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Encore un extrait de ce récit qui se passe dans notre Cité des Blocks périféerique des années 60-70 pour vous donner un peu plus si c'est possible envie de découvrir le bouquin entier quand il existera... bon... comptez encore six mois en gros quoi... ça ira ?
Ah oui ! j'oubliais de vous préciser qu'en vous en débalant des p'tits morceaux sur
notre blog je teste l'écriture et vu le nombre que vous êtes à venir faire un tour j'imagine que ça n'vous laisse pas indifférents... Donc si y en a parmi vous qui avez envie de me donner votre
avis sur le style que je travaille à mettre au point entre rapp et langue poétique de nos quartiers : je suis preneuse bien entendu !
La bombe d'aéro-solitude
Ecoute… écoute… je voudrais te raconter une histoire…
Avant lorsque Yahya et Yvon le camarade prenaient le chemin de l’usine tous les deux le jardin de la petite maison ouvrière c’était leur territoire. Mieux qu’un pays c’était. Yahya qui s’y connaissait avait planté des pieds de vigne le long de la clôture en bois en vue de fabriquer une tonnelle où on serait bien l’été accroupis dans l’ombre mauve et des courges pour le couscous. Yvon lui sa préoccupation en plus des bombes planquées au fond de la cave que Sinbad et la bande des taggeurs venaient chercher dans le frais de la nuit… c'était les lapins qu’il élevait ou plutôt qu’il laissait s’multiplier à l’intérieur d’un coin planté de luzerne et quadrillé de fil de fer parc’qu’il valait mieux éviter les fuites.
C’est pour la raison d'obtenir un équilibre à peu près convenable entr’ les lapins et les courges qu’Yvon le camarade il apportait régulièrement ligotés à l’intérieur d’un sac de jute des fils de la lapine Sba-nam-ba qu’il avait pris au hasard la mort dans l’âme à la Medina. Il déposait le sac devant l’escalier d’la baraque de M’mâ Zoulika peint en jaune par Sinbad et il espérait comme ça qu’un des mômes Black-café ferait s’échapper les bestioles avant le sacrifice.
Quand M’mâ Zoulika voyait sa silhouette à l’angle de la porte toujours ouverte avec l’écharpe de laine qu’elle lui avait tricotée qu’il ne quittait jamais et que l’été il se nouait autour de la tête elle installait vite fait la bouilloire sur le réchaud et elle jetait les feuilles de menthe au beau milieu de la buée rousse.
A peine il entrait il était capturé par le pelage rêche et familier du tapis aux dessins mandarine et vert où il s’asseyait alors que Naïma qui trimballait ses cinq ans dans un tourbillon de tissus bleus pailletés d’or et de perles de terre cuite rouge apportait les makrouds que chacune des filles avait fabriqués sous l’œil possessif de M’mâ Zoulika. Chacune des sept filles de cette mère Ogresse… moins Naïma qui avait encore l’droit à l’ignorance et qui était comme Sinbad un elfe du vent… et sauf Kenza la fille rebelle bien entendu…
Ecoute… écoute…
Sinbad tout l’monde le sait à l'intérieur d’la Medina et même un peu plus loin c'est lui qui sème les tags d'oiseaux et des petits personnages inquiétants sur les murs de la Cité des Blocks et parfois aussi sur ceux d'Alphabête City. Tout l’monde le sait…
Et les nuits où la lune elle ne fait plus le coup de prendre les flaques d'eau pour des miroirs et qu’au dedans il étincelle malgré ses vêtements noirs Sinbad il s'attaque aux murs des super marchés de l'autre côté du fleuve et jusqu'à ceux du commissariat.
Tout l’monde le sait à l’intérieur d’la Medina et aussi le crapaud Kee Bock que les vigiles montent la garde afin de le prendre sur le fait. Mais Sinbad est un enfant du vent que jamais on n'pourra capturer… Pas même sa mère M’mâ Zouliza… c'est pour dire…
Yvon le camarade il récupérait les bombes d'aérosol que Sinbad désignait et que Virgile l'ami de Sinbad obéissant choisissait de couleurs brutales d’après les consignes obligées vu que dans c’domaine-là y avait personne qui s'y connaissait mieux que Sinbad le taggeur d'oiseaux.
Les vigiles avaient des doutes sur la personne d'Yvon qu'ils soupçonnaient pas qu'un peu mais ils étaient réduits à l'impuissance vu qu’Yvon crèche du côté des maisons ouvrières… Du bon côté du fleuve quoi… et de plus comme il touche la retraite il a le droit de bourrer à mort sa cave de bombes de couleur qu'il entasse ensuite au fond d’la carriole des lapins les nuits aux visages couvert de cendres.
Ce qui les énervait par-dessus le marché les vigiles c'est qu'Yvon le camarade était pas le seul recéleur au grand jour des matériaux que le super marché offre à tout l’monde. Et qui servent à des fins pas correctes évidemment…
Sinbad… Sinbad…
A peine le planton au centre de sa guitoune semblable à un escargot recroquevillé s'est à moitié endormi à cause
du froid qui givre le bout des doigts d'écorchures ou de la digestion des conserves de l'ordinaire et Sinbad dépose au bas du mur la musette bourrée de bombes pour commencer à dessiner avec
l'épaisse mine grasse très noire le bonhomme aux oiseaux. Le mome
nt le
plus dangereux quand tu as les bombes c'est celui où il faut les renverser et les secouer pour qu'elles explosent d'un jet sans bavures parc’que ça fait du bruit.
Sinbad qui s'y connaît trop en oiseaux sait qu'y a des gestes à éviter à tout prix… N’jamais se mettre dans la trajectoire d’la lumière du réverbère à cause de l'ombre qui te désigne pareil la proie au chasseur. Rebondir d'un bout à l'autre du mur comme une balle et envoyer la couleur léger… léger… surtout y faut pas que ça coule… Un travail de bijoutier sur son diamant et pas question d’corriger… La honte quoi… Dix minutes ou un quart d'heure entre deux sorties d’la patrouille c'est le maximum…
A suivre...
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