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Feu sur ceux qui tirent les ficelles !
Epinay, mercredi, 20 février 2008
Et pendant que maître Zao plie des papiers
Pour en faire des papillons verts des cavales
Tu es monté dans le wagon en sautillant
Comme si quelqu’un ailleurs tirait les ficelles
Sur les bancs les spectateurs sont assis
Ils ont payé l’entrée en petits sous brillants
Masques blancs baissés ils ne voient que tes pieds
Tu étales devant eux leurs cinq pétales
Nus Ils attendent que le spectacle commence
Que les projecteurs s’allument à la bonne heure
Et pendant que maître Zao découpe avec
Des ciseaux d’argent la queue des cerfs-volants
Las ils sortent du décor trop réel
De leur vie Toi tu viens frangin Pour deux fois rien
Petit bouffon black devant eux tu danses
De nulle part tu tombes météore
Deux euros deux euros pour un sandwich grec !
Tu as le rire des mangeurs de pain rassis
Ta parka pas très propre leur fait peur
Au bout de tes manches on ne voit pas tes mains
Deux euros c’est rien pour celui qui tire
Les ficelles du peuple des chalands
Triste qui attend que le train s’en aille
Toi en passant tu leur demandes du feu
Et pendant que maître Zao peint la queue d’or
De l’oiseau qui a gobé la lune en chemin
Tu as dérangé la sirène du portail
En matant par la serrure leur tirelire
Deux euros deux euros c’est un paquet de clopes
Tu leur sors sous le nez un mégot entamé
Mais ils ne fument pas et ils n’ont plus de feu
Ils ont payé ils ont payé ils ont le droit
De voyager tranquilles d’un bout à l’autre
De la vie qui est une toile d’araignée
Couleur café où s’égouttent des étoiles
Devant eux tu promènes ton feu rouge Stop !
Et l’oiseau vert malicieux de ton rire
Comme toi je rêve que le train déraille
Deux euros deux euros piaillent les apôtres
Des tireurs de ficelles vieux macs armés
De dentiers neufs C’est beaucoup ! Qu’est-ce qu’il croit ?
Et pendant que maître Zao teint en bleu gris
La laine des tapis notre océan d’ardoises
Petit bouffon black tu as bloqué les portes
De train de banlieue vite je fouille mes poches
Si le spectacle s’arrête ça va saigner
Attention ! toutes les issues sont fermées
Depuis que l’âme des chalands a mis les voiles
Couleur café trop souvent je leur ressemble
Ils voudraient bien nous voir au diable frangin
Grand comme un baobab un Africain s’approche
On est trois on est seuls et ma peau est blanche
Avec ses mains de jardinier il fait en sorte
De retirer ton corps du piège à souris
On est trois au large de grands esquifs se croisent
Et pendant que maître Zao met ses pinceaux
Dans la musette d’un jeune seigneur des rues
Tu bondis sur le quai ton corps de bouffon tremble
C’est un arbre secoué de toutes ses branches
Tu cries : tu es fort mon frère c’est bien !
Le mec au-dessus qui tire les ficelles
A perdu du terrain Réveillés en sursaut
Les chalands miaulent leur silence entendu
Et pendant que tu sautilles le long du train
Tes manches d’oiseau battant pour dire merci
Je cueille dans la toile d’araignée Tiens
Pour maître Zao quelques graines d’immortelles.
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