Partager l'article ! Mili artiste peintre: &nb ...
Entretien avec Mili Presmann
peintre
Suite...
Mili à son atelier de La Forge de Belleville
MP : Et puis j’ai dessiné la valise ouverte avec ces personnages qui sont en l’air, et
pour moi ça parlait des souvenirs, de tout ce qu’on emmène dans une valise, les lettres surtout… Mes valises, celles que tu vois là dans l’atelier ce sont des valises anciennes, et avec mes
origines juives, ça signifie aussi des choses… Moi j’ai adoré mes grands-parents qui étaient des gens extraordinaires qui m’ont toujours aidée, et ils me racontaient leur enfance en Russie, et ça
aussi ça fait partie de mon histoire de valise et de souvenirs.
Peut-être que grâce à cela tu te sens un peu chez toi partout, un sentiment qui dépasse celui de l’exil ?
M P : C’est vrai qu’à Louxor où je vis avec des Musulmans, je me sens comme chez moi. On a la même façon de manger et de faire plein de choses quotidiennes, peut-être parce qu’on est des Orientaux ? Moi je suis originaire d’une famille d’intellectuels où les études étaient très importantes, et mon ami lui ne sait pas lire ni écrire. Et pourtant nous avons énormément de choses en commun. L’essentiel, je crois c’est le spirituel. Dieu, le mien, c’est comme un compagnon pour moi. Et le sens de ma vie c’est ma peinture et le côté social, les liens humains avec les gens. Dès que je m’éloigne de ça, ça ne va pas. Je crois qu’on m’a donné un don et que je dois le partager en faisant ressentir aux gens ce qui est aussi présent dans leur vie à eux. Ce qui les touche quand ils regardent mes toiles crée des liens entre eux et moi. Ici il y a des personnes qui reviennent chaque année lorsqu’il y a les portes ouvertes voir mes tableaux. Ma peinture c’est une façon de communiquer et de donner. Et puis je me dis que j’ai un contrat avec Dieu, s’il me permet de vendre beaucoup de tableaux, alors je peux aider des amis en Egypte ou ailleurs à réaliser des projets de leur côté, et ça fait une chaîne. Ça crée une sorte de solidarité…
Et comment es-tu passée de la céramique à la peinture lorsque tu es arrivée à Paris ?
M P : J’ai fait à Paris l’école des Arts Appliqués en céramique, mais quand j’ai eu fini je n’avais pas d’argent pour m’installer. Et tous mes amis qui faisaient de la céramique se sont installés à la campagne. Je suis donc rentrée à la Fac en arts plastiques et j’ai rencontré un professeur, James Durand, qui travaillait la photocopie. Ça s’appelait Copy Art, et c’est là où j’ai appris la photocopie. Tu sais que mon travail c’est à partir de photos, ensuite je déforme l’image avec la photocopieuse, et puis je peins. Et je trouve que le travail que je fais aujourd’hui est un ensemble de tout ce que j’ai fait jusqu’à maintenant. La composition de l’espace dans mes peintures rappelle mes quatre ans d’architecture, la matière c’est le temps que j’ai passé à travailler la terre, et les gens que tu vois dans mes tableaux sont ceux que j’ai rencontrés et qui acceptent de poser pour moi.
Tu prends les gens en photo ?
M P : Je les prends en photo. Il y a une partie des gens qui posent comme je leur demande et une partie des gens que je prends dans la rue dans Paris. Le personnage à la serviette là-haut, c’est un homme d’affaires à la Défense. Et ensuite je fais mes mélanges. Mais avant je déformais beaucoup plus les images, parce que je n’aime pas trop la réalité… Maintenant je ne les déforme plus mais je mets les personnages dans des situations qui ne sont pas réelles. C’est la notion d’espace qui est un peu perdue. J’aime aussi beaucoup le cinéma et je crois que ma façon de voir les choses est assez cinématographique.
Donc après tes études à la Fac tu as réussi à avoir un atelier de peintre ?
M P : Non, j’ai toujours travaillé chez moi. Et je ne suis dans cet atelier que depuis trois ans, mais ça a beaucoup changé les choses pour ma peinture. J’ai toujours vécu dans un studio ou un deux pièces et une des deux pièces me servait d’atelier. Pour payer mes études et jusqu’à aujourd’hui je travaille dans la vente à mi-temps. J’ai fait plein de choses au départ, des tas de petits boulots… J’ai distribué des prospectus, et j’ai même planté des tulipes au métro Jasmin… J’ai fait le ménage, enfin, tout quoi. Mais à l’époque c’était facile de trouver des petits jobs à Paris. Après avoir été jeune fille au père, j’ai donné des cours de céramique à la maison des enfants de Louveciennes. Et puis on s’arrangeait, on allait s’habiller aux puces, ça n’était pas cher.
Ce lieu ici je l’ai obtenu aussi par la chance, c’est Annie Barel la personne avec qui je partage l’atelier qui me la proposé Je ne l’ai pas cherché vraiment. Il faut que j’aie une envie profonde de quelque chose et ça marche !
En fait, tu as la baraka ?
M P : Oui, c’est la baraka… Et puis la peinture ça sauve parce que tu peux dire les choses. Nous les artistes on est
sensibles à ce qui se passe à l’extérieur… les problèmes dans la rue, les clochards, les soucis qu’ont mes amis… Tu veux résoudre les problèmes de tout le monde et tu prends ça sur toi. C’est
beaucoup trop lourd ! Mais de pouvoir le sortir quand tu peins ça t’aide beaucoup. Le poids s’en va.
Avec Milli dans son atelier en
2002 Les photos sont de Jacques Du Mont
A suivre...
Commentaires