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Saïd et Diana

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  • : Les cahiers des diables bleus
  • : 19/09/2005
  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
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Texte Libre

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Image de Dominique par Louis

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Lundi 14 avril 2008 1 14 /04 /Avr /2008 20:39

                                  Petites chroniques d'une cité de banlieue Lundi, 14 avril 2008  De là d’où je vous cause… 2

      P’t’être que vous vous souvenez de l’année dernière à cette époque c’était un très joli mois d’avril qu’avait tout d’un printemps léger et sucré avec sa cérémonie des merguez chaque week-end dans notre cité d’Orgemont je vous ai raconté c’était avant la suite qui a rien de formidable et ce qu’on se farcit depuis un an un an seulement c’est pas possible ! Nous autres on a l’impression qu’ça fait un siècle que cette affaire nous est tombée dessus raide avec les murs de la citadelle Babylone en plus c’est relou alors !…
      Là en vous causant écrivant j’écoute IAM sur le poste et c’est clair que “ ça pousse derrière ” et qu’on n’a même pas aujourd’hui comme l’année dernière à c’moment la cérémonie de la douceur de vivre avec plein d’bouts d’soleil dans les p’tites ruelles de la tess’ et la joie de s’y retrouver ensemble avec des choses qu’on est les seuls à connaître quand on est né dans c’monde-là que les autres appellent “ ghetto ” et que nous on aime parc’qu’on a pas envie de se dire que là où on vit c’est crasseux comme ils racontent eux qui n’y mettent jamais les arpions…
      Ce qui s’est passé depuis un an par ici je vais pas vous le décrire c’est comme par chez vous avec un peu plus de sans issue qu’avant un peu plus de zermi et un peu plus de silence de plomb qui renvoie les gens chez eux pour pas qu’ils se causent qu’ils se rencontrent et qu’ils magouillent une petite révolte ou une petite façon d’s’en sortir les uns les autres comme ils sont capables de faire quand c’est l’printemps et qu’y a plein de douceur de l’air… “ Je pense pas à demain parc’que demain c’est loin… ” Voilà comment elle finit la chanson d’IAM et c’est sûr qu’aujourd’hui dans notre cité on se dit tous ça et que l’image qu’on a de nous-mêmes elle n’s’est pas améliorée depuis un an alors !…
      Et au fait d’image il a encore fallu que je lise par hasard vu qu’on me l’a refilé au cours d’un Salon où nos Cahiers des Diables bleus étaient sur le pont un d’ces bouquins écrits si on peut dire ça au moins mis en circulation dans c’pays qui est devenu celui de la littérature super marché super mâché pondu donc par un écrivain d’Algérie qui est pas un immigré ça non !… et pas plus un fils d’immigré ça non !… et pas plus qui a fréquenté nos banlieue d’ici sur Seine c’est visible à chaque fois que je les lis ces feuilles-là je me dis qu’ils ont le droit d’inventer d’accord c’est même leur job au fond… mais alors ils évitent de faire passer ça pour le réel genre témoignage parc’que nous vraiment leur radotage pareil celui des journaleux baveux sur la-vie-dans-les-cités-comme-j’l’ai-vécue ça nous gonfle !…
      Le sujet de son bouquin s’y en a un en fait c’est pas la cité vous vous en doutez vu que c’est jamais le sujet et que nous autres qui y vivons quand même on n’en est jamais les héros de leurs bouquins juste la cité c’est un décor et nous les figurants… vous avez remarqué ? Donc le sujet de c’livre c’est très très compliqué vous dire que je n’suis pas sûre de l’avoir compris… alors je m’avance et il semble que le sujet ça soit un truc tordu du genre : un jeune garçon se suicide parc’qu’il a découvert que son vieux qui était un brave cheikh qui vivait dans son village berbère depuis des lustres et que tout l’monde aimait bien était en fait un ancien nazi un vrai SS qui portait l’insigne des Totenkopf “ tête de mort ” rien que ça…
      En fait cet homme-là qui écrit semblerait que ça soit son obsession que les combattants pour l’Indépendance de l’Algérie et particulièrement ceux du FLN étaient des frangins des mecs de la SS ou du genre et j’ose même pas dire qu’il mettrait gentil les musulmans pratiquants dans ce sac-là mais c’est tout juste… vu qu’il nous fait un amalgame drôlement ficelé entre l’Islam et l’islamisme radical ce qui est on le sait le dada des réacs racistes et droitistes en touts genres de tous pays unissez vous pour le bien contre le mal etc etc… vas-y que j’t’embrouille tout ça pour que le gogo du bar du coin il y pige que couic et qu’il voie comme la petite mamie du block 3 tous les jeunes et pas jeunes basanés comme des dangers l’couteau sous la parka…       Alors moi qui vis dans une cité de banlieue à mi-temps depuis quatre ans qui suis née en banlieue dans le 9-3 et qui ai grandi à Auber pour ne rien vous cacher et qui vadrouille dans les cités d’la banlieue de Paris et d’ailleurs depuis pas mal de piges je voudrais dire que ce genre de baratin d’un type qui est total étranger à la banlieue on en a rien à faire pas besoin et vraiment c’est du n’import’ouiq ! Dans notre tess’ qui est pas différente des autres de la banlieue d’ici et des banlieues des autres Babylones de c’pays j’imagine y a pas “ d’Imam fhürer ” je cite… pas de “ mosquée dans les caves ” je cite… pas d’ “ habitants caporalisés par l’imam, cernés par les barbus en djellabas et bousons noirs, humiliés par les kapos qui tournent autour d’eux comme des pitbulls… ” Je cite encore et j’arrête parc’que ce type est un malade qui a besoin de fabriquer du pire pour vendre ses bouquins dégeus et comme la banlieue a le dos large vas-y ! …
      C’est drôle parc’que quand on lit comme moi un peut tout de ce qui s’écrit sur la banlieue vu que c’est mon centre d’intérêt en tant qu’écrivaine comme vous savez on remarque que cette littérature du grand délire qu’elle suscite est d’abord fondée sur de la haine à grosse lessive… des lessiveuses des machines à laver entières de haine qui bouillonne et qui se répand sur nous autres comme s’il fallait qu’on expie pour ?… J’vous laisse trouver pour quoi étant donné que moi je n’ai pas idée car les gens que j’connais et dont à l’occasion je vous raconte la vie dans ces petites chroniques ils sont tous les mêmes que ceux que je frôle bouscule fréquente ailleurs dans d’autres espaces et ils ont rien qui les dispose à être ni des moutons crétins qui suivent des chefs barbares ni des monstres prêts à trucider des p’tits enfants dans des caves sordides… Ouais c’est drôle mais nous la haine on ne l’a pas entre nous du tout ça non… si elle nous vient la haine c’est de l’extérieur avec les jugements et la morale des autres… toujours des autres…
      Dans la tess’ d’Orgemont moi j’y rentre la nuit avec mon sac et mon pognon que j’ai gagné en faisant ce week-end le Salon de la Ligue des Droits de l’Homme avec nos Cahiers des Diables bleus ou avec mon portable à la main ou avec mon pain de chez le boulanger marocain ou avec n’importe quoi et je croise des gens que je connais de vue ou que je n’connais pas et j’ai peur de personne et je vis parmi les gens que je respecte et que j’aime… Et comme j’observe les gens justement pour écrire mes petites chroniques je les vois se débrouiller comme ils peuvent avec le moins de pognon qu’ils ont de jour en jour tout comme nous autres aussi et je vois les p’tits jouer avec des jouets qu’ils fabriquent sur le macadam black vu qu’ici y a pas d’erre de jeux comme ailleurs souvent à Paris et dans des quartiers plus rupins y en a…
      Et s’il arrive des brutalités entre les gens ou des conflits ou des engueulades ou des colères terribles c’est exact comme ça se fait ailleurs partout où je vais-je vois ça… mais partout ailleurs on ne met pas en scène le lieu de vie le monde l’espace des gens pour en faire un spectacle ripou qui satisfait la petite crasseuse bien infecte voyeurie des bien chez eux et bien sur eux des littéraristes à cinquante balles qui flattent le penchant qu’ont pas mal de gugusses à suivre la piste du “ choc des civilisations ” et à faire en sorte qu’on se jette bien la haine entre nous… Moi ce qui me plaît dans notre cité d’banlieue c’est qu’on vit ensemble et qu’on se serait jamais rencontrés nous tous d’un bout à l’autre du monde si le hasard de la tess nous avait pas fait ce coup-là ! Et ça c’est de l’émerveillement tous les jours ouais… c’est avec cet émerveillement-là que j’écris…

A suivre...
Publié dans : Petites notes de lecture
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