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Lettre à Leïla Sebbar suite...
Dans presque tous tes livres dans Marguerite qui m’a touchée particulièrement tu parles des femmes des petites filles noires ou arabes des petites bonnes des servantes des nourrices des masseuses du
hammam et aussi des jeunes filles des banlieues… quel que soit leur pays leur paysage la destinée des filles des femmes toujours elle est liée à leur corps à l’image qu’elles ont et qu’elles
montrent ou qu’elles cachent de leur corps… la fascination exotique éeotique qu’elles exercent sur le regard des hommes d’ailleurs et l’attirance ou la haine du corps des autres femmes…
Sept filles le livre commence avec l’histoire de Mériéma “ la fille de la maison close ” “ …j’ai deviné la beauté et d’abord les yeux, d’un bleu violet comme les iris du jardin… ” L’Arabie des femmes c’est l’histoire des Mille et une nuits les harem les peintures de Dinet les jardins les maisons qu’on voit dans le film Le collier perdu de la colombe de Nacer Khemir et aussi dans Les silences du palais de Moufida Tadtli… Toi tu redessines l’atmosphère de l’Algérie des peintres orientalistes ce qu’on sait de la période ottomane qui nourrit nos rêves d’Orient… “ Je ne décrirai pas le jardin, il est somptueux… ” “ Mes jeunes nègres en tunique et pantalon bouffant, soir ottomane vert pistache et jaune safran, turban rouge sang… ” les couleurs chaudes lumineuses des tissus les parfums doux et épicés des fleurs “ … jasmin, rose, fleur d’oranger, géranium… ” les raffinements de la volupté et du plaisir de l’amour mêlés aux mots des poèmes et aux rires des femmes, tous les rites de séduction de l’Orient fastueux mais aussi l’esclavage l’enfermement et les interdits liés encore toujours au corps des femmes…
La première histoire celle de Mériéma au corps sauvage qui rêve d’“ Isabelle-Si Mahmoud ”, qui se sauve de la maison pour rejoindre peut-être l’officier français son corps pris en photo exhibé dans les vitrines d’une ville d’Algérie c’est celle des filles rebelles qui refusent la destinée des femmes derrière les murs de la maison…
Les maisons arabes… combien elles ont fait courir notre imagination d’occidentaux… on en imagine de toutes sortes… des plus riches demeures où les fontaines ruissellent au milieu des mosaïques dans les cours intérieures pleines de bougainvillées de jasmins d’orangers et de citronniers aux simples maisons kabyles dont les murs chaulés sont décorés par les mains des femmes de motifs peints avec des terres ocres et vertes, celles des quartiers populaires de Marrakech de Djerba de la kasbah d’Alger et leurs terrasses si blanches accrochées aux ciels qui virent à l’indigo à force de lumière ou bien les habitations en argile rouge des ksour entourées de palmiers… ces maisons dont on ne sait plus si on doit en parler comme d’un lieu de refuge de douceur et de protection ou comme de subtiles prisons…
Le premier texte de ce livre, l’histoire de Mériéma se passe à Alger et ton écriture prend elle aussi des parfums des couleurs des sonorités de l’Arabie comme je l’ai ressenti dans Les femmes au bain… Le rythme des phrases est plus lent, je dirais langoureux… des phrases longues qu’on lit avec le rythme des poèmes des mélopées accompagnées au mandole… tu mêles le récit à la poésie :
“ Sa salive, je l’ai goûtée,
C’est le sucre des raisins secs,
Ou le miel des abeilles… ”
Leïla Sebbar Jean Pélégri et moi à
la Maison des Ecrivains Janvier 2001
Il y a une jouissance des mots, un plaisir sensuel gourmant des mots comme des fruits sucrés… “ Le brasero parfumé au gingembre, à la cannelle, au bois de santal ou à la myrrhe… ” “ Pas de sucreries dans les chambres, des sorbets légers lorsqu’il fait chaud, violette, orange, rose, abricot… ” “ Des yeux verts, le vert moiré du scarabée, une chevelure fauve bouclée jusqu’à la cuisse…”
Et puis à travers chacun des récits où le corps des filles des femmes s’écrit se dessine prend sa course s’image se photographie on arrive à la dernière histoire du livre celle de Nadia “ La fille en prison ” dans la ville de l’autre côté Paris Nadia est une fille des cités… le lien tissé avec ses couleurs ocres jaunes et ivoire comme sur les vieux métiers à tisser entre les femmes des maisons d’Orient et les filles des cités de banlieue… Nadia est en prison elle a volé un peu pas grand-chose ça n’est rien on va la racheter… “ dès qu’elle sort, ils quittent la cité, un cousin est passé, il l’attend, il lui pardonne, elle fera un beau mariage… ”
De la maison close d’Alger de la prison de Paris Mériéma et Nadia s’évadent s’échappent s’envolent en rêve d’abord et puis pour de bon on le croit on le sait dès les premiers mots de l’histoire comme dans Les femmes au bain la Bien-aimée est séquestrée dans la cellule d’une confrérie au désert et l’Etranger de sang enfermé dans sa cellule emprisonné coupable d’un amour fou comme celui de Majnoun Leïla ils s’évaderont ils se rejoindront c’est écrit dans l’histoire… c’est écrit dans les livres…
A suivre...
Tu sais, je suis pour l'instant dans une autre lecture qui me parle beaucoup... de Marie Dô : Qu'importe la lune quand on a les étoiles... je t'en reparlerai, dès que possible dans la bibliothèque.
Là, il y a d'autres livres que je dois lire. Les mots qui m'attirent comme dans une conversation dont on n'a entendue que des bribes et qu'on voudrait connaître en entier...
Je reviendrai.