Vendredi 18 novembre 2005
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Voici le début d'un texte commencé il y a... quelques années... mi poétique mi fou et encore s'il en reste... mi conte d'Afrique ou un peu quoi... J'espère en l'écrivant ici arriver enfin à... l'achever...
Je suis la fille de l'Ogresse
Bleu… Bleu de la mère à outrance. Comment faire pour m'en défaire? Noyer la mère dans son antre marine? Ou me jeter à corps perdu dans le ventre de l'Ogresse… parmi ses fils. Ses moitiés d'hommes.
Quelle solution à mon problème? Pas de solution… sauf déjà dans le désir de rompre… de trancher… ensemble… Toutes les filles… Nous… Sans perdre pour autant la co-naissance du ventre de la terre. Cette terre sauvage… La nôtre… Ses ordres et ses désordres… Ses déflagrations… Ses printemps…
La mère présente celle qui m'a dégluti d'elle n'est sans doute qu'une réplique de l'autre. Le première. La Grande-Mère génitrice de ce qui fait feu de tout bois féminin dans le monde. Celle qui avait dans l'idée que pour maintenir son règne d'eaux de croissance végétale d'émotions cosmiques... et surtout pour mettre hors de portée de la violence virile toujours en quête d'exhibition guerrière le secret du féminin contenu dans l'obscurité de l'outre il convenait qu'une part de l'homme soit… dévorée! Et laquelle?…
Pour nous sortir de là il nous faudra accomplir la cérémonie du désenvoûtement… La cérémonie de la séparation… Car nous sommes toujours dans le ventre de l'Ogresse… Tous… dans le fond bleu et marin de son trou… Traquer la fente lumineuse pour jaillir.
Entièrement nous. Solitairement nous. L'un et l'autre différents… et réunis à l'autre bout de nous perdu… réconciliés.
Mais avant tout ça… y'a bien du chemin pour connaître la mère ogresse et le désir qu'elle nous a griffé dedans. Juste sous le nombril… ce trou bleu-marin de notre naissance.
Pour imaginer la main du père qui nous modèlera un second nombril au cours de notre naissance-oiseau volant au dessus du passé du monde. Mais ou est la clairière de lune maîtresse des cérémonies?
Clairière de lune par le père tue. Qu’en savait-il? Qui était-il? A-t-il une nuit assisté à la cérémonie? Il n'a rien vu… rien voulu voir de l'eau des rêves retroussée dans ses lavoirs où le reliquat de la lumière a déposé tout au fond des paillettes. Et quoi d’autre que cela? Qui nous revienne.
Ça et puis… le balancement comme au gré du pas. Nous… suspendues entre les fils du lourd tissage. Et les voilures.
Nous filles de la lune et des bûchers de fleurs… Nous ne l'intéressions pas.
Nous filles des eaux entrebâillées comme des draps de noces. Nous ne l'intéressions pas.
Nous filles quêtant un seul regard pour éclater hors du tumulte de la mère et du recommencement généreux de ses marées…
Nous ne l'intéressions pas et il nous a abandonnées. Alors nous nous sommes réfugiées à l'intérieur de la colline de l'Ogresse et de tout ce qui y ressemble et nous avons continué à croître au dedans des failles… des cavités… des tunnels… des replis… des nuits… de l'
obscur et de ses mille scintillements d'étoiles brisées.
Nous n'avions droit qu'à la nuit et c'est dans la nuit que nous avons appris le cycle de notre corps et des saisons. Nous… enfants de la seule mère. Lavées de vieillissement nous avons gardé nos corps de filles.
Nos corps qui se croient libres et qui sont hantés de songes matriciels… bleu de l'outre marine jamais vidée… épongée… mise à sécher sous la langue d'un astre adolescent.
Nos corps toujours habités par la cadence du rythme berçant le ventre creux de la ruche et du tronc. Le rythme qui nous sauve du grand froid suçant nos veines.
Comment faire… et comment défaire ce qui nous a enchaînées au rituel de reproduction? Tout ce que nous avons trouvé peut-être c'est de mettre à la place celui de la production intensive et de ses emballages d’indifférence.
A la place de la Femme Brume emportant le saumon avec elle jusqu’à la mer. Comment faire pour nous débarrasser de cet enfantement… de cette plaie dans nos corps nageant à pleine ivresse.
Sinon en retournant dans la caverne des origines chercher du sens… Notre sens… et qu'il ne nous soit jamais plus interdit de le ramener à la lumière du jour et à notre soleil sanglant.
Moi… fille d’Ogresse… qu’on imagine… après cette naissance obscure dans un été éclatant d'odeurs brutales le combat corps-à-corps dans l'enceinte de la Cité contre la mémère à ordures en son tas.
Autre pondeuse d'enfants à la pelle. Décidément… Son tas qui roule mon corps dans l'angoisse du néant. Le combat pour dénicher comme une taupe bleue dans sa galerie le trou à lumière. Le combat d'un corps ouvert contre une force… un muscle de mâchefer l'ensevelissant d'un mouvement mécanique et répétitif.
Qu’on imagine… où nous sommes nés. Où on nous a pondus… chiés plutôt je crois… Une marée montante… On marchait sur quelque chose qui ressemblait de plus en plus à l’épave de la vie bourrée de marmaille au départ. On s’engluait les pieds dans le ruisseau de miel noir.
Il nous pleuvait dessus du sucre en poudre et de l’odeur. Ecœurant. Des mètres cubes de mains d’hommes en train de mijoter dans la marmite de la grosse mémère Ordure faisant son fricot entre le repli de ses cuisses. Son cul majestueux assis sur le soleil.
Toute la Cité vivait dans son ombre et tétait le miel noir rien qu’en sortant pour les commissions. Pas un ragoût qui n'ait l’odeur de son lait pourri. Tourné. Et foutrement abondant. Et on était arrivées là pour cause de modernité. Modernité goule effarante… Impossible d'en sortir sans commettre un acte d'une terrible violence…
Me voilà… Moi… en train de refaire naissance et Voix sur territoire de goudron. Mettre pied à terre… Mes parents-arbres… mes anciennes certitudes de lumière et de ciels venues d'une Afrique-cicatrice ont dû creuser longtemps avec leurs pattes griffues pour s’assurer du souvenir de terre.
Me voilà bien… Moi… Fruit occasionnel d’une saison d'enfer. Une fin de saison. Dans un temps d'outre-âge et de pluies carboniques sur mes pieds encore à vif en dessous. Car… pour s'assurer de notre fidélité à son règne maternel sans partage l'Ogresse nous a magistralement pendues par les pieds dans sa caverne. Nous… ses filles rebelles… ses sauvageonnes…
Alors cette fuite… cette échappée a été une terrible histoire… Comment vous raconter? Et puis… j’ai dû si longtemps me contenter d’appendices abdominaux. Des nageoires?
Mais… qu’on imagine… qu’il m’a poussé ici à peine sortie de l'outre de son ventre… des doigts de feuilles. Des doigts printaniers.
Alors… par l'intermédiaire de la vieille cérémonie du feu et des tam-tams dans la clairière de lune j'ai pu déchiffrer enfin l’inscription qui signifiait mon origine. Ma chute privée de toute délectation d’enfance. Ma grenade et mon chant.
Et c'est en retournant nager dans son ventre que j'ai commencé à l'écrire… son ventre d'il y a longtemps…
- Je suis la fille de l’Ogresse… l’Ogresse d’encre rouge…
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