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Saïd et Diana

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Présentation

  • : Les cahiers des diables bleus
  • : 19/09/2005
  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
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Texte Libre

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Samedi 22 octobre 2005 6 22 /10 /Oct /2005 00:00
Samedi, 22 octobre 2005
Zone de rêves
 
      Pourquoi… que je me disais en relisant le récit que l’écrivaine historienne d’art Hayden Herrera a consacré à la peintre mexicaine Frida Khalo pourquoi cette femme dont le regard à lui seul a le pouvoir de crever la toile de fond du temps est-elle si proche si intimement liée à ma vie et à cet acharnement quotidien qui est le mien pour vivre en écriture ou peut-être en poésie ?
 
      Dire que je lui ressemble ça serait faux… Moi je suis une fille des banlieues avec Jean et Baskets… rouge rouge et sang ! Rien à voir avec sa beauté incisive et prenante… son style incroyable et pas de pacotille… sa poésie et puis ses images… son talent fou de peintre ! Non… rien à voir et pourtant j’ai passé moi aussi vingt ans de ma drôle de vie à barbouiller…
      Et puis y a mais l’engagement de l’être entier dans un idéal… dans tout ce qui fait exister une personne à travers une passion à laquelle elle finit par se confondre.
 
      Frida comme Camille Claudel rayonnait de la lumière brute sortie d’un joyau noir. Elle flamboyait. C’est à elle… c’est à Camille que j’aurais aimé poser la question à laquelle chacune répondrait sans doute par un formidable éclat de rire. Pourquoi peindre ? Pourquoi sculpter ? Quelles drôles de questions non vu qu’on ne sait faire que ça !
      Est-ce qu’elles m’auraient aidées l’une et l’autre à répondre à mon étonnement de chaque jour et la nuit surtout : et moi pourquoi j’écris… pourquoi j’ai peint durant vingt ans… pourquoi je m’acharne à créer … ?
 
            Non… pour sûr… je ne suis ni comme Frida ni comme Camille mais le joyau noir il brille quelque part dans mes arpents en contrebande de petits mots… c’est ma Zone de rêves mon terrain vague où je me tire Jeans et Baskets à nouveau libre et plus de déguisements ! Rouge rouge toujours…
 
      Et puis il y’a les titres que donnait Frida à ses peintures comme ceux de Camille à ses sculptures… Dans son Journal et lorsque la fin de son existence approchait elle en a recopié certains et c’est pour finir un véritable poème.

“ La vida callada…            La vie muette…

dàdora de mundos…           offrande de mondes…

Venados heridos              Cerfs blessés

Ropas de Tehuana            Vêtements de Tehuana

Rayos, penas, Soles          Rayons, peines, Soleils

ritmos escondidos             rythmes cachés

“ la nina Mariana ”           “ la petite Mariana ”

frutos ya muy vivos          fruits déjà très vivants

la muerte se aleja -         la mort s’éloigne –

lineas, formas. nidos         lignes, formes, nids.

las manos construyen         les mains construisent
los ojos abiertos              les yeux ouverts
loes Diegos sentidos          les Diegos sentis
làgrimas enteras             chaudes larmes
Cosmidas verdades           Vérités cosmiques
que viven sin ruidos           qui vivent sans bruit
Arbol de la Esperanza        Arbre de l'espérance
mantente firme               sois solide."
 
      Et moi je les écrits à mon tour : “ offrande de mondes… la mort s’éloigne… Arbre de l’Espérance sois solide… ” et je ressens dans ma peau le désir d’écrire… la jubilation de l’albatros incandescent… l’engagement de l’être entier dans l’acte de créer et le plaisir qu’il y trouve.
Oui… nous autres les créatrices et créateurs nous sommes des êtres de jouissance et de jubilation ! Pas à dire c’est bien ça… Nous peignons… nous écrivons… nous gravons… nous composons… comme un enfant souffle sur un feu qu’il vient d’allumer et qui le réchauffe l’émerveille l’illumine et le dépasse.
 
       Le feu… il porte en lui la petite première braise du foyer est puis au fil d’une histoire de vie ça devient un gigantesque incendie que rien n’éteindra pas même la mort.
      “ La pelona ”, ainsi que la nommait Frida, “ la chauve ” qui “ s’éloigne ” pendant que “ les mains construisent ” et devant “ les yeux ouverts ”. La pelona ne résiste pas aux “ Vérités cosmiques qui existent sans bruit ” ni aux “ fruits déjà très vivants ”. Chacune de nos créations, chacun de nos mots sont un défi que nous lui lançons à la figure.
 
        Et enfin il y a dans la vie en fragments d’azur de Frida un autobus des brousses à sa façon qui me la fait copine la petite déesse au corps poudré d’or et de sang. L’immortelle divinité du Sud idole de terre rouge modelée par la main de la nourrice végétale et ensuite… la destinée…
      Le tramway où son corps d’adolescente se rompt en un jaillissement de pépites ardentes et froides comme l’oubli du temps d’enfance lui ouvre le monde des images et des rêves avec un fracas d’enfer. En implosant toute sa chair s’incarne couleurs. Incroyable soleil elle se retrouve là où elle n’aurait jamais mis les pieds sans doute…
       Frida… la beauté de Frida… la beauté du corps de Frida peint autant de fois qu’il le fallait pour refuser la déchirure… “ la colonne brisée ” le sarcophage de plâtre et d’acier la jambe coupée. Frida… le soleil et la lune embrassés.
      Ecrire comme on jette un caillou dans une vitre. Faire voler en éclats la paroi de verre qui nous sépare de la vie.
 
Jeans et Baskets rouge rouge toujours est ma zone de rêves…
   
Par Dominique Le Boucher - Publié dans : Journal d'une fille de banlieue
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