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Image de Dominique par Louis

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Lundi 19 mai 2008 1 19 /05 /2008 18:59

Comme une fleur
Epinay, lundi, 12 mai 2008 Comme une fleur
Tombée d’un citronnier elle est
Arrivée de Kabylie il y a
Quarante ans sa tête est couverte
De marguerites Au fond d’une assiette
De henné ses cheveux frisés
Jouent aux papillons il y a
Deux scarabées indigo dans
Son front incrustés et
Dans son cou bijoux
Sa peau mie de pain plus jolie
Qu’une pierre de lune ouverte
Luit la sueur des citrons aidant
Elle rit elle oublie qu’elle est
Tombée ses yeux sont des miettes
D’eau verte au mitant du lit
Petite fille rusée
Elle a perdu ses dents de lait
Et rêve chaque jour de fête
A des gâteaux d’astres sous
Les citronniers au pollen ardent
Comme une fleur
Arrivée de Kabylie ses joues
Sont des roses qu’on mange avec
Le thé à la menthe il y a
Quarante ans elle s’est pointée
Les marguerites montent la garde et
Il y a quarante ans qu’elle
Regarde les mégots faire
Lucioles aux cendriers du soir
Qu’elle vide qu’elle effeuille cul sec
Les pâquerettes des paillassons et
Coupe les poils des balais bruyères
Ou genêts désenchantés
Par l’entreprise de nettoyage ou
On lui a dit d’épeler son nom
ZAHRA la fleur en arabe elle
A bu au jasmin les histoires
Petite fille ne parlait qu’à
L’eau bavarde des fontaines
Secrètes au jaune des citrons
Pas d’école aux gamines indigènes
Mais des loukoums blancs de lune l’été
Comme une fleur
Tombée d’un citronnier il y a
Quarante ans qu’elle vit ici
Les hirondelles crient dans les cages
D’escalier de l’agence Havas
Où elle passe la serpillière
Surgissant au 13ème étage
Parmi les champs de marguerites
Fous qui envahissent la place
Quand les marchands d’horizon sont partis
Avec les chaises de paille il y a
Quarante ans qu’elle remet la pendule
Pour les migrateurs à l’heure d’hiver
C’est minuit le ciel fait cirage
Bleu les hirondelles crèvent les bulles
Des images et se tirent des pages
De pub maisons bidons à crédit
Dans l’ascenseur elle interroge
Comme un chat les signaux de fumée
Ferroviaires de la voie lactée mais
Un carrosse l’attend c’est un rite
Enfin elle est aux premières loges
Après minuit fini le ménage
Ses manches au jasmin doux parfumé
Se sont frottées comme jamais
Le long de la route on entend
Les voix des vieux de son enfance
Les roses débordent des terrasses
Elle rit elle oublie le temps
Tombé des citronniers elle lance
A la lune le mot de passe
Que comme avant tout recommence
Saupoudré de pollen ardent le bonheur
ZAHRA en arabe ça veut dire la fleur…

Les photos sont de Louis Fleury
Publié dans : P'tits poèmes diabolique
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