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Ce journal de Palestine nous l'avons tenu en 1993
au moment où les pourparlers de paix avaient lieu et nous comme tant d'autres on y croyait très fort... Marc photographe dans les années 70 en ensuite est parti préparer un livre témoignage
en prenant des photos à Gaza et à Jérusalem juste avant la signature des accords de paix d'Oslo... Notre bouquin n'a jamais vu le jour... voici des extraits de ce qu'il aurait pu être... en
vrac...
Photo Marc Fourny 1993 Gaza Camp de Khan Younis
Extrait du livre de Racha Salah L’an prochain à Tibériade publié en 1996
aux Ed. Albin Michel
“ Nicolas, aujourd’hui Gouayr n’existe plus. Il a été rasé après le
départ de notre tribu, le campement est devenu terre agricole. Non loin de là, les Israéliens ont construit une ville nouvelle, tout en dur, qu’ils ont appelée ‘ Majdal Garosar ’, m’a
dit mon père. Je voudrais y aller. Voir ce lieu au moins une fois dans ma vie pour retrouver les endroits où ma famille vivait. Constater par moi-même que ce pays, imaginé, ressemble bien à
l’idée que je m’en fais : un grand lac aux eaux claires, bordé par des vallons verts recouverts d’oliviers et d’orangers. ”
Extraits de Journal 93
( … ) Pour moi je crois que la seule chose que je pourrais
dire aux Palestiniens c’est que la souffrance dans la chair d’être “ hors de soi ” qui va avec “ hors de chez soi ”… la sensation aiguë de ne pas pouvoir habiter son corps la coupure nette
entre le désir la volonté qu’on en a et ce qui est impossible parce que tout autour se construit contre soi… cette souffrance je la connais… C’est tout ce que j’ai connu du monde en moi pendant
30 ans ce que certains appellent “ folie ” n’est parfois qu’une façon qu’on a de nous arracher la peau… Nous dépouiller c’est ça ?… Nous dépouiller de notre passion frénétique à
être… être ensemble sans laquelle on n’est que la somme d’égoïsmes accumulés… Etre ensemble avec la chair et le jardin… Avec l’autre cet étranger dont je connais tout sans rien
connaître…
Mais je crois que c’est plus facile d’être une folle solitaire et marginalisée que
d’être emprisonnés dans la démence d’un “ nous ” “ notre peuple ” “ nos martyrs ” emprisonnés par ce que ceux d’en face renvoient d’eux-mêmes en direction de ce camp de
ces quelques centaines de mètres carrés où la réalité quotidienne est décidée programmée manipulée par d’autres… car depuis combien de temps les Palestiniens n’ont-ils pas été libres d’organiser
sur leur terre un Etat où exister à leur convenance comme c’est le cas de la plupart des peuples ?
Pour les jeunes Israéliens bientôt la question sera : comment répondre quand nous ne répond plus à ta place ? Quand soudain la certitude de l’infaillibilité de l’héritage est prise en défaut parce qu’elle ne débouche que sur de la
mort… Quelle terrible violence faite à des corps encore enfants qui au lieu de découvrir la marque inaliénable de l’amour découvrent celle de la terreur… Ici se poursuit l’héritage et je ne te
parle pas des enfants palestiniens qui ne sont eux depuis la naissance qu’une blessure… Programmés blessés… Alors qu’est-ce qu’on peut faire en face de ça mon petit frère ?… ( … )
Dom
Photo Marc Fourny Jérusalem
19993
Lettre de Marc, Juillet 1993
Juste quelques mots ( tu vas voir, tu l’as voulu ma vieille… ), pour les dernières nouvelles.
Et puis quand même faut bien dire que ta lettre m’a exaspéré ! Non, moi j’écris pas… Moi je suis abonné aux 9 heures frangine ! Moi je suis le tourneur sur un tour très perfectionné de
pièces en terre pour des poêles suisses à bois censés chauffer à mort les familles congelées dans leur trou noir et leurs vieilles rancoeurs. Alors la terre comme symbole moi l’ouvrier ça me
laisse plutôt froid si ça t’ennuie pas… Non, tout ça c’est pas vraiment vrai mais quand même tu pousses un peu !
Alors donc, moi je pars comme prévu sans toi en Israël ( ou plutôt en Palestine ) si tout se passe bien fin
août et j’espère y retourner pour plus longtemps fin de l’année car pour l’instant je suis raide niveau fric, malgré nos efforts d’organisation de notre projet… Tiens, ça y est je regarde que je
viens d’écrire Palestine entre parenthèses et ça me fait penser à ce que je t’ai demandé un jour… Oui tu sais ma question sur pourquoi tu dis toujours Palestine alors qu’on entend partout parler
de l’Etat d’Israël ?
Ta réponse : “ Palestine c’est la terre comme celle du jardin
de mon enfance aussi familière aussi douce aux lèvres et à dire ” … un truc comme ça ? Mais pour moi c’est compliqué et “ politiquement ” Palestine ça me dit rien tandis
qu’Israël ça me dit autant que colons en Algérie. Ce sont toujours les mêmes qu’on écrit dans la parenthèse… Même pour un anarchiste comme moi ce sont ceux qui construisent un Etat qui donnent un
nom à un pays. Toi tu dirais paysage…
Photo Marc Fourny 1993 Enfants palestiniens jouant au cerf-volant à Gaza
Extrait du livre de Racha Salah L’an prochain à Tibériade
Photo Marc Fournt 1993 Portrait de jeune palestinienne à Jérusalem
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