Jeudi 17 novembre 2005
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Une écriture de pierres
Jean Pélégri
Jean Pélégri à gauche et Jean Sénac à droite
Voilà que je me rends compte aujourd’hui alors que ça fait au moins deux mois que j’écris et que j’entre des articles sur le blog, qu’il y a une personne et un monde dont je n’ai jamais parlé ici (trop douloureux sans doute et puis éloigner le passé puisque désormais il y a les Cahiers des Diables bleus…) qui ont donné une part de leur sens à mon écriture, et nourri ma créativité, et à qui je dois bien quelques mots. Jean Pélégri écrivain algérien d’origine pied-noire, et l’Algérie, la création et les créateurs d’Algérie…
Jean qui a été mon ami durant six ans avant de nous laisser face à ce monde de fous… Leïla Sebbar… Anouar Benmalek… Christiane Chaulet Achour… Jean Sénac… Jean de Maisonseul… Louis Bénisti… et tant d’autres sur les textes et les images desquels j’ai écrit durant presque dix ans des… centaines de pages publiées dans la revue de Marie Virolle autre et tellement chère amie Algérie Littérature Action.
Jean avec lequel j’ai écrit deux livres publiés également en Algérie en collaboration avec une maison d’édition algérienne Barzakh, le premier en l’année 2000 Le Scribe du caillou Jean Pélégri l’Algérien, et le second qui est un recueil des correspondances entre Jean Pélégri et Jean Sénac le grand poète pied-noir assassiné en 1973, Les deux Jean, en 2003.
Jean qui m’a ouvert la porte de son appartement dans le 14ème arrondissement, son île algérienne « El Djazaïr », le territoire de l’homme des pierres ou plutôt des cailloux qu’il était, avec au fond des yeux cet incroyable sourire bleu… tant de gentillesse… d’humanité… de sollicitude pour les êtres et la vie… tant de bonté de talent de sensibilité créatrice… Jean parti disparu mais vivant là dans ma tête mon cœur mes songes…
L’olivier l’arbre de la justice… image extraite du film Les oliviers de la justice tiré du livre du même titre publié en 1960. Le film a été tourné dans la plaine de la Mitidja et à Alger en 1962 en pleine guerre d’Algérie avec une équipe d’acteurs algériens et Européens.
Jean de l’Algérie.Pendant les six années où nous nous sommes vus régulièrement plusieurs fois pas mois, Jean et moi, nous nous sommes écrits quelques lettres qui n’avaient rien à voir avec le travail sur la mémoire algérienne que nous effectuions ensemble. Ce n’étaient pas des lettres sérieuses… des lettres d’idées ou de réflexions comme Jean a pu en envoyer à ses amis peintres et écrivains d’Algérie. Non… c’étaient des mots pour se rappeler ce sentiment d’amitié dont par pudeur on ne parlait jamais et qu’on n’évoquait même pas entre nous sauf par une boutade parfois.
C’étaient des mots pour se dire “ tu ” alors que nous nous sommes toujours vouvoyés. C’étaient des mots…
En voici quelques extraits… qu’ils vous donnent envie peut-être d’en savoir plus et de découvrir l’homme poète et écrivain et ses livres… Une biobibliographie suivra dans quelques jours…
Callian, le 24 juillet 1999
Chère Reine souveraine d’un peuple nocturne de hiboux,
Voilà, j’ai retrouvé l’ordinateur. Il était temps. Vous, au loin, et l’ordinateur en panne c’était trop.
J’avais le cafard et j’étais triste comme une pioche sans son manche.
Alors j’ai commencé de feuilleter des notes ou des ébauches de textes qui vont un peu dans tous les sens. Le problème sera de trouver un axe et aussi, peut-être, de choisir une chronologie inversée.
Sinon il me faudra interroger le peuple des hiboux.
Il me tarde de vous revoir et de trouver une ouverture pour la publication de votre essai.
Affections à vous deux.
Jean
Paris, le 7 avril 2000
Chère Do, Mi…
Ne vous diminuez pas. Les textes que vous avez écrits sont saisissants, superbes, éclatants. Parfois même trop fulgurants quand ils contraignent le lecteur à revenir sur une phrase si dense qu’il faut la relire comme un texte d’apocalypse dont le sens est caché.
Vous êtes faite pour créer – et j’espère que la longue étude que vous m’avez consacrée ne vous détournera pas de l’écriture. Bientôt cet enfant, comme vous dites, vous échappera.
Il suffit en effet de quelques jours pour qu’une parole se taise. (…)
A trop se fondre dans les autres on risque de se perdre. Il serait donc peut-être bon, Dominique, de vous consacrer à vos poèmes avant d’entamer le petit recueil sur les deux Jean ?
Ces deux Jean peuvent attendre.
Votre lettre transparente bleue m’a troublé. Ce n’est pas votre enveloppe habituelle.
Vous aussi, Dominique, vous avez pris une grande place et votre rencontre a été un beau cadeau. Un beau cadeau dans ce que vous appelez le “ chemin étrange de la vie ”.
Affectueusement
Jean
Pour celles et ceux qui aimeraient feuilleter quelques articles parus dans la presse algérienne concernant les essais que j’ai publiés sur la littérature algérienne, voici l’adresse d’un site où on peut trouver aussi d’autres écritures et écrivains travaillant sur le thème algérien : http://dzlit.free.fr
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