| Juillet 2010 | ||||||||||
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C’est Louis qui l’a trouvée pour finir alors qu’on marchait là depuis deux heures pas moins et qu’il y avait plus qu’un petit recoin où on n’avait pas cherché et qu’on se disait qu’on avait dû se tromper… que c’était pas là… y’avait un autre cimetière au large de la ville du côté des bois…
C’est Louis qui l’a trouvée sur le bord de la grande allée tout près de la porte grise par où on était entrés comme si Céline malicieux et goguenard devant les deux mômes de banlieue égarés avec des cailloux au fond de leurs poches avait voulu nous faire une bonne farce parce que c’était dans son caractère.
C’est Louis qui l’a trouvée et c’était normal vu que Louis a le regard simple tout le temps proche du cœur et que Céline aussi il l’avait. Tous les deux ils étaient en bonne entente évidemment.
C’est Louis qui l’a trouvée la grande embarcation et toutes ses voiles déployées dans les élans fous du vent qui montait de la Seine et d’Océan. Dessus y avait juste écrit « Louis-Ferdinand Céline Docteur Destouches » et puis les dates et puis c’est tout. Oui… c’est tout… vous comprenez ?
On s’est pris la main l’ami Louis et moi et on s’est serrés très fort l’un contre l’autre à cause de la tendresse et le soleil maintenant était de la fête comme un bon camarade…
On a attendu un peu que nos cœurs reprennent le rythme du temps et on a posé nos cailloux d’océan vu qu’on savait bien en faisant ce geste que Céline il n’avait pas besoin qu’on lui explique. Les Celtes avec leur manie des pierres dressées ils ont coutume de déposer des galets sur les tombes des gens qu’ils aiment pour dire : « tu es vivant »…
Alors Céline le Breton il serait drôlement heureux de voir que l’océan l’avait pas oublié et que c’étaient deux mômes de la banlieue Nord… très Nord… qui lui passaient le message.
C’était un beau jour d’été… Quand on est ressortis du cimetière suspendu aux nuages silencieux sous notre carapace de rêves on n’a pas regardé le chemin qu’on prenait et on s’est embarqués machinal dans la pente où on a roulé déboulé chamboulé direction la Seine en tournant virevoltant vu que c’était un drôle de tourbillon la route où on s’était embringués par mégarde.
Et c’est comme ça qu’en se tenant très fort la main et en se perdant un peu l’ami Louis et moi on s’est arrêtés soudain à la hauteur d’un petit sentier qui partait sur la droite d’où un gros chien noir poilu et hurlant nous est venu dessus.
On a pas eu de suite le temps d’avoir peur pris par la course de nos pieds sur Macadam city blues boum ! boum ! ratata boum ! et par l’étonnement de voir rappliquer à quelques mètres derrière l’animal qui nous reniflait de partout et nous tournait bourrique d’un sens et de l’autre un petit bonhomme au pantalon rafistolé par des ficelles qui lui servaient de ceinture son gilet trop grand et gris pelé lui pendant sur les mains et qui tenait une bouteille de vin et des verres en essayant de suivre le chien terrible sans casser le fourbi.
- Agar ! Agar !… ici Agar !… il a crié en plein essoufflement au moment où il nous déboulait boitillant et grognant avec le drelin-drelin des verres qui faisaient une musique d’enfer.
Il avait de longs cheveux rouquins qui pendouillaient le long de son cou et son visage couvert de barbe très grise luttait contre les mèches qui ne pouvaient rien vis-à-vis d’un regard au lavis bleu excessif et doux.
- Hé les p’tits !… vous v’nez… on va s’boire un coup sur la péniche de mon pote La Vigue… la rouge avec les grandes bâches noires qui planquent le trésor…
D’un geste souple du poignet et pas vieillard pour deux sous il a relevé les manches du gilet et on a vu que ses mains étaient fines et belles et ses doigts très longs à peine tâchés d’encre au bord des ongles.
Il a eu un petit rire entendu et il a saisi le fourbi des verres et de la bouteille dans un bras et de l’autre il a passé son coude sous celui de Louis pour s’appuyer vu que ça descendait raide.
- Allez Agar ! en route chien du diable !…
C’était un très beau jour d’été…
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