Jeudi 1 décembre 2005
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Jeudi, 1er décembre 2005
Et comme on n'est jamais mieux servi que par soi-même voici un tout petit extrait du commentaire que nous a envoyé aujourd'hui une amie qui est abonnée à la newsletter de notre blog...
"J'ai beaucoup apprécié ton dernier article sur le blog -Mes Algéries de L. Sebbar- mais vraiment c'est impossible de mettre un commentaire (Assia Djebar, reçue sous la Coupole le méritait bien !) Tu devrais vérifier car c'est peut-être la raison pour laquelle tu n'as pas de "retours"
Il s'agit de Dominique Godfard qui est également écrivaine et dont le blog "deslivreset moi.over-blog.fr" est à voir à tout prix.
Dialogue avec l’écrivain algérien Mounsi
Suite
Ces mots ont été écrits il y a presque dix ans pour parler de ce dont déjà on ne parlait pas. L’arrivée des immigrés à partir des années 60 venus dans les bidonvilles de la région parisienne pour travailler dans les usines et de ceux qui sont aujourd’hui leurs enfants.
Après ce qui vient de se passer dans les cités de banlieues, l’histoire de Mounsi est plus que jamais l’illustration de ce qu’ont vécu ces gens et l’exemple de ce qu’ils nous ont donné. Une histoire qui raconte la vie dans cet univers de banlieue autrement et qui dit aussi combien les jeunes des cités peuvent être fiers de leur passé et de leurs parents.
Ce texte a été publié dans la revue Algérie Littérature Action en Novembre 1996.
Mounsi est né en Kabylie. Il est venu très jeune en France avec son père. Après une adolescence difficile dans le bidonville de la Cité des Marguerites à Nanterre, il fait la rencontre de la littérature par François Villon à la maison de redressement. Auteur-compositeur de chansons, il est également l’auteur de La Noce des Fous aux Ed. Stock, 1990, La Cendre des Villes aux Ed. Stock en 1993, Territoire d’outre-ville aux Ed. Stock en 1995.
Mais avant de trouver la trace de lui-même dans l’écriture Mounsi va devoir survivre à la malédiction, à la parole qui ne cesse de lui prédire comme un oracle qu’il finira mal, et en même temps à sa propre dislocation, cette sensation d’iréalité que traduit le « Je est un autre » de Rimbaud.
« J’étais dans la vie comme dans une sale histoire, témoin d’un meurtre dont j’étais l’assassin et l’assassiné. » (…)
« J’ai sans cesse eu une forme d’hésitation sur moi-même, un doute extrême qui me poussait à me demander, lorsque je rencontrais mon reflet dans le miroir, si je n’étais pas une illusion d’optique. Pouvez-vous m’assurer qu’une telle personne me ressemblant ait existé ? »
(La Noce des Fous)
Mounsi : Il y a des moments où on a des formes de distanciation avec soi, on a l’impression d’être là et en même temps d’être absent. Ce sont des sensations du trouble d’exister, qui correspondent peut-être à une façon de se protéger en s’extrayant du réel le plus dur. Tout être vit sur deux pôles, on est une fragmentation entre le bien et le mal, le réel et l’irréel, à la frontière de deux choses, profondément et véritablement. La force, le combat est d’essayer de réunir les deux et de faire un choix décisif pour soi.
On est une sorte de double venu d’un homme et d’une femme. On peut ressentir cela plus ou moins profondément. Tous ceux qui ont le sens de la vie ont presque besoin de se toucher pour savoir qu’ils existent tellement ils n’ont pas l’impression d’exister vraiment. Tout grand vivant est pris par ces moments troubles où on ne distingue même plus ses traits dans le miroir.
La vie stridente, elle s’exerce précisément à travers la procédure du Phoenix qui est de mourir à soi-même pour accéder à la renaissance et ces multiples morts, pour Mounsi passeront par toutes les formes du chaos humain et de la démesure qu’il pourra rejoindre. La folie enracinée en nous, cette vrille de feu est incarnée par Nadjim le héros de La Cendre des Villes, qui finira par éclater en un tourbillon de flammes.
« Qu’il y eût en tout être, et en lui d’abord, une folie, il en était assuré depuis longtemps. Cette furieuse impulsion pouvait prendre toutes les formes, un infini de possibles, ainsi que la lumière. » (La Cendre des Villes)
Mounsi : La folie est justement de ne plus savoir quelle est la part jouée de sa vie et quelle est la part réelle. La part composée des gens, la part véritable, l’existence entière, la vie et la mort semblent fausses. Tout paraît faux et en même temps tout paraît vrai. Les choses bougent et on a la sensation comme dans un spectacle que le voleur joue au voleur, le policier joue au policier, comme dans les jeux d’enfants. Mais pourtant il s’agit de la vie des uns et des autres, du frottement du réel et de l’irréel.
Les personnages de Mounsi vont frôler les différentes formes d’errance intime des êtres dans la marginalité. La prostitution qui les mène à l’effarement et à la violence, la drogue dans laquelle ils déchargent leur impossible rapport aux autres, l’homosexualité qui amène ces êtres troubles à échouer dans une aube crasseuse sur le rebord d’eux-mêmes.
Peu à peu Tarik, le héros de La Noce des Fous traversera toutes les peaux de ces mondes étranges peuplés de fantômes et de femmes somptueuses qu’il se plaira à souiller, tout en admirant secrètement leur aisance clinquante et vide. Il ira jusqu’au bout de sa honte et de sa peur et ne laissera plus de lui qu’un souffle léger comme un tourbillon de cendres.
« Nous avons croisé tant d’ombres, tant de visages confondus avec d’autres oubliés depuis longtemps, à moins qu’ils n’aient jamais existe. Mais toute rencontre se révéla plus tard dans son évidence. Chacun à sa manière nous jeta dans cet excès de vivre. » (La Noce des Fous)
Mounsi : Il faut avoir tout le temps à l’esprit l’intensité de vivre car tout nous pousse à réduire notre part de vie, à solder une part de nous. Il faut essayer de résister à ces soldes et tenter de rejoindre ses rêves de l’enfance, essayer de les vivre, prendre ce risque. Survivre quand on vient de certains lieux, d’une certaine enfance, d’une certaine réalité, c’est un miracle. On croyait mourir à vingt ans parce qu’on a pris tous les risques et on essaie d’accomplir sa vie en ne reniant pas l’essentiel de soi.
A suivre...
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