Un autre extrait d'un autre récit qui n'en a pas fini et si ça vous chante...
Ecoute… écoute…
Dans le bistrot A LA LANTERNE qu’est un trou à fumée d’abord Prince il a vu un type qu’avait laissé ses yeux là‑bas enfin ce qu’il a pensé… Le vieil Arabe est debout avec le luth sur la chaise de paille maintenant… Debout comme un homme libre ou comme un oiseau. La paille elle craque le vieil Arabe il écoute… La chaise c’est son trône et le luth a pas d’autre royaume qu’un écrin de paille c’est une affaire conclue entre le vieux et lui. Le vieux parle à l’instrument dans sa langue assez bas qu’on n’puisse pas capter s’il l’engueule où s’ils ont d’la bonne amitié tout son corps tordu on dirait un nœud d’arbre tourné vers lui… Il lui cause aussi avec les mains comme on fait…
Les tables du bistrot elles sont recouvertes d’une toile cirée à carreaux bleus des couleurs du bleu qu’on peut en faire des tas si on touille bien et dessus la table du vieil Arabe y a un bol de cuivre qui boit la lumière dans son eau. Sa ville là‑bas n’y a jamais eu d’eau douce à boire… Les porteurs d’eau gardent des mains tendres comme le lait des femmes.
Quand il s’assoit Prince songe que le singe Monseigneur va l’attendre devant la porte lourde comme tous les soirs… S’il est certain qu’il reste chez une fille Monseigneur s’en ira en boitillant… Hop ! Ktop ! Hop ! Le reste d’un méchant coup de bâton du marchand de beignets qui refuse aux gosses de la zone les lambeaux de pâte qu’essorent l’huile recuite pour sûr au moins dix fois au fond du pot. Les mômes l’appellent DesClous à cause de la phrase qu’il leur sort à chaque fois qu’ils donnent l’assaut à sa boutique ambulante un camion délabré vétuste Peugeot qu’les frangins lui taggent d’une sardine rouge fluo dans la night du parking… Une sardine la nuit ça en fait et la tôle du bigorneau elle a tout d’un aquarium c’qui va d’enfer avec les relents de sardines de l’huile des beignets vous comprenez ?
‑ Des clous que j’vais vous donner moi ! Ouais des clous ! Des clous la racaille…
Boitillant… Hop ! Ktop ! Hop ! Monseigneur il gagne l’entrepôt de la savonnerie près des abattoirs… Prince a haussé les épaules. Monseigneur c’est un remord aussi léger que l’oiseau du vent… Hop !
‑ Des clous sal’té d’singe… Des clous l’macaque ! il tient toujours son bâton Des Clous pendant qu’il fourre les rondelles de pâte dans la friture qui couine frétille et chante la chanson gourmande des beignets…
Son gros béret en laine noire enfoncé ras des mirettes qui lui font quasi taupe et il s’accroche sur le pif ses loupes de miro encerclées de deux fils de fer sparadraps que les loustics ont manigancé de lui faucher vu que sans c’est sa fin… Le Peugeot c’est sa cambuse la façon qu’il l’a aménagée on peut dire que ça lui ressemble et les frangins qui ont pas loupé le rapprochement lui ont tatoué y’a deux nuits de ça un tagg qui n’lui a pas plu du tout… Pourtant là aussi ils ont mis de la couleur que de l’autre bout des blocks aux ordures on repère la guitoune à beignets du père Des Clous y a intérêt ! Ils ont tracé en grosses lettres des énormes pareilles aux affiches de pub qui poinçonnent les corridors époustouflés soufflés aux courants d’air des voix express DESCLOUS avec encore la peinture rouge fluo et de la jaune encore dessus pis une miette de bleu pétrole qui rengorge l’ensemble à mourir !
C’est trop géant quand elle arrive crachote tousse son diesel la camionnette au bas des blocks que le père DesClous a repéré pour la bonne vente… ceux où que les familles refilent aux lascars les cinquante centimes du beignet graisseux qui leur fera tout le repas du soir… On dirait le carnaval entier avec son barjot de Vaval son ventre énorme bourré de paille et de copeaux sous sa houppelande picorée par les trous d’brûlure de l’huile des beignets… A l’intérieur du bazar il a cloué vissé bricolé des étagères métal que ça soit bien laid. C’est pour son matériel de torture des rats qu’il capture et zigouille passionné entre deux louches de pâte fristouillant dans l’huile qui sent la sardine de plus en plus que la semaine se précise…
Les rats dans les soutes souterraines de la cité ils sont une tribu bien organisée solide qu’hésite pas à attaquer avec le chef d’escadron en tête de troupe dès que la night fait son dos rond par‑dessus les murailles vertige qui montent direct aussi sec que les fils des cerfs‑volants à gratouiller le ciel bleu marine… Ouais c’est sûr qu’les habitants des blocks ils ont trop la connaissance des familles de rats qui enflent déferlent plus en plus profond depuis qu’eux ils ont commencé à crécher là dans les hauteurs et que le matos pour les pendre les ébouillanter les écrabouiller enfin pour les zigouiller avec bien du raffinement dans les détails de la cruauté ça les fascine… Le père DesClous il en a étalé autour de ses bassines à friture toutes sortes et catégories de pièges à ressorts à glue à poison qu’agit recta à la seconde et même la malignité de son personnage a réussi le tour de magie d’garder les cadavres d’allure très convenable avec leurs pelages encore luisants de leurs couleurs croquignoles rouquines et feu ou d’autres races de rats des eaux quasi indigo qu’on leur voyait juste le bout des pattes roses figés en posture d’avant la mort l’épouvante quoi !
Toute une clique de mannequins rats vautrés dans le trépas qui passent à l’attaque et Hop ! d’un coup ils sont statues aussi vraies que les momies de cire du Grévin… Une réussite absolue la série des rats fossiles prête au plongeon et qui n’plongera jamais plus scotchés qu’ils sont à leur au‑delà les revenants des sous‑sols qu’attirent la troupe des mômes autant que le croustillant qui organisent des danses d’Indiens autour de la camionnette Peugeot sardinée fluo rouge… Le père DesClous lui c’est les vieux qu’il guigne pour leur refiler ses saloperies en plus des piles de beignets qui partent énormément à la fin du mois quand y a plus de tunes à gratter au fond des tiroirs…
‑ Allez‑y les gars ! y’a pas besoin d’beaucoup… deux trois p’tits grains c’est l’hémorragie subito ! Garanti ils crèvent pas d’lézard ! Ouste la racaille ! Ouste du balai !… Pas à hésiter… Des clous ! du balai ! Ouste !…
Monseigneur boitillant il gagnera l’entrepôt de la savonnerie près des abattoirs… Prince a haussé les épaules. Monseigneur c’est un remord aussi léger que l’oiseau du vent…
Les gardiens de la savonnerie ils sont devenus les protecteurs du singe Monseigneur… Presque son père. Des gardiens y en a deux… un qui fait le jour un qui fait la night et qu’ils n’ont pas tellement d’atomes c’est pas rien de le dire… D’abord celui qui fait le jour c’est Tonio et avec lui Monseigneur est dans la discrétion presque la délicatesse vu qu’il a senti qu’y a là quelqu’un de fier qui le comprend… Tonio c’est un de la terre sauvage qu’est resté proche des créatures qui n’la ramènent pas… Tonio il fait cause commune avec Monseigneur depuis qu’il l’a surpris à piocher laborieux poussant des p’tits cris moqueurs huilé des pieds jusqu’à la queue au fond du fourniment de la bassine de friture derrière le dos du marchand de beignets ce satané lascar de père DesClous que le gardien a pas dans son cœur du tout… Pour la raison que lui c’est un paysan portos du Sud… de l’Alentejo… un de ceux qui trimaient esclaves saisonnier aux orangeraies géantes alors l’odeur sucrée écoeurante il en a encore plein la peau qu’il n’peut pas se l’enlever dix ans de ça qu’y a…
Antonio c’est son blaze d’origine mais ici les poteaux qui l’ont connu quand il a débarqué gare d’Austerlitz en solo pas d’tribu ni personne
à l’écart du clan des zimmigrés portugais qu’arrêtaient pas d’arriver depuis que chez eux c’était le diktat ils l’ont surnommé de suite Tonio c’est plus gentil… Tonio lui là‑bas il était descendu des collines aussi chauves que la misère pour prendre la révolution des œillets à pleines paluches d’ouvrier agricole que pire comme labeur ça se peut pas… Les militaires ça n’lui disait rien les œillets pas trop non plus sauf que la couleur rouge il ne savait pas pourquoi ça lui plaisait et puis les deux ensemble ça donnait de l’étonnement… une surprise qu’il n’avait pas l’habitude… Drôlement qu’il en était secoué le Tonio par cette entreprise de chamboulement des gens qui sont à des hauteurs perchés au sommet des tabourets de géants plein ciel les mêmes toujours qui reluquent en ricanant les autres d’en dessous à cavaler et les autres c’étaient eux…
A suivre...
chant
de douleur… Ecoute-le...
ne que j'lui raconte l'aïeule Gargantua et son ventre dans le frigidaire pour pas
qu'il fonde l'été sous la fournaise de Biskra… les chaises jaunes et la douceur amère de Lakhdar… l'imposture du malem… Tout d'uite… tout d'suite elle va m'interrompre en me tournant le
dos direction la cuisine… Un prétexte de manœuvrer les poivrons qui lancent partout leur odeur de grillé… je me lèche les babines et comme elle se brûle les doigts ça arrange bien…
t les orteils des passants
arabes encrés par mégarde.
m’chatouillait… J'étais pas malheureux… Non… j’crois
qu’j'étais simplement un peu… silencieux. Idiot peut-être… Pourtant y'avait les lettres… c'est sûrement grâce à elles que j’m'en suis sorti…
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