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Ecrits d'banlieue
Comme ça m'arrive de rédiger des petites
notes de lecture qu'on me demande pour des revues, j'ai eu idée de vous faire partager celles qui touchent à ce qu'on aime dans notre blog des Cahiers des Diables bleus les écrits d'la banlieue...
Mais voilà que ça n'est pas
simple d'écrire à partir du territoire de la banlieue et de faire en même temps un récit romanesque... pour ça faut être un chouïa écrivain me semble...
pareil que quand on écrit à partir d'un autre lieu sauf que là y a une langue vraie et neuve à s'approprier...
Alors si vous avez envie de m'envoyer vos
bouquins ou ceux de vos poteaux allez-y ! C'est en s'y collant qu'on la fera notre création d'banlieue...
Vous pourrez lire ces notes de lecture dans la revue Algérie Littérature/Action animée par Marie Virolle.
Kiffer sa race
Habiba
Mahany
Ed. JC.Lattès, février 2008
“ Kiffer sa race ” : un titre heureusement provisoire ( j’ai lu les épreuves de ce
livre avant publication ) et on espère bien que l’auteur et l’éditeur l’ont laissé tomber car il est plus que temps de se poser la question de savoir quand on arrêtera de réduire la banlieue qui
n’est pas une mais des banlieues, ses formes de créations qui ne cessent pas de se multiplier de se diversifier de se singulariser, et les langues ou langages qui y surgissent et s’y transforment
à la vitesse d’un fusil mitrailleur à nébuleuses, de les réduire donc à deux ou trois mots qui sont pour les créateurs de banlieue comme un tatouage par lequel ils ont déjà bien du mal à ne pas
être désignés marqués formatés ?
Car un livre c’est avant tout
une affaire de mots de langue à inventer à bouleverser à faire advenir à travers tous les méandres vicieux de la langue écrite et immortalisée depuis longtemps dans nos manuels scolaires qui ne
bouge qu’une fois par siècle et encore parce qu’un écrivain très marginalisé ose risquer le pilori en écrivant “ autrement ”.
Et qu’attendre d’autre des jeunes écrivains issus de notre métissage subtil avec l’Afrique en
l’occurrence l’Algérie et vivant dans ces banlieues où le territoire des grandes cités et ce qu’il a généré comme imaginaires particuliers et à hautes intensités étant donné les frottements
incessants et aventureux de tant de populations d’origines de cultures de mœurs de religions de rêves différents, qu’ils aient assez de jeunesse d’insouciance et de révolte face à l’écriture pour
y jeter leur langue orale comme un pavé dans la vitrine astiquée et réastiquée par les centaines de mains des auteurs classiques connus ?
Le rapp puis le slam et toute la culture hip-hop depuis une vingtaine d’années nous ont donné des
preuves que la spontanéité de la création improvisée soutenue par une ferveur rebelle et divers sentiments d’exclusion et d’injustice flagrante semblables à ceux qui ont jadis fait naître le
blues, dans le contexte singulier des cités si dynamique et si mouvant apporte avec elle un vrai langage qu’on aurait vraiment envie de retrouver dans les livres qui viennent aussi de ce
lieu-là.
Le problème se pose pour le livre de Habiba Mahani de transmettre
cette langue orale à travers une histoire qui mêle forcément biographie car à 19 ans c’est à partir de soi et de sa famille qu’on écrit et désir d’intégration à la culture française, au plaisir
et à la jubilation de l’écriture tout en créant un récit singulier qui ne se noie pas au gré d’une “ atmosphère des cités ” ou de l’utilisation non travaillée ni filtrée par
l’arc-en-ciel poétique qui est le métier à tisser de l’écrivain de la langue qu’on entend et qu’on pratique chaque jour.
Ce mélange des termes de la langue arabe courants : “ hlam, walou, zina, aïn, hachouma,
carba, chitan, misquine, yema, chorba… ” à des mots arabes francisés : “ kif-kif, bled, casbah, toubib… ” auquel on rajoute un peu d’argot composé de verlan et autres expressions
habituelles aux cités “ blase, daron, vénère, keums, ciste-ra, keufs, zgeg, ouf, scarla, thune, relou… ” même bien touillé avec des citations ou titres extraits d’émissions télés et ou
de séries américaines panachés de mots anglais tout ça ne fait pas une langue forcément même si c’est forcément avec tout ça qu’on fait une langue…
Le thème choisi pour ce récit est simple :
Sabrina celle qui raconte est la deuxième fille après Linda l’aînée de la famille Asraoui “ Safia et Mohamed c’est mes darons, et moi, c’est Sabrina
Asraoui… ”, famille algérienne moderne puisque Safia travaille “ … elle gagne plus de thune que son ouvrier de
mari… ” et du coup l’ambiance est plutôt à la complicité entre les deux filles face au “ fils unique pourri gâté, encouragé par une mater trop
protectrice”. Adam malgré le côté détendu de la pratique religieuse familiale va donc jouer le rôle rabat-joie et attendu du petit grand frère maghrébin.
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