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Saïd et Diana

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  • : Les cahiers des diables bleus
  • : 19/09/2005
  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
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Image de Dominique par Louis

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Samedi 7 janvier 2006 6 07 /01 /Jan /2006 01:01


                               A Ziad et Bouna

    C’était Novembre par le monde…

      Il avait neigé très fort ce jour-là pendant que la nuit laissait tomber ses vieilles nippes sur nous. Il avait neigé très fort dans les rues de la cité nègre que les habitants de la grande ville à quelques pas appelaient comme ça vu que ses murs étaient recouverts de lave noire.

      C’était Novembre de par le monde…

      Il avait neigé très fort et les flocons semblaient écraser ce qu’ils touchaient en formant une armure pâle qui rendait la cité encore plus étrangère. On s’était habitués à sa peau noire et à ses scarifications plus claires à l’embouchure des halls mais tout ce qui aurait pu la faire changer de visage était une imposture.
      On avait réunis là il y a quelques années misères alors que les blocks les plus proches du cœur du volcan où la première tour avait été figée dans sa lave d’ombre quarante ans plus tôt tendaient à se vider d’une coulée de sang qui séchait aussitôt sur l’herbe des terrains vagues des Africains venus du Mali du Sénégal de la Côte d’Ivoire… Des hommes jeunes aux torses de guerriers et aux paumes de géants que les employés des services de l’immigration avaient été chercher dans les villages là-bas… ailleurs… Les villages aux éléphants sacrés dont la peau ridée de griffures légères dessinant des paysages inconnus était d’un gris fragile quasi blanc.
      On racontait que ces êtres-là ne connaissaient ni la maladie ni la vieillesse et si peu la mort…

      C’était Novembre par le monde…

      Il avait neigé très fort ce jour-là et on ne savait comment à l’intérieur de la cité nègre où les gamins blacks avaient commencé à construire leurs poings nus dans la neige qui givrait sur eux ses étoiles d’argent calcinées des pistes de glisse qui formaient à la tombée des vêtements de la nuit sur nous de longs zigzags où miroitaient les lueurs fugaces et roses des réverbères… on ne savait comment faire avec tout ce glacis blanc qu’on n’avait pas invité.

      Il semblait vouloir effacer la couleur noire de la lave sans laquelle aucun de ceux qui vivaient dans le ghetto de la cité nègre ne se sentait chez lui. Et surtout les anciens qu’on avait rassemblés ici bien longtemps avant et qui n’avaient jamais eu d’autre demeure que la lave du volcan et ses étroits cratères où brillaient secrètement de minuscules lagons turquoise connus d’eux seuls.
      Il avait neigé très fort et les flocons étaient aussi énormes que les noctuelles tournant autour des feux dans les villages d’Afrique qui donnaient de la joie et qui protégeaient les âmes de la nuit de la mort aux yeux couleur du fleuve. Leurs ailes se couvraient de cendres claires et presque blanches. Elles se posaient lourdement sur nous.
      Il avait neigé très fort et aucun des employés aux services de l’immigration qui avaient conçu la cité nègre comme un ghetto où les êtres jeunes au corps de guerriers capables de courir durant des heures le long des pistes rouge cinabre et sang qu’ils avaient été chercher rentraient chaque soir derrière les grillages ne soupçonnait ce qui était en train de se passer. 

C’était le printemps encore une fois de par le monde…

      Lorsqu’ils étaient partis vers certains pays au cœur d’Africa propices à leurs projets qui ne tenaient plus à nourrir leurs usines de masques blancs des mains des populations venues de loin auxquelles ils promettaient fortune et chevilles cerclées d’or mais à fournir à leur peuple blanc vieillissant une énergie nouvelle grâce à ces corps de jeunes hommes noirs nerveux souples et rapides comme l’antilope dans l’herbe craquante dont seule le liberté guide la course magnifique… lorsqu’ils étaient partis vers certains pays d’Africa les employés des services de l’immigration ne s’étaient pas approchées des villes surpeuplées.
      Ces villes où ce qu’ils connaissaient déjà chez eux des années misères avait commencé à ronger les populations d’ici et à planter ses dents dans leur chair tel le seigneur crocodile.

      C’était le printemps encore une fois de par le monde…

      Non… ils ne s’étaient pas approchés des villes que les Blancs avaient toutes construites ici avec la lave noire du volcan… Il étaient allés aussitôt après quelques renseignements traverser les grandes étendues de savane encore sauvage aux courts taillis frémissants d’appels et les espaces recouverts d’arbres géants au bord des fleuves jusqu’à de grands marigots que les villages entouraient au bord des pistes d’un collier roux et blanc sur lesquels l’éléphant sacré à la peu griffée de paysages d’un gris fragile quasi blanc veillait de loin.
      Ils avaient eu connaissance par les vieux Blancs du temps des colonies de la mystérieuse vigueur des populations noires au cœur brûlant d’Africa dont la beauté des corps hommes et femmes confondus sous la lumière crue quasi blanche égalait la finesse des gestes dans la danse et l’élan prodigieux dans la course ainsi que les dons incroyables pour les rythmes des tam-tams et de tous les instruments les plus insensés.
      Ils avaient aussi entendu parler de la bouche des conteurs et de leur langue trouée d’une perle de lune et des ongles des femmes broyant les pigments de terre pour peindre les maisons d’argile pâle…
Ils savaient les rêves de ces êtres solitaires qui vibraient ensemble au cœur d’Africa sous les poings nus de sueur et d’espoir des musiciens qui affrontaient la grande déesse mort aux yeux couleur du fleuve car la ie ici c’est pas gagné…
      Mais tout ça ne les intéressait pas sauf ce que les jeunes qui remportaient les trophées dérisoires et pesant d’or dans les stades d’Africa appelaient entre eux : vitale présence… et qu’ils étaient venus chercher avec la même obstination que les anciens Blancs en leur temps de la canne et du coton.
      Oui… ce qu’ils étaient venus chercher les employés des services de l’immigration c’était tout simplement l’âme fière et sauvage et le cœur libre des guerriers amants d’Africa qui donnaient aux pieds des hommes et des femmes cerclés d’un petit soleil d’or la légèreté et la vitesse dans la course des vents chauds sur la savane incendiée dont l’éléphant sacré à la peau griffée de paysages d’un gris fragile quasi blanc connaissait seul l’essence et la démesure. 

 C’était le printemps encore une fois de par le monde…

Par Dominique Le Boucher - Publié dans : Banlieues
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Commentaires

Et voilà un petit quelque chose peut-être pour tes écrits. tes phrases sont toujours des peitures. Quand je te lis, je vois une toile et quand je lis tout, je suis devant une exposition de phases qui ne sont que des toile pleines de vie. Les personnes comme toi sont les rayons de soleil pour d'autres. Merci !


Jacques

Commentaire n°1 posté par Du Mont le 07/01/2006 à 23h49
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