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Saïd et Diana

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Présentation

  • : Les cahiers des diables bleus
  • : 19/09/2005
  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
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Texte Libre

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Mardi 29 novembre 2005 2 29 /11 /Nov /2005 01:24
Une fille qui écrit sans papier suite
Une paire de baskets rouges
             Gare du Nord vous connaissez ?
 
      … Je voudrais vous entretenir ici de cette histoire dont le museau grogne en soufflant avec des vibrations de partout comme une grosse locomotive…
 
      Gare du Nord Vous connaissez ?
 
      C’est juste après avoir rencontré Marion et le chien Sentinelle sous la verrière de la Gare du Nord qui crachotait sa lumière bleu-mauve la nuit sur nous pendant que les vigiles blacks au visage bleu-noir avec leurs chiens noir-noir d’ennui nous regardaient comme si on venait de braquer le distributeur de petites pièces de monnaie que j’ai commencé à rêver du sable dans ma baignoire faïencée blanc quand j’écrivais après les dernières heures du jour encore un peu rouge.
      Imaginez une grande quantité de sable se déversant la nuit entre les hautes tours où s’entassent les populations de fourmis desquelles on attend rien d’autre que la fluorescence indigo des lampes qui divaguent autant que des buveurs d’alcool figés aux tables des bistrots… Imaginez…
      Imaginez ce sable tout autour de la baignoire qui resplendissait et peut-être aussi dedans un peu alors que déjà il me semblait que j’avais dû à plusieurs reprises empêcher de grands troupeaux d’éléphants blancs de venir y prendre des bains gigantesques à l’aube à l’instant où le sommeil qui pesait sur moi en dansant de ses pieds d’arbre me séparait de l’écriture du papier et de mes stylos…
      Imaginez ce sable d’un ocre doux et ses reflets turquoise où je m’enfonçais… les talons d’abord à peine et c’était frais comme la neige et puis un peu plus haut que les chevilles alors j’avais bien du mal à marcher…
 
      Gare du Nord vous connaissez ?
 
      Je vous disais que j’avais bien du mal à marcher et pourtant je savais que quelque part de l’autre côté des portes vitrées de la Gare du Nord où les trains comme des jouets à l’intérieur d’une vitrine semblaient attendre qu’on les prenne dans la main… je savais que Marion bien plus loin que le dernier wagon les pieds glissant sur le rebord givré bleu des rails s’enfonçait au creux de l’épaisseur de neige carbonique incrustée de coquillages coupants des bombes de peinture au fond de sa musette.
 
      Elle s’enfonçait Marion ses vêtements trop légers sur le dos… sa chemise velours fine de chez Emmaüs et la veste treillis des surplus par-dessus avec heureusement le rembourrage capok à l’intérieur et la capuche mais quand même…
      Elle s’enfonçait Marion dans la neige carbonique de la nuit aux étoiles paillettes orange et or sombre et ses pieds couraient sans peser du tout grâce aux baskets rouges que j’avais apportées pour elle y a peu pour pas qu’elle se fasse prendre par les vigiles blacks au visage bleu-noir avec leurs chiens noir-noir d’ennui que les types armés de flingues et de matraques lançaient à la poursuite des gamins qui taggaient les murs de papier des entrepôts maussades.
      Elle s’enfonçait Marion sa frimousse au rire de lin bleu sous de grandes rasades de neige carbonique qui déshabillaient la ville de leurs pans de brume bleuâtre et ces deux mots qu’elle aimait elle les taggait sur les briques plâtrières au dos couleur de terre et d’ocre des gigantesques animaux d’Afrique.
 
      Gare du Nord Vous connaissez ?
 
      Comme attirée par le sortilège de trop vastes étendues de lin bleu qui n’tenaient ni entre les palissades rouille et griffures de mes terrains vagues de mémoire ni entre les murailles gris béton de la cité que je rejoignais après mes heures d’entretien avec des gens qui croyaient écrire sentant sur ma peau frissonner claquer les voiles du retour à un port familier et solidaire de mes sauvageries j’étais revenue plusieurs fois avant le dernier train de nuit me frotter aux odeurs amères de la Gare du Nord vous comprenez ?
      Urine d’hommes ou de rats qui sait… café refroidi et vieux marc stagnant au fond des sacs poubelles bleus pleins à ras bord… grésil et produits nettoyant verglaçant les dalles plastiques mouillées léchées brossées dépossédées de la chaleur moite de mégot rose encore fumant des braseros aux mains multiples…
      Deux fois… trois fois peut-être… et toujours le regard de lin bleu de Marion qui me faisait traverser la grande halle de verre avec lenteur… pfuitt… pfuitt… et fouiner dans ses recoins l’espoir au fond des tripes de la voix du chien Sentinelle qui m’ferait la fête bondissant chien à ressort qu’il était de dessous la couverture orange aux losange vert pomme qu’il gardait sacrément et tout le fourbi aussi… hop ! hop !
      Deux fois… trois fois vous comprenez ?
 
 
      Presque jamais je les trouvais Marion et le chien Sentinelle vu que Marion avait écouté l’idée mauvaise que j’avais eue d’lui dire d’écrire son histoire partout… et que les bombes ça giclait comme ça pour rien… et qu’elle l’avait fait le long des rails gris-bleu où s’envolaient les trains de nuit… alors les vigiles blacks au visage bleu-noir avec leurs chiens noir-noir d’ennui la laissaient plus tranquille.
 
      Neige carbonique… vous comprenez ? A moi aussi ils me parlaient ces deux mots-là… Tout effacer et puis recommencer autrement…
Ce que je m’disais en traînant mes pieds lourds de sable dans cet espace de la Gare du Nord juste au moment où le cœur de la nuit en faisait un désert ocre jaune sous l’éclatement violet de la verrière c’était que c’que j’avais conseillé à Marion comme si j’pouvais mettre des milliers de grains de sel magique dans sa vie c’était c’que moi j’avais pas fait lorsqu’on m’avait virée de l’Ecole des Beaux-Arts…
       Ouais… moi j’étais partie avec de la rage outremer et émeraude plein ma musette et j’avais voulu à tout prix vivre ailleurs que dans c’monde-là…
      Ouais… je m’en étais tirée des études de la famille de l’avenir qui l’allure qu’on sait et qu’j’en voulais pas de cet av’nir-là non plus vous comprenez ?
      Si j’avais su alors qu’c’était possible… prendre des bombes aérosol et couvrir les murs gris béton laideur et ennui d’la vie de couleurs et de mots com’ des oiseaux… Si j’l’avais su ouais… ça aurait tout changé sûr’ment…
      Ouais… si j’avais su hop ! hop !…
 
      Et en attendant Marion elle était nulle part et moi ça faisait bien trois fois ce soir-là que je traversais le hall où le sable me rendait la marche de plus en plus difficile avec la lueur rouge de la savane au loin qui flambait dans la nuit et la course des troupeaux d’éléphants blancs pour arriver au bord des lagons avant l’aube.
      Non… elle était nulle part Marion… pourtant il fallait absolument que je la trouve à cause de la paire de baskets rouges que j’avais achetée à son intention. Hop ! Hop ! vous comprenez ?
       Fallait que je la trouve Marion… car comme ça elle pourrait échapper à la clique de celles et de ceux qui la poursuivait depuis toujours et qu’elle larguait d’une pirouette leur laissant rien que son rire pailleté bleu comme une traînée de neige carbonique… Hop ! Hop !
 
      Gare du Nord vous connaissez ?
 
Par Dominique Le Boucher - Publié dans : Murs de papier
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