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Saïd et Diana

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  • : Les cahiers des diables bleus
  • : 19/09/2005
  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
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Texte Libre

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Image de Dominique par Louis

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Lundi 26 mai 2008 1 26 /05 /Mai /2008 17:20

Comme vous l'avez remarqué le lundi c'est le jour des poèmes... et celui-ci je l'ai écrit fin du mois d'avril et puis je l'ai travaillé et retravaillé tout le mois de Mai avant de vous l'offrir juste maintenant vu que j'étais sûre qu'il se passerait rien de ce qu'on attend en ce joli mois de Mai 2008...
Alors pour qu'on continue à rêver et à lutter et à se révolter ensemble le voici...

Jeunes frangins de Mai
Epinay, mercredi, 29 avril 2008

Dans le bar “ A la lanterne ” comme autrefois
Rue de l’Ouest ce qui reste on s’assoit et on boit
Les Indiens nous offraient leurs plumes magnifiques
Parures mauve azur de ces jours héroïques
Compagnons de Mai notre monde était beau
Nous étions enfants frais comme des oiseaux
A l’aube jeunes guérilléros
Lorsque les villes deviennent roses
Endormis ensemble nichée de renards
On se secoue le poil brillant d’eau
Devant nous la rue nue aux yeux verts
Comme une môme aux petits seins offerts
Cette fois ils n’ont pas été en retard
Au rendez-vous Ils se sont levés leur rêve
Sur leur visage pas maquillé
Encore par la charrue de l’âge
Et l’envers du décor L’hiver dans le dos
Un vieil ouvrier fondeur de crépuscules
Assis à sa table y a l’histoire à faire
Maintenant que le temps c’est que du printemps
Quarante ans d’usine la bonne affaire
Ecrire le matin sur le soir qui recule

Dans le bar “ A la lanterne ” tous on revient
Oiseleurs écarlates on a peur de rien
Hier on forgeait d’enivrants bijoux d’aurore
Enfants anciens à la naissance météore
Compagnons de Mai notre monde était beau
Faut qu’il raconte sans sa bougie Pierrot
Il ne va pas laisser les blafards bouffons
Travestir leur vie de faux comme ils font
Dans la glace des bassins sceller leur feu
Sans chemise de nuit blanche et nue la lune
Sur les pages du cahier coule son lait bleu
Ce soir il tête gourmand sa frangine brune
Villon le buvait au ventre des pendus
Leur sperme a dessiné le ciel sur nos ardoises
Dans la bande des jeunes renards perdus
A l’écart des gibets il croquait des framboises
Il écrit la vie de ses vieux près du comptoir
L’école c’est loin le banc rugueux
Le casier l’encrier où la nuit s’égare
Les colles au coin les yeux en l’air
Dire un printemps tendre au désir des gueux
Ceux de la rue savent bien des choses
Sur l’acier ils en bavent pourtant ils posent
Aux chemins d’histoire la peau de leurs mains noires

Dans le bar “ A la lanterne ” on se ramène
Montreurs d’émeraudes sûr qu’on a pas la haine
Nos tribus attendaient aux portes du soleil
Que les vergers nous bombardent de fruits vermeils
Compagnons de Mai notre monde était beau
Il sort de sa musette éteint son mégot
Vieux renard à sa table il faut qu’il raconte
Pas laisser les autres inventer des contes
Trop voraces de vie les mômes d’hier
Quarante ans d’usine certains sont restés
Plantant là leur destin D’autres sont partis
Butiner joyeux O la terre entière
La nichée de jeunes combattants lointains
Lorsque les villes se sapent de bonté
S’éparpille dans la rue nue aux yeux verts
Du décor de l’envers peu sont revenus
Cavalier lunaire pour eux il écrit
Le paquet de gitanes brunes c’est clair
Avec lui il a rancart au petit matin
Pas demain qu’il s’en passe allumeur d’éclairs
Trop longtemps le sentier pointillé de rouge
Parmi tant de camarades inconnus
Il l’a pris à l’heure obscure où rien ne bouge
Et que de pourpre on maquillait demain

Dans le bar “ A la lanterne ” une cage ouverte
Danton le perroquet s’encanaille à tue-tête
“ Ça ira ça ira ça ira c’est la fête ! ”
Parure citron éclaboussée sept couleurs
A chaque table la sérénade est offerte
Compagnons de Mai notre monde était beau
On redonnait aux rois leur rang de nabots
Jeunes travailleurs jardiniers ou poètes
Ils avaient les paumes douces des dresseurs
D’oiseaux fous ensemble ils ont appris
La peine le mépris l’horloge qu’on guette
Voler le blé d’or au tamis pas vus pas pris
Purs passeurs d’ailes éveilleurs rebelles
D’utopies Anarchistes penseurs maudits
Hyppies Fumeurs d’opium ouvriers militants
Vieux communards l’espoir consume leurs drapeaux
Partageux de nos jours nous courions contents
Certains ont perdu à la chaîne leur peau
Et jamais ils n’ont été ce qu’on a dit
Assis à la table pour eux il écrit
Dans le bar “ A la lanterne ” le perroquet
Danton costume citron traite de laquais
Les aristocrates et la maréchaussée
Balance les pires jurons sans se lasser
Compagnons de Mai notre monde était beau
Nos vieux nous ont donné l’insouciance oiseaux
Leurs rêves c’était juste de voir la mer
Ouvriers paysans violente habitude
Des roses d’enfer au brasero qui dansent
Des songes flamboyants de brûlots amers
Ils ne se parlaient pas grave solitude
Et les jours de grève leur vidaient la panse
Quand le paquet de gitanes brunes circule
Des ouvriers aux philosophes bidons
La sale peur et l’ignorance reculent
Nos clopes frangines fument l’abandon
Bons voyous nos petits mégots l’hiver l’été
Bravaient les matons entre nos doigts cramés
Certains sont partis d’autres sont restés
Plus loin que notre rêve on s’est bien aimés
Maquignons du monde peuples à genoux
Commune misère qu’as-tu fait de nous ?

Dans le bar
“ A la lanterne ” comme autrefois

Nous les fils d’Indiens on s’étoile et on boit

Danton le perroquet frivole attend les rats

Qui finissent toujours par sortir  “ Ça ira ”

“ Ça ira ça ira ” jette ses sept couleurs

Dans le combat des fous pour l’idéal bonheur

Aujourd’hui le monde est devenu vieux

Demeure la ronde des matins radieux

Tatoués de poèmes et de soleils levants

Dans le bistrot “ A la lanterne ” nous voilà

Princes des usines aux doigts effacés

Fils d’Indiens oiseleurs nous repassons par là

De cet azur nous ne serons jamais lassés

Assis près de nous gribouille l’ami Pierrot

Sans âge sa vie en minuscules bleues

Généreux l’héritage se fout des héros

Il a semé des hommes voleurs de feu

Commune misère plus rien ne nous sépare

Le train plein de renards vient d’entrer en gare

Sur les trottoirs s’en vont rallumer les mégots

Jeunes frangins de Mai le monde sera beau.

 

Publié dans : P'tits poèmes diabolique
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