attendais ?


      Petite âme du feu… elle a poussé la porte du pied le gros sac de bois mort sur le dos et des braises dans ses mains… Son pull-over trop grand lui dénudait les épaules et l’odeur de terre et de résine fraîche qui émanait d’elle donnait un contrepoint au feu… Aussitôt les chats se sont étirés et ont refait le cercle autour du poêle afin de lui ménager un passage…

Une fois la porte du poêle entrouverte dans la chaleur rassurante des flammèches tu as fiché des flambeaux un peu partout à travers la pièce drapée d’ombre pourpre et ocre alors j’ai regardé la table mise sur tes statues brisées…

Tu as souri et les deux couteaux bleus de tes yeux sont entrés en moi comme si je n’avais pas été une naine difforme jusqu’ici comme si soudain tu me voyais… Tu as dit en reniflant l’odeur du feu par la porte entrebâillée :

- Je voudrais que tu manges avec moi…

Et cette fois la table de pierre était à ma hauteur.

 

Ensuite lorsque nous avons eu achevé ce festin étrange que tu avais imaginé avec beaucoup de vins et de liqueurs dont tu étais la seule à boire je me suis accroupie au milieu des chats alors lentement tu t’es dressée devant moi déesse écarlate et ton verre à la main tu as dégrafé la robe de velours rouge entièrement et elle a glissé de toi en s’ouvrant à tes pieds comme une fleur de grenadier…

Un à un tu as défait tes vêtements jusqu’à tes bas la flamme de ton sexe roux scintillait au fond de la pupille dorée des chats… Nue tu t’es mise à tournoyer au milieu des marbres que tu n’avais pas fini de réduire en petits morceaux alors j’ai su que tu te souvenais maintenant du nom de cette statue et que c’était pour cela que tu voulais t’enfuir avec moi dans la lande de bruyères et de genêts…

Que tu voulais te perdre parmi les créatures habitant les pierres dressées les pierres sauvages et sans nom. Ton corps était si beau et tes seins roux tâchés de neige blanche… Tu me suppliais : “ Emporte-moi avec toi… ” Comment te dire que je n’avais pas d’autre pouvoir que celui que je t’avais donné ? Petite âme du feu… Le pouvoir d’enflammer tout ce que tu touches et de le porter à son ultime incandescence…

A suivre... 

Publié dans : Contes et récits de l'arbre aux histoires
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