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Saïd et Diana

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  • : Les cahiers des diables bleus
  • : 19/09/2005
  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
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Image de Dominique par Louis

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Vendredi 8 février 2008 5 08 /02 /Fév /2008 23:37

                                                  La maison des autres
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      L'autobus des brousses le 154 le nôtre... vous vous souvenez ?...
 celui qui fait le trajet zig-zag depuis notre cité jusqu'à Saint-Denis l'autre bout là-bas très loin il faudra que je vous raconte... tam tam ratatatatam !... il passe chaque fois devant un vieux bistrot tout vidé tout ridé tout paumé qui s'appelle La Kabylie... enfin me semble... 
      A cet arrêt-là y'a plein de gens qui descendent et moi je regarde en l'air... Je regarde une toute petite maison au-dessus du boui-boui avec une terrasse qui voudrait bien se tirer comme moi direction ailleurs où les ciels sont du bleu indigo qui plonge sur la peau luisante blanche du sel et du sable des déserts trop fous... 
      Mais elle ne part pas la petite terrasse avec ses fenêtres ouvertes et des tapis de couleur dehors même l'hiver même s'il fait très froid elle ne part pas... comme moi... A chaque fois que je passe là en bas dans sa rue je la regarde et elle me donne la bienvenue... ouais à chaque fois... c'est comme ça chez nous... 
 
La maison des autres

C’est une maison pas comme les autres

Une maison ouverte sur l’extérieur

Un regard de fennec vert du désert

Ses carreaux dans le soleil midi se vautrent

Des bleus à sécher sur un fil de fer

Grande lessive au-dessus de la mer

Une terrasse et des géraniums en fleurs

 

Une vigne grignote le grillage

La porte qui bat d’une petite cage

Haut dans le ciel baille c’est gentil

Turquoise au large du tapis orange

Des verres à thé posés sur les losanges

Violets Un arrosoir au mur s’appuie

 

C’est une maison pas comme les autres

Une maison ouverte sur l’extérieur

Une femme sort son foulard bleu de mer

C’est une voile c’est un champ d’épeautre

Où règne un îlot d’hirondelles rieur

Une terrasse ciel une montgolfière

 

Cent petits soleils sa couronne de reine

Au fond des verres leur œil grand ouvert

Pendant qu’une courge a grimpé aux persiennes

Emeraude se noie dans leur regard vert

Une femme à la peau sucrée pain d’épices

Tranquille elle arrose des pois de senteur

Une odeur de menthe dans la rue se glisse

 

C’est une maison pas comme les autres

Une maison ouverte sur l’extérieur

Non ça n’est pas Alger ça n’est pas Marseille

C’est une rue de banlieue comme la nôtre

Où court bitume noir lézard sans soleil

En bas la porte poussée par les oiseaux

Regarde les passants qui n’entreront pas

 

Des yeux d’enfants derrière les roseaux

Qu’ils soient d’ici ou d’Alger c’est pareil

Marseille Saint-Denis Clichy-sous-Bois

Dans leur maison toujours ouverte s’effeuillent

Sur les lèvres d’une femme douceur de soie

Les mots d’une langue que nous ne parlons pas

Et qui fait à la nôtre en plein ciel sa demeure.




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Publié dans : P'tits poèmes diabolique
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