Partager l'article ! La maison...:   ...
La maison des autres
L'autobus des brousses le 154 le nôtre... vous vous souvenez ?... celui qui fait le trajet zig-zag depuis notre cité jusqu'à Saint-Denis
l'autre bout là-bas très loin il faudra que je vous raconte... tam tam ratatatatam !... il passe chaque fois devant un vieux bistrot tout vidé tout ridé tout paumé qui s'appelle La Kabylie...
enfin me semble...
A cet arrêt-là y'a plein de gens qui descendent et moi je regarde en l'air... Je regarde une toute petite maison au-dessus du boui-boui avec une terrasse qui
voudrait bien se tirer comme moi direction ailleurs où les ciels sont du bleu indigo qui plonge sur la peau luisante blanche du sel et du sable des déserts trop fous...
Mais elle ne part pas la petite terrasse avec ses fenêtres ouvertes et des tapis de couleur dehors même l'hiver même s'il fait très froid elle ne part pas... comme
moi... A chaque fois que je passe là en bas dans sa rue je la regarde et elle me donne la bienvenue... ouais à chaque fois... c'est comme ça chez nous...
La maison des autres
C’est une maison pas comme les autres
Une maison ouverte sur l’extérieur
Un regard de fennec vert du désert
Ses carreaux dans le soleil midi se vautrent
Des bleus à sécher sur un fil de fer
Grande lessive au-dessus de la mer
Une terrasse et des géraniums en fleurs
Une vigne grignote le grillage
La porte qui bat d’une petite cage
Haut dans le ciel baille c’est gentil
Turquoise au large du tapis orange
Des verres à thé posés sur les losanges
Violets Un arrosoir au mur s’appuie
C’est une maison pas comme les autres
Une maison ouverte sur l’extérieur
Une femme sort son foulard bleu de mer
C’est une voile c’est un champ d’épeautre
Où règne un îlot d’hirondelles rieur
Une terrasse ciel une montgolfière
Cent petits soleils sa couronne de reine
Au fond des verres leur œil grand ouvert
Pendant qu’une courge a grimpé aux persiennes
Emeraude se noie dans leur regard vert
Une femme à la peau sucrée pain d’épices
Tranquille elle arrose des pois de senteur
Une odeur de menthe dans la rue se glisse
C’est une maison pas comme les autres
Une maison ouverte sur l’extérieur
Non ça n’est pas Alger ça n’est pas Marseille
C’est une rue de banlieue comme la nôtre
Où court bitume noir lézard sans soleil
En bas la porte poussée par les oiseaux
Regarde les passants qui n’entreront pas
Des yeux d’enfants derrière les roseaux
Qu’ils soient d’ici ou d’Alger c’est pareil
Marseille Saint-Denis Clichy-sous-Bois
Dans leur maison toujours ouverte s’effeuillent
Sur les lèvres d’une femme douceur de soie
Les mots d’une langue que nous ne parlons pas
Et qui fait à la nôtre en plein ciel sa demeure.
Commentaires