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Saïd et Diana

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  • : Les cahiers des diables bleus
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  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
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Texte Libre

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Image de Dominique par Louis

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Vendredi 7 mars 2008 5 07 /03 /Mars /2008 23:51

A côté de la plaque

Epinay, Dimanche, 17 février 2008

 

On est deux femmes que tout sépare

Assises à la table d’un bistrot class undefined

Ses calots gris zinc comme les toits d’ici

Sur moi Dehors le ciel aussi a des regards

De greffier souple qui s’approche

En banlieue il est bleu après cinq heures

C’est l’écran cinéma des trimeurs ordinaires

Deux femmes pour une rencontre de hasard

J’ai vingt ans Dans la rue Inconnue On se croise

Devant le manège des portes de verre

Le portier lui dit “ Madame ” elle sourit

Elle m’offre un verre le portier me toise

La fumée métal de sa clope m’efface

Le temps que je sorte de ma poche

Le carnet spirale où j’ai noté la couleur

Des murs de l’usine de Renault Billancourt
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Hier un renard sorti d’un trou m’a fait peur

La rouille Les poutrelles d’acier ferraillent

Avec une tribu de hérons A côté

J’ai noté quand même le nom du bistrot class

Je voudrais un café mais elle a commandé

Du champagne L’usine a cramé leurs jours

Les cendres de la peau des gens c’est moche

Il est cinq plombes l’heure de la pause

La fumée des clopes chasse l’odeur

De la sueur et des oignons dans les fringues

Dix minutes pour l’équipe du midi

Les herbes ont poussé partout c’est dingue

Animale la tôle a embouti le gris

De leur vie Ils boivent le café Ils causent

Sur le carnet j’écris : Ils en ont bavé
La pause est finie j’écris aussi

Qu’entrer dans ce rade où des bouffons rimaillent

A chaque table y’a un nom gravé

Dans une plaque d’acier c’est trahir ma classe

Ça fait marrer les blaireaux les choses

Vivant en nous comme le nom des ouvriers

Nos vieux qui ont lutté des p’tits trous plein les poches

On aura vite fait de les oublier

Elle demande si c’est un journal

Ses calots gris comme le zinc du comptoir

Me filent la lueur douce du soir d’ici

J’en veux pas en banlieue il est bleu

Sa lame à vif tranche nos destins louches

Les doigts des vieux usés sont remplis de sable

D’où l’océan s’est tiré en salant leurs bouches

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De mémoire dans le carnet à spirale

Je gribouille des prénoms Mohamed Lakhdar

Ali Karim Mariama Le garçon

Remplit nos verres Les miens non plus

N’ont pas de bouquin où lire leur histoire

Tintin Louis Firmin Jean Fany p’tit Raymond

Dans les ruines de l’Ile Seguin le renard

Avec deux trois SDF occupe la place

Avant la ruée des hordes immobilières

Je regarde ses calots gris je n’écris plus

On dirait une aquarelle de Matisse

Son turban ses bandeaux lisses elle a la classe
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Des femmes orientales de ma cité

Leurs calots sont noirs et leurs regards fiers

Sous les tissus joyeux leur chevelure glisse

Les peintres voyageurs crèchent dans nos murailles

Qui garderont muettes notre passé

Il faut que je me casse c’est urgent

Je lui tends la main j’ai tout renversé

Le champagne fait un ruisseau d’argent

Entre mes pieds Elle dit : on sort ?

Quand elle passe un type lui matte les fesses

Les femmes ouvrières ont le même sort

A Billancourt il ne restera pas de traces

Des milliers de corps changés en grise limaille

Ils auront été pour toujours à côté

De ceux qui vivent au soleil du présent

Sur le carnet je note son nom son adresse

Au creux de sa paume elle écrit mon prénom

On est deux femmes debout sur le trottoir

Elle dit : il faudra venir à la maison

Je crois que c’était Boulevard Montparnasse

Les ciels d’ici sont gris comme le zinc des bars

Ceux de la banlieue sont bleus dans les yeux des gens

Libre l’âme des ouvriers qui se taille

Et le carnet à spirales est bien content.

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Publié dans : P'tits poèmes diabolique
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Commentaires

c'est un plaisir de vous lire...c'est profond...

merci pour le partage
Commentaire n°1 posté par sandy le 08/03/2008 à 08h11
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